Jean Blanquet
« Si tu connais un homme qui dit la vérité, donne-lui un cheval, il en aura besoin pour s'enfuir » Proverbe persan.
Chercher la vérité pour la dire, c'est mon dada.







Jeudi 3 octobre 2019

On peut se rendre compte dans la vie réelle que les contes ne mentent pas.
Reconnaître, par exemple, comme cela vient de m’arriver, l’importance primordiale d’un animal familier récemment disparu (Lili), valeur affective que mon conscient n'admettait pas complètement, peut donner l’impression de sa métamorphose soudaine en un être humain, comme le crapaud redevenant le prince charmant qu’il était, avant d'avoir subi un sortilège.


Lundi 16 septembre 2019

Je me suis toujours imaginé découvrir un jour quelque chose de vraiment étrange, de vraiment étranger même, à la semelle de toutes choses, quelque chose qui, si elle existe, aurait un peu tendance... - car j’ai l’impression ces jours-ci de m’en rapprocher - à me terrifier.


Je caresse Babou amaigri, qui s’endort, sérieux et beau. Cet être est une prière à Dieu.


Vendredi 13 septembre 2019

J’ai commencé à entrevoir* que j’ai toujours existé dans un bonheur immense, un bonheur colossal, presque trop grand pour moi et si expansif que je n’ai eu de cesse de vouloir le partager. Imaginez les dégâts que cela a pu faire quand cet état et ce besoin étaient inconscients et ressentis comme un inquiétant malaise.
Et de même la réalité, la vraie, commence à s’approcher de moi comme une planète, un astre prodigieux, beaucoup plus riche et plus belle que la fausse, si extraordinaire et défiant tant toute logique apprise qu’elle en est effrayante.
Je renoue avec ma véritable nature.

*ce qui est assez logique étant donné que tous les motifs de souffrance liée aux « traumatismes » enfantins ont pratiquement tous été élucidés, et que celle-ci n’a plus qu’à disparaître.


Au commencement était la poésie, et à la fin aussi.


Lundi 9 septembre 2019

Même si les nombreux problèmes psychologiques qui m’ont affecté précocement m’ont rendu pratiquement toute ma vie largement inopérant pour l’essentiel, ce que je suis n’en a pas moins toujours continué à se manifester d’une manière plus ou moins discrète, excluant tout jugement à mon sujet tel que le tien, que tu as marmonné surtout pour toi-même l’autre jour comme une petite fille cherchant toujours à se convaincre que ce qu’on lui a enseigné est vrai.
Je te contredis en toute humilité : non, je ne suis pas quelconque, banal, ordinaire, et, d’ailleurs, beaucoup d’anonymes comme moi sont originaux et dignes de considération et d’intérêt.
Certains esprits forts, dont, probablement, au moins l’un de tes parents devait faire partie, propagent l’idée censée nous garantir la justice, selon laquelle personne, ici-bas, ne vaut vraiment la peine qu’on l’admire, que nous sommes tous à peu près identiques et moyens, voire médiocres, donc égaux.
C’est ce que tu veux croire. C’est ton monde. Restes-y.
Mais cependant, il y a des hommes et des femmes exceptionnels, quoique inconnus, bien vivants parmi nous. Leur proximité, l’absence de signe distinctif, ne les amoindrit pas, à moins, comme toi, qu’on ait perdu la foi et qu’on porte sur eux ce regard dévalorisant qui est le tien.
La réalité ne s’en porte pas beaucoup plus mal.
Et donc je ne t’en veux pas.


Vendredi 6 septembre 2019

Continue à nous tenir au courant, cher audacieux.


Ce que je comprenais jadis comme une forme de renoncement obligatoire sans en connaître les origines : l’inanité de tout et de moi-même, revient à présent dénué de tout romantisme, simplement vrai, technique, à la place du bonheur que j’espérais conquérir en élucidant les causes de mon mal-être, et l’échappatoire, s’il en existe une, j’ai envie de dire : m’échappe.


La recherche volontariste ne donne rien; par contre la recherche spontanée, naturelle, répondant à un besoin (lequel découle de la souffrance), produit toujours un résultat.


Samedi 31 août 2019

Littéralement mon père ne voulait pas que j’existe.
Dès le début il a fallu faire avec.
Tête coupée de chien noir dans le caniveau.
La femme/mère à la fois découverte et retrouvée récemment en la personne de l’infirmière de l’hôpital D. : « Tu es mon grand garçon ». Baume céleste.
Ce que je suis : un grand amas articulé de masses diverses plus ou moins régulières, comme un personnage cubiste ; pour moi-même un paysage dans lequel je suis allongé.
Exister enfin sera d’oser l’être.


Jeudi 29 août 2019

Si vous me demandiez ce que je ressens, à cet instant ce que je comprends, je vous dirais ceci : La mort ne peut pas arriver !
Elle n’a toujours été qu’un châtiment pour une faute que je croyais avoir commise, et cela n’est plus.


Samedi 24 août 2019

Je suis une larme dans l’océan
Nagez poulpes rascasses
Calamars espadons
Holothuries serpents de mer

Tu ne peux pas mal faire enfant de Dieu

Je suis un trou dans le vide


Vendredi 23 août 2019

Baudelaire : ... « la candeur de l’antique animal ».
La candeur (et sa beauté) a toujours été pour moi évidente, incontestable, comme elle m’était apparue, bouleversante, alors que j’avais six ans quand nous avions surpris une chatte en train d’allaiter ses petits dans le grenier. Le regard splendide qu’elle tourna vers nous...
Quant à l’ « antiquité » elle vient de se révéler à moi ce matin telle que ZsaZsa l’incarne, présence de l'ordre ancien et unique qui ne nous doit rien, qui nous englobe sans doute, et que nous, humains, cherchons à retrouver sans toujours le savoir, souvent avec nostalgie. Il se trouve qu’il est toujours là alentour, comme une éternité à notre échelle, à condition de savoir regarder, comme le poète en particulier en est capable.


Mercredi 21 août 2019

Je souhaite aujourd’hui vivre dans un endroit où le monde paraît plus petit : une petite île, ou un petit bout du monde quelconque, à peine peuplé, où règne une vie calme et ensoleillée sans complication.
Tout est affaire d’imagination, n’est-ce pas, encore faut-il donner à celle-ci de quoi s’alimenter ou pas, et qu’y a-t-il de pire que d’habiter dans une métropole gigantesque recevant en continu des nouvelles de partout, pour la plupart alarmantes, comme un nourrisson tétant le sein maladif sur lequel il s’appuie ?
Aussi solitaire que je sois, j’ai l’impression de partager mon lit avec des inconnus, et j’attends que la salle de bain se libère quand je veux y pénétrer.
Le monde actuel qui apparaît de la sorte est infréquentable, imbuvable, immangeable, il est à vomir !


Mercredi 14 août 2019

Si la splendeur de la Création n’éclate pas à vos yeux dans chaque être vivant, de la fourmi et de l’escargot aux mammifères supérieurs et à l’homme, en passant par toutes les créatures étranges et merveilleuses qui peuplent la terre, et que vous demeuriez capable de tuer sans regret, d’ôter ces vies de la vôtre, de votre relation à la globalité de l’être, sans ressentir une perte, on ne peut que vous plaindre infiniment, vous instruire si possible, en espérant que le mal vous déserte un jour en vous rendant miraculeusement à vous-mêmes et à l’humanité.


Samedi 10 août 2019

Des portes, des fenêtres qui s’ouvrent. Des murs qui tombent. C’est cela l’intelligence. Elle nous rapproche du moment où l’on ne sera plus séparé.


Mardi 30 juillet 2019

Être c’est aimer.


Mercredi 17 juillet 2019

J’ai toujours aspiré à un oubli de mes erreurs, de mes fautes, en croyant sincèrement aspirer à Dieu. Comme ce matin au soleil, apaisé pour un instant par le bien-être physique, la ferveur ne faisant pas défaut.
Cependant le but indéfini a toujours été d’obtenir un pardon sans vraiment changer, en conservant les mêmes désirs puérils, et, sans doute parce que récemment j’ai compris que dans cette voie j’étais allé une fois jusqu’au crime, j’en saisis à présent l’inanité.


Mardi 16 juillet 2019

C’est en réalisant que ce que j’avais vécu de plus beau, de plus intense, de plus extraordinaire ici-bas, à l’âge de dix-neuf ans, à Matala, sous le soleil ardent de la Crète, ne pouvait se répéter, se prolonger, malgré les efforts successifs que j’avais pu déployer à cette fin durant plusieurs années, et était devenu dans ma mémoire une sorte de photo ancienne en noir et blanc aux bords dentelés, petite, surexposée, que m’est apparue - mieux que la Durée immobile qui ne se mesure pas - l’Eternité divine, intangible, sur laquelle pourtant comme sur une pique, une lance, s’épinglaient l’une après l’autre sans conséquence toutes ces images fausses et inutiles qui étaient censées être ma vie.


Dimanche 14 juillet 2019

C’est lorsque j’ai cru que j’étais irrémédiablement perdu que j’ai découvert que je ne pouvais pas l’être. Comme n'importe qui.
Tous ces retards et ces souffrances insensées pendant si longtemps pour en arriver là !


Vendredi 12 juillet 2019

Faire pièce à Descartes ... : « Si je suis ! Comment pourrait-il en être autrement ? »


Lundi 8 juillet 2019

Glimpse : Le présent est un paradis.


Mercredi 3 juillet 2019

Les soi-disant Maîtres du Temps ne sont plus
Politiciens, financiers, fonctionnaires
Tout simplement parce qu’il n’y a plus le Temps
- rien d’étonnant au fond car le Temps n’est rien, nous l’avions inventé en falsifiant la Durée immobile et éternelle qui n’existe qu’au présent et qui exige la Vérité -
Le Temps qu’ils nous vendaient sous forme d’espoir
L’Avenir, la Croissance, le Progrès, le Règlement de la Dette, la Solution à tous les Problèmes
Ou de consolation comme de regret pour nous-mêmes avec le Passé
Ce temps-là a fait son temps , c’est du temps perdu !
CAR DÉSORMAIS IL Y A URGENCE !


Lundi 1er juillet 2019

La prise de conscience de l’absurdité du monde n’est qu’un premier pas, d’autant plus facile à effectuer pour moi que la parution de « L’Homme Révolté » après celle du « Mythe de Sisyphe » eut lieu l’année de mes sept ans et influença considérablement l’époque de mon adolescence et de mes études au lycée.
L’avantage de cette conception pour le jeune homme que j’étais, était d’encourager la fuite en avant, la licence, la course à l’erreur, dont je ne me privais pas pour occulter mon désespoir.
Ainsi l’échec n’était pas moins intéressant que la réussite, et je peux au moins me réjouir de ne m’être jamais pris au sérieux, malgré les objurgations permanentes de la société.
Mais l’idée qu’il s’agirait d’un rébus, d’une charade, d’un puzzle, dont la totalité recèle un sens qu’il faut découvrir, ne peut manquer de survenir chez quiconque éprouve réellement le besoin de comprendre.
Les religions, et, à mon époque en particulier, le Bouddhisme, clignotent de la bonne manière. Je fis donc un tour par celle-là, puis, car j’ai toujours malgré tout gardé un certain réalisme, un socle de bon sens, je me dis que le Christianisme faisait tout aussi bien l’affaire, et même mieux, pour l’individu grandi dans la culture judéo-chrétienne que j’étais.
Le Bouddhisme a sans doute l’avantage de paraître plus philosophique, moins dogmatique a priori, mais c’est faux car la recherche, l’ascèse indispensable, y est constamment balisée, codifiée, d’une manière effroyablement impérative et complexe, tandis que les Évangiles se révèlent au contraire d’une simplicité, c’est le cas de le dire, « biblique ».
Peut-être faut-il au préalable avoir échappé dans son enfance au catéchisme pour en faire la lecture facile et saine qui aboutit rapidement à l’amour et à l’admiration du Christ, comme ce fut mon cas à neuf ans, ayant reçu une Bible en cadeau et y ayant ensuite tout puisé en toute liberté.
Ce que je comprenais avait la clarté d’une révélation, et ce que je ne comprenais pas restait en suspens sans me déranger.
C’est ainsi, par exemple, après avoir attendu longtemps, que je découvris à douze ans en cherchant dans le dictionnaire, que le mot « commandement » avait le sens étymologique de « conseil », car je ne pouvait imaginer que Dieu, dans Sa grandeur, eût jamais eu besoin de donner globalement des ordres, comme n’importe quel autocrate, quel petit chef humain et mon égal dans ce que j’ai de pire. Puis, quoique très longtemps plus tard encore, presque récemment, me revint en mémoire que ces « commandements » avaient été le début de ma conscience morale naturelle. En fait ils avaient été là depuis toujours, c’était une partie de moi.
...


Jeudi 27 juin 2019

J’ai ma propre mythologie, celle de mon enfance, et elle est vaste et innombrable.
Et le Paris où j’ai grandi, que j’ai connu, mon Paris personnel, m’apparaît clairement aujourd’hui comme son Olympe.
Ce ne sont pas les rues, les quartiers pittoresques ou intéressants qu’on décrit toujours quand on dévide ses souvenirs, c’est beaucoup plus idéal, plus essentiel, plus métaphysique, et on y perçoit constamment la présence du roi des dieux : ma mère...
Je ne pouvais en parler à personne, je ne pouvais le partager. Pas autant en tous cas, que je l’aurais voulu.

à suivre...


Mercredi 26 juin 2019

Ce jour d’été était une chip noire.


Lorsque toutes les règles de la société vous apparaissent comme des jeux d’enfants fous, et tout ce à quoi vos semblables croient dur comme fer un impondérable filet d’eau qui se perd dans les sables, que vous vous sentez seul et invisible parmi eux - heureux qu’ils soient aveugles, le grand criminel ! - c’est parce que ce sont eux qui commettent des crimes contre la Nature et contre vous, en voulant croire qu’ils peuvent se passer de Dieu !


Lundi 17 juin 2019

Un ciel tout rempli d'un peuple de nuages dont chacun est un univers...


Alors qu'aujourd'hui je peux facilement apercevoir des constellations entières au plafond de ma chambre, cette époque-là - de mes vingt ans et de mon père - était celle d’égos plus petits même que les corps.


Je dédie ce poème à la 12, l'incisive qui, avec simplicité et sans douleur, m’a abandonné hier soir vers 23h, une désertion sans surprise puisqu'elle branlait de façon alarmante depuis pas mal de temps. A l’évidence la racine est cassée, ce qui permet de présumer que la gencive n’est pas si malsaine que cela. A quelque chose malheur est bon.


Je n’appartiens pas à mon corps.


Samedi 15 juin 2019

Mal aux roucates
Froid z'à mes os...
Venu fortuit et reparti itou
Mais seulement peut-être
Tant que je ne suis pas mort.


Seul quelqu’un ayant tenu dans ses doigts tremblants une fleur intacte, une fleur unique et précieuse réchappée par miracle de la plus effroyable tornade, comprendra ma stupéfaction lorsque j’appris qu’une opération de piratage informatique d’envergure internationale s’était déroulée en France, précisément à Lons-le-Saunier !
Lons-le-Saunier, et non Moscou ou Londres, Budapest à la rigueur, Hong-Kong peut-être... Le nom même semblait inconnu, on ne savait pas comment l’écrire : Laon-le-Saunier, Long-le-Saulnier, Lon-le-Saulnié ? Je n'arrêtais pas d'y penser. Existait-il vraiment ?
Quelle mouche les avait piqués ? Quelle fantaisie les avait saisis au terme d’une recherche maladive, d’un hasard sarcastique, d’une perdition invincible ?
Plus je cherchais à comprendre, plus j’étais perdu, et plus je comprenais plus l’endroit rétrécissait.
En fait, en y pensant, je voyais surtout Chaumont où j’étais passé quelques années auparavant avec une espionne orientale. Mais les rues paisibles de cette ville bon-enfant, le linteau de pierre sculpté de style moyenâgeux d’une porte dont je gardais le souvenir, n’avaient évidemment rien à voir. J’avais garé ma Bugatti dans la rue principale avant de déjeuner dans un bistrot avec la beauté qui m’accompagnait, mais passons...


Lundi 10 juin 2019

Être ce qu’on est n’est pas une affaire de volonté : ce serait plutôt le contraire. Néanmoins il faut bien vouloir changer, puisque, généralement, nous ne sommes pas ce que nous devrions être. C’est là toute la difficulté.


Jeudi 30 mai 2019

A deux ans, toutes les erreurs - ou disons l’erreur principale - était commise et son potentiel révélé, et j’aurais dû, déjà, vouloir repartir en arrière. Mais je me suis lancé avec une sorte d’irrésolution en avant, sans rien espérer de bon, pensant qu’il n’y avait rien d’autre à faire.
Comme me le dit B. plus tard, alors que je venais de prononcer le mot : « La vie... ah oui, la grande ennemie ! »


Mercredi 29 mai 2019

Si j'arrive à découvrir seulement qu’il n’y a que la mort, j’aurais fait le voyage de l’horreur de toute une vie.


Jeudi 16 mai 2019

Quand L. m’a quitté, il a fallu peu après que je déménage, et, à partir de là, plus ou moins consciemment, je me suis considéré comme un proscrit.
Au bout de huit ans je me suis retrouvé dans cette ville du 93 que j’habite toujours, où mes habitudes et mes repères de parisien n’avaient plus lieu d’être, et le sentiment d’ostracisme grandit.
Curieusement d’ailleurs, alors que je tentais au début de préserver ce que je pouvais en retournant le plus souvent possible à Paris, ma voix intérieure me le déconseilla et j’abandonnai.
C’était il n’y a pas loin de trente ans.
Aujourd’hui, étrangement, tandis que je m’installe au soleil sur ma terrasse submergée de fleurs, pléthore de roses rouges, roses, lilas d’Espagne rouge, rose, blanc, et hampes scintillantes mauves-violettes de la sauge, je me sens à nouveau localisé, légitime, même si c’est petit.


Lundi 13 mai 2019

Cette bonne pâte de Lili...


Il fallait que j’arrive à l’âge que j’ai aujourd’hui - 75 ans quand même... - pour que je puisse profiter en définitive de ce qui m’est arrivé à 30, en me laissant surprendre et envahir d'un seul coup par le sentiment prodigieux de bonheur et de gratitude que m’a causé jadis la fréquentation de Y. T-B.
La rencontre et la fréquentation de quelqu’un incarnant tout ce que j’avais espéré trouver chez ma mère à ma naissance, bonté lucide et génie !


On ne peut pas « rattraper » les gens... Chacun se rattrape lui-même, ou pas ! C’est toujours « pas », d’ailleurs. On assiste à toutes ces perditions, plus ou moins conscientes, plus ou moins assumées, parfois si stupides, mais il faut toujours se taire.


Tu ne semblais jamais heureuse..., la ravissante.


Vendredi 26 avril 2019

Je suis un mystique qui cherche Dieu, mais chercher Dieu c’est normal. C’est cette normalité qu’il faut admettre et comprendre pour éviter les erreurs du type : « un bodhisattva est un être exceptionnel et en quoi cela peut-il me concerner ? », ou « il faudrait se réfugier dans un monastère et j’ai autre chose à faire », qui nous aveuglent et occultent la voie.
Car c’est le destin humain normal que l’individu s’accomplisse totalement, absolument, en affrontant ce qui lui paraît réel.
Tout ce qui lui paraît réel, ici et maintenant.
Rien ne doit être oublié, méprisé, ou éludé en se mentant à soi-même, tout doit être compris.
.........................
La mère-dieu trahie, le père adjoint inapte à la remplacer, la mésentente entre les deux, moi orphelin, tout cela ne tenait pas la route mais m’a cependant servi négativement de patron, de plan, de règle toute ma vie. Avec toutes les appréhensions et les sentiments qui pouvaient en découler, c’était moi, un moi inacceptable que je voulais oublier.
Mais il fallait d’abord l’accepter pour le voir disparaître.


Samedi 20 avril 2019

Tout se fait comme il se doit, en temps et en heure, avec des rouages jadis en si grand nombre que rien n’était compréhensible, mais qui se sont raréfiés, la plupart n’ayant plus de raison d’être et le système se simplifiant peu à peu.
Une roue fait tourner l’autre en sens inverse et vice versa comme on prend d’une main pour verser dans l’autre, avec une quantité qui diminue, et le but poursuivi se rapproche. Les opérations deviennent comptables sur les dix doigts.
Un - deux. Quatre - trois. Cinq - six.
Clic-clac, les pignons et les dents, tout s’éclaircit, jusqu’au clic ultime.


Dimanche 7 avril 2019

Il faut déjouer Descartes à l'intérieur de soi-même. C'est possible.


Mardi 2 avril 2019

C’est très simple (je le précise à mon propre usage, parce que, durant toutes ces années, j’avais plutôt l’impression que c’était très compliqué).
J’ai cru, passé la période de récupération intensive du début, que ma libération progressive obtenue par ma psychothérapie, allait m’apporter en quelque sorte des pouvoirs magiques. Etre délivré peu à peu de limitations dont on n’aurait pas même imaginé qu’elles puissent ne pas exister, est déjà en soi si extraordinaire qu’il semble logique que les effets obtenus possèdent la même qualité.
Hélas, non.
La paix grandit, certes, mais elle semble ne rien changer au monde, et peu de gens alentour paraissent la voir. Et moi, d’ailleurs, pauvre insensé, je l’ai toujours méprisée.
Je me disais que je n’avais pas suffisamment progressé. Et j’espérais toujours. En vain. Que de souffrances.
Bref, aujourd’hui j’ai compris.
Je suis le seul bénéficiaire et je ne dispose d’aucune faculté me permettant d’octroyer à quiconque la vision des choses qui est la mienne. Je n’ai pas à en souffrir, je ne suis pas blâmable.
................
D’ailleurs la magie n’est pas ce qui compte, elle n’est qu’une illusion supplémentaire.


Dimanche 31 mars 2019

Changer de moi est une chose étrange...
Sachant à quoi cela est dû, il faut juste garder en tête que l’on n’est pas en train de devenir fou
Avant je ne savais pas du tout qui j’étais mais à présent je ne sais pas même que je ne sais pas
Une impression d’espace vide, immense, et de latence...
Ce pourrait être grandir dans toutes les directions autant qu’aller en arrière pour aller en avant.


Jeudi 14 mars 2019

Même si l’on croit ignorer tout, lui, l’esprit, sait.
Lorsque j’eus fait écouter un soir de 1970 à J.P. R., dans son club, la bande-son du spectacle poétique que nous avions composé, Guy B. et moi, il m’offrit immédiatement et généreusement de m’apporter toute son aide mais n’en ajouta pas moins avec clairvoyance au bout d’un moment : « Tu n’as pas explosé ».
J’eus la vision à cet instant du petit garçon (vert, pourquoi ?) que j’avais été à l’âge de deux ans, quand, dans la grotte des Buttes-Chaumont où s’étaient en quelque sorte concrétisées et conjuguées les appréciations les plus conflictuelles de ma courte vie, je dus en refouler farouchement le résultat de façon à survivre, avec la prescience que de nombreuses années s’écouleraient désormais avant que je n’aboutisse je ne savais à quelle lumière au bout de l’interminable avenue rectiligne qui s’étendait devant moi jusqu’à un lointain brumeux. Ensuite jamais l’idée que je pouvais mourir jeune ne m’a effleuré.
A présent, ce qui semblait pouvoir être atteint à terme, j’ai commencé à entrer dedans.


Mardi 12 mars 2019

Lorsque la culpabilité s’est signalée, et que le malentendu continue, de faux problèmes continuent à surgir qui ne servent qu’à la renforcer. Le doute existentiel, par exemple, avec sa fumeuse échappatoire : « Je pense donc je suis », et l’amour-auquel-on-ne-saurait-survivre... entre autres.


Mardi 5 mars 2019

Il n’y a pas plus vulnérable que le bébé. Etre l’objet d’un manque de compréhension ou d’amour sans raison est tellement contre nature, tellement inconcevable, qu’il préférera imaginer qu’il en est responsable. Tôt ou tard coupable !


Vendredi 22 février 2019

J’ai vécu toutes ces années en me figurant avec les gens que je rencontrais pouvoir compter sur la connivence qui existait entre les aficionados de ma psy, fondée sur l’amalgame d’une même croyance en un monde de vérité et de vertu, d’une possible guérison, d’une volonté indéfectible de bonheur et de clairvoyance.
Ce qui n’a certainement pas grande signification pour la plupart des gens, sauf à certains instants lorsque c’est nécessaire, et qu’on cache comme une faiblesse indigne, un enfantillage, un espoir inutile.
Il est cependant impossible de faire l’économie de cette recherche indispensable de la vérité, du sens de l’existence, sans souffrir d’une manière ou d’une autre, sans se condamner soi-même à mort.
Or -vous voyez que je n’ai pas peur d’avoir l’air idiot- la Bible ne dit-elle pas, ce qui s’imprima dans mon esprit quand j’avais une douzaine d’années quoique je n’y ai jamais pensé ensuite jusqu’à ces temps derniers, et qui me semble vrai : « De mort il n’y en a pas ! »


Mercredi 20 février 2019

Dieu est avec nous. C'est l'Histoire de l'Art.


Ma mère était l’Unité. Je n’ai jamais vu d’autre Dieu qu’elle.
C’était bien pratique, même si j’ai cru un jour l’avoir trahie irrémédiablement, au point de devoir vivre séparé et coupable durant le reste de ma vie.
Il me fallut alors le nier et m’inventer une autre vie.
Orphelin obsédé par son rachat.
Sort of.


Mercredi 30 janvier 2019

Le point de vue anthropomorphique cartésien, selon lequel il va de soi que mon ego est la mesure de toutes choses et sa propre justification, a, bien sûr, de multiples inconvénients, mais en voici un inattendu :
s’il fausse l’appréciation du monde extérieur, de la nature, le plus souvent en la dévalorisant et en ne la respectant pas, en même temps il ne suscite pas l’admiration pour ce que nous sommes, il ne crée ni n’encourage le moindre espoir, puisque nous faisons office laborieusement de référent, de « normal ».
(En revanche, considérer globalement sans doute et sans préalable toute la nature dont nous sommes une partie, est source d’émerveillement et de respect spontanés, et la place que nous y occupons en la couronnant permet d’envisager un Sens.)


Mardi 29 janvier 2019

Aucune vérité dans ces apparences...
Pour quelque cause aussi légitime soit-elle, l’homme qui a établi la vérité dans les apparences qu’il perçoit, est condamné à découvrir qu’il se trompe.
Les animaux sont plus saints que nous, parce qu’ils meurent sans souffrir de voir disparaître les apparences.
Nos infortunes n’existent que pour nous aider (Karma).


Mercredi 16 janvier 2019

Tant que l’on n’aura pas compris que cette histoire de « salut de l’âme » des religions est une problématique réelle, technique, de la vie humaine, la principale sans doute, voire l’unique, reléguant dans la catégorie « détails » toutes les autres, il ne se passera rien de bon sur Terre, comme cela a été le cas jusqu’à présent et dont on voit le résultat regrettable aujourd’hui.

« Il (l’individu) est la réalité fondamentale de la vie, et le rôle des Eglises devrait être de le rendre conscient que le salut du monde dépend du salut de son âme propre. » C. G. Jung Présent et Avenir


Mardi 15 janvier 2019

Dans une de ces contrées lointaines où l’air est plus humide et plus parfumé
Et que celui qui vient d’arriver respire comme un encens
Nous finirons de lier notre foi à la vie comme un bouquet lancé au ciel à la fin de la fête
Car tout est pardonné : la souffrance qui nous tenait lieu de vérité n’est plus et notre âme impatiente peut retrouver son origine
Il ne s’était strictement rien passé.


Dans le langage courant normal signifie moyen mais c’est une erreur.
Le normal est rare et extraordinaire car c’est Ce qu’a décidé Dieu et qui surgit chaque fois que s’efface l’illusion d’une autre volonté.
Le normal est ce qui nous manque, ce dont on languit, dont l’absence nous fait souffrir.
Un miracle est normal.
Le normal est ce que j’aime et dont je suis trop souvent privé.


Dimanche 6 janvier 2019

On voit des gens donner continûment d’eux-mêmes comme on verse une farine
Et d’autres qui s'entourent de cadres de fer noirs
Etaient ainsi ma mère et mon père

Les falaises des immeubles étaient éclairées tout en haut de soleil
Et le vent jouait ses arpèges dans les feuillages des platanes
Il y avait une course du vent et du soleil vers moi
Et vers eux éperdue ma propre course
Personne ne semblait le voir parce que j’étais un enfant
Comme si j’avais été de l'autre côté d'une frontière

Ce que je savais alors je le sais toujours.


Mercredi 2 janvier 2019

A un moment historique où tout était en péril, J-J Rousseau est parvenu avec précision à distinguer entre nature et société, en rendant, hors église, son sens à la religion. Malheureusement ce sont les considérations sur le contrat social qui ont semblé le plus important.
Toutefois il ne faut jamais oublier l’arrière-plan de nature qui est le socle de tout. L’homme naturel est bon, et la devise que nous a légué la Révolution de 1789 : Liberté, Egalité, Fraternité, en est la rigoureuse affirmation.
Lorsqu’un individu est piégé à l’intérieur de la société et que ses valeurs s’arrêtent aux remparts fortifiés de celle-ci, tournent en rond comme s’il n’y avait qu’elles et que lui-même soit son propre créateur, sans qu’aucun absolu - c’est-à-dire la nature - ne leur donne leur vrai sens, il peut, certes, faire ce qu’il veut jusqu'à un certain point avec un sentiment de liberté s’il est en haut de l’échelle sociale, mais l’égalité et la fraternité sont perdues et cet homme-là s'avère mauvais.
En société un arbitraire de circonstances crée les inégalités illusoires, et, dans le système qui s’édifie, le rejet, la mise à l’écart des moins valorisés, ne manque jamais de se produire.
Il faut, pour s’épargner cette déchéance générale, se souvenir constamment de ce qui est vrai : l’égalité et la fraternité originelles qui nous composent en premier lieu.
C’est le point de vue du Christ, entre autres.


Lundi 31 décembre 2018

Chaque animal qui demande compréhension et amour est une offre de rédemption (réelle ou imaginaire, peu importe). Vous la refusez parce que vous êtes innocent ou trop coupable pour y croire ?


Jeudi 27 décembre 2018

Les animaux nous voient comme les Fils de Dieu que nous sommes et ils ont de la révérence pour nous. Si nous faisons preuve d’amour à leur égard leur gratitude est incommensurable.
Considérer leur amour en réponse au mien chez mes chats est un de mes grands bonheurs. C’est contempler à loisir une absolue merveille.


Jeudi 20 décembre 2018
Humeur

Ce qui est étonnant avec l’homme, c’est que, quoiqu’il perde la plupart de ses qualités natives en grandissant, en vieillissant, à cause de l’éducation, des influences extérieures, des difficultés que lui présentent ses congénères, de sorte qu’il devient en général un imbécile conformiste aggravé, il n’en continue pas moins à vouloir tenir le haut du pavé, parler fort, décider pour sa progéniture comme s’il savait tout alors qu’il ne sait rien.
Le plus surprenant, à notre époque, c’est qu’il prétend aussi réfuter le mystère qui l’entoure, comme le sien propre, tout en croyant légitime de cracher sur Dieu (convaincu d’être précédé dans ce mouvement par tous ses semblables -seul il n’oserait pas) sans s’avouer que la mort lui fait si peur qu’il l’a fait disparaître de l’espace public mais la promeut généreusement sans s'en rendre compte dans tous ses projets.


Lundi 17 décembre 2018

Dieu nous accompagne tous, et nous sommes tous ensemble -tous, c’est-à-dire tout ce qui vit, du plus complexe organisme au plus rudimentaire et au plus minuscule, parcourus par la même vie d’égale valeur.
Nous sommes libres, de Dieu à nous, les hommes, et d’un homme qui connaît aux créatures qu’il bénit, une partie du monde en noir et blanc qui prend des couleurs.

( Le salut du monde )


Personne ne sait ce qu’est l’argent (et pour cause, puisque ce n’est rien). On y souscrit parce qu’on croit que les autres savent, qu’ils comprennent cette convention, pourtant aussi diverse qu’il y a de ses usagers crédules pour la percevoir.
Il suffirait que tous le réalisent en même temps pour que s’évanouisse cette illusion et que la vérité se fasse jour : chaque chose est unique, il n’y a rien d’échangeable !
Seul notre esprit avec la volonté de conciliation est le commun dénominateur.
L’amour préside à tout.


Samedi 8 décembre 2018

Reconnaître absolument la nécessité du salut
Il aurait fallu seulement ne pas naître
Comprendre par là même l’impossibilité de se sauver entièrement soi-même
C’est tout ce que je peux faire


Mercredi 21 novembre 2018

A gifted man is more likely to fall than to succeed, because every step of succeeding is an occasion to fall. Will he ever learn not to care ?


Jeudi 15 novembre 2018

La mère était Dieu.
« Je te trouve lugubre... »
Etablir dans l’enfance un lien de causalité entre deux événements qui n’ont rien à voir ensemble, c’est ce qui peut nous condamner à répéter ensuite sans cesse la même erreur.
J’ai l’impression de venir tout sanglant vers Toi.


Vendredi 9 novembre 2018

Je viens de découvrir sur Internet, certainement pas par hasard - démarche trop commandée, trop étrange - mais inopinément, que JMD était morte depuis octobre 2016, ce que rien n’aurait pu me faire supposer. Elle était pour moi quelqu’un d’invincible, je m’en rends compte à présent, presque d’invulnérable, et elle ne pouvait pas disparaître. C’est un choc, que je n'imaginais pas pouvoir un jour subir.
Le monde perd pour moi une de ses dimensions.


Dimanche 28 octobre 2018

Il m’est arrivé des centaines, voire des milliers de fois, de caresser mes chats, pénétré de la valeur et de l’utilité de mon geste, et pourtant en quelque sorte « faute de mieux », parce que je brûlais en même temps - une brûlure intense, constante - d’accomplir quelque chose d’important ailleurs, au-dehors, et visiblement, afin de mériter l’estime de mes pairs...
Aujourd’hui, pour la première fois, je réalise qu’il n’y a pas mieux, pas plus important et justifié, pas plus béni; je n’ai besoin de rien !


La lente implosion de ce système ou son « effondrement », et qu’on redoute sous sa forme physique des désastres environnementaux, s’est déclarée il y a longtemps dans le domaine des idées, de la morale, des valeurs diverses, j’oserai nommer la fin de la religion¹, et l’on voit à présent la collusion avec le concret, évidemment prévisible, qui se produit de manière on ne peut plus logique. Quand on appelle « art » les jeux vidéo comme je l’ai entendu dire avec sérieux aujourd’hui - ce n’est qu’un tout petit exemple - il y a du souci à se faire².
C’est toute notre culture industrio-capitaliste dont il faudrait se débarrasser, et les signes apparaissant d’un salutaire réveil ne peuvent paraître étranges que si on ignore d’où procède leur légitimité. Les antispécistes, par exemple, ne font rien d’autre que de s’opposer à Descartes qui voulait voir les animaux comme des machines sans âme, une théorie commode pour s’attaquer sans complexe à la Nature et faire le mal dont nous voyons actuellement les effets. Un Mal qui dure depuis plusieurs siècles et dont on peut craindre que le temps nécessaire pour le guérir nous manque.

¹ Mais avait-elle seulement jamais commencé ?
² Je n’ai rien contre les jeux vidéo, vraiment, mais l’art, c’est autre chose.


Vendredi 19 octobre 2018

L’intelligence est une exigence, elle peut même devenir tyrannique. Mais la société, d’abord sous la forme des parents, des proches, l’est tout autant, avec tant de visages trompeurs se multipliant sans cesse qu’elle peut même sembler plus forte. Si l’individu succombe à la première avant de succomber à la seconde, et se retrouve avoir affaire à elle directement, effectuant seul les recherches qu’elle lui impose, il y a une chance de réussite personnelle. Sinon c’est l’échec ou un combat sans fin entre les deux instances qui se disputent la prééminence.
..................
L’intelligence consiste à espérer connaître la Vérité.


Lundi 15 octobre 2018

Comme si j’étais encerclé, je me sens attaqué de tous côtés par la nécessité du « lâcher-prise ». Je peux de moins en moins rattacher l’idée de ce que je fais à celle de ce que je suis ; le lien, s’il y en a un, ce qui paraît de plus en plus douteux, n’est en aucun cas logique.
Pourtant ce qui doit être fait l’est, et sans le moindre effort, à charge pour moi d’attendre et de contempler ce qui se passe. Tranquille, sans passion, sans hâte. Un détachement qui n’est nullement de l’indifférence, une quelconque distanciation, et qui, je fais l’hypothèse, pourrait être simplement l’absence de peur. Non pas la peur connue, reconnue, comme telle, mais la peur plus profonde, structurelle, non identifiée, que nous prenons pour un aspect normal de nous-mêmes et du monde.


Dimanche 7 octobre 2018

Je ne pourrai jamais expliquer les choses avantageuses d’un point de vue spirituel que j’ai comprises à partir de mon expérience beaucoup trop scabreuse pour être racontée ou même seulement évoquée.
Quoi qu’il en soit, au retour de cette promenade difficile - je respire mal, j’ai les bronches encombrées - je conçois tout-à-coup avec soulagement devant le miroir du lavabo n'être que le rien de tout le monde, le même faux-semblant interchangeable, équivalent, et comprenant aussi que le joyau du pur esprit se retrouve identique en chacun, je me sens débarrassé d’un poids contraignant.
Peu après, il me semble me souvenir que je me sentais léger comme ça quand j’étais enfant.


Jeudi 4 octobre 2018

Si l’on se réfère à la typologie psychologique de Jung qui distingue quatre aspects de la pysché : pensée, intuition, sentiment, sensation, et qu’en même temps on envisage le choix de Descartes de privilégier la pensée comme garantie existentielle et argument unique de sa « méthode », on ne peut que déplorer l’immense gâchis accompli par cette théorie dans notre culture en niant les autres aptitudes humaines, et beaucoup plus encore quand on sait que l’accomplissement complet de l’être humain consiste à retrouver l’harmonie de toutes ces fonctions à parts égales, ce que Jung nomme l’ « individuation », en somme la perte de l’ego, en un mot incompris aujourd’hui : le salut !


Dimanche 30 septembre 2018

L’âge procure une grande liberté.
Si, à 2 ans, j’ai commencé à douter de ma santé mentale en constatant que mon entourage - les adultes - ne partageait pas du tout mes opinions, en particulier mon sens et mon besoin vital d'équité, aujourd’hui, à soixante-quinze ans peu ou prou, l’idée de devenir fou, ou de l’être un peu depuis longtemps tout en ayant lutté contre de toutes mes forces, ne m’effraie plus du tout. Je peux même avouer qu’elle m’amuse. Je sais qu’elle signifie seulement que je peux espérer être enfin pleinement moi-même et fonctionner ainsi que je le dois pour mon plus grand bonheur.


Dimanche 23 septembre 2018

Certains êtres sont écrasés sur la Terre. Ils ne voient pas l’abîme vertigineux qui les surplombe. C'était le cas de ma mère.
Quant à ceux qui ne sont « que » défaits, comme moi, épars, ils peuvent connaître le bonheur invraisemblable de se reconstituer et de s’expliquer à eux-mêmes ce qu’ils sont.
Alors ensuite, évidemment, se retrouver là-haut...


Vendredi 21 septembre 2018

C’est lorsque je me suis cru misérable que j’ai découvert qu'en réalité je l’avais été avant, et que je ne l’étais plus.


Dimanche 16 septembre 2018

Si tout tient ensemble, c’est qu’il y a la Vérité 
S’il y avait plusieurs vérités, ce qui dépend de l’une s’opposerait à ce qui dépend d’une autre et finirait par l’évincer, le faire disparaître
Dites quelque chose de juste, comme ce qui précède, et vous récolterez probablement un « bof » de vos auditeurs
La vérité sur la Vérité n’est pas un exploit, une performance intellectuelle ; au contraire elle nécessite une acceptation candide de l’évidence
C’est d’ailleurs ce qu’expliquait Einstein de sa « méthode », de l’esprit de sa recherche, qui avait consisté à s’en tenir aux apparences du monde, et non pas à l’idée qu’il aurait pu s’en faire, pour tenter de l’expliquer. Il disait : « Qu’est-ce qui semble le plus important à un enfant, le soleil ou la lune ? La lune, évidemment, puisqu’elle éclaire la nuit. Je m’en suis tenu à cela. »


Mardi 28 août 2018

Tout grand artiste se double d’un philosophe, car c’est la vérité qui donne sa valeur à l’œuvre. Il faut donc avoir quelque chose de juste à dire, ce qui peut s’accomplir au début par l’intuition mais ne peut se poursuivre ensuite durablement que par une réflexion consciente. La fantaisie, le caprice, pas plus que la vanité, le « jeu », ne sont suffisants, d’autant plus que la cohérence est indispensable.
Considérons les artistes pour ce qu’ils sont : des personnalités éminentes, qu’il faut prendre au sérieux, de l’humanité.


Samedi 25 août 2018

On a du mal à se connaître ( Connais-toi toi-même )
On a du mal à se croire croyant ( c'est plus sportif de se dire athée ! )
Cependant j’ai toujours considéré que ce monde devait être beau en tout ( pardonné ? )
J’ai toujours cru en la colombe, en l’Esprit Saint
J’ai toujours attendu la Collision/Collusion !


Mercredi 22 août 2018

Dans cette ville, je me sens méprisé et aboli.
La bonne opinion que j’ai de l’être humain-moi est niée par le comportement des autres, lesquels semblent incapables de simplement l’imaginer, encore moins de la concevoir pour eux-mêmes.
Ils ont été assassinés, ils sont morts. Demeure un corps qui semble toujours en vie, ils l'ont conduit ailleurs en guise d’espoir.
Ils sont frustres, je les trouve grossiers. Ils sont inconscients, ils me dérangent.
Pour eux, respecter autrui consiste à ne pas le regarder dans les yeux, à feindre en quelque sorte de l’ignorer - et je le ressens ainsi, alors que je recherche une connivence, des sourires, de la courtoisie.
Mais toute la misère du monde n’est pas courtoise, et moi, dont la pauvreté n’est que matérielle (sinon je ne serais pas là), je suis l’étranger chez moi, riche d’une culture hégémonique et sourde.


Dimanche 19 août 2018

L’amour ne peut pas disparaître. Mais il peut se recroqueviller, se cacher, changer d’aspect, de place, en laissant un vide, et se faire de la sorte oublier comme s’il avait disparu.
J’ai retrouvé ce matin celui que j’avais pour ma mère en me rappelant un quartier de Paris, celui de Marx Dormoy, où elle venait parfois de la porte d’Aubervilliers afin de voir des boutiques et des gens, c’est-à-dire des formes, des couleurs, et entendre des sons, plus riches et plus intéressants, et retrouver un plaisir qui lui manquait dans le triste décor où elle séjournait habituellement.
Par quel étrange phénomène ai-je ainsi rattaché son souvenir à un coin de Paris que je connais à peine, que je n’aime pas, mais dont j’avais deviné le rôle et l’importance pour elle, alors que je ne la voyais que rarement, vivant ailleurs depuis longtemps ?
Mon sentiment avait disparu à cause des nombreux différends qui s’étaient accumulés depuis mon enfance et de la séparation, et se trouvait là, presque mort, larvé, jusqu’à ce que, par ces quelques images de rues, il ressuscite et soit reconnu.
Et que j’éprouve cette impression presque physique de tenir dans mes bras un être que j’aime, le connaissant pour ainsi dire comme moi-même.
Rien de ce que nous sommes ne peut nous demeurer inconnu si nous nous libérons chaque jour comme l’exige notre vocation. Le dédale à parcourir est immense et paraît inextricable mais la route est tracée pour rejoindre notre but.


Vendredi 3 août 2018

Je viens de comprendre que je souffrais de n’avoir aucun pouvoir. Non pas que j’aie jamais rêvé de commander les autres ou quiconque, non, c’est seulement qu’au spectacle de leurs turpitudes et de leurs faiblesses je voulais qu’ils se corrigent et s’améliorent.
Ils ne se respectent pas les uns les autres, et donc ne se respectent pas eux-mêmes, et ils ne s’en rendent pas compte.
« Mon coeur que tout irrite... »


Donne-moi de tes nouvelles et dis-moi qui tu es, cela m’aidera peut-être à savoir qui je suis moi-même.


-« La Terre effectue une rotation sur elle-même en 24 h.
Cela signifie que, chaque matin, à la même heure, on se retrouve comme neuf en quelque sorte au même endroit.
Un peu comme si l’on avait écrit quelque chose sur l’ardoise puis qu’on l’ait ensuite effacé.
C’est une sensation assez agréable surtout quand le matin est un beau matin d’été ensoleillé avec un magnifique ciel bleu comme aujourd’hui, comme ceux d’hier et d’avant-hier - faisons semblant d’oublier que le réchauffement climatique en est l’artisan...
Oui, mais en même temps, la Terre tourne autour du soleil et avance sur son orbite durant ces 24 h.
Donc ce n’est pas le même endroit où je me trouve aujourd’hui, il faudra que j’attende un peu pour que ce soit vrai.
Attendre un an pour revenir au point de départ.
Ça donne le tournis.
Où allons-nous ? Nulle part. »
-« Où voulez-vous en venir, cher ami ? »
-« Et bien justement, nulle part ! Tout est à refaire chaque jour, et si cela est vrai, il s’agit clairement d’une erreur. »


Dimanche 22 juillet 2018

Je plains tous ceux - nombreux - qui ignorent qu’il y a un Ordre et une Destination, un Sens.
On peut imaginer, à lire ces mots avec leur majuscule, qu’il y a derrière « de la religion » et, en ce qui me concerne, ce n’est pas faux, mais si cela vous choque, si vous êtes allergique, demandez-vous simplement si le fait d’être en train de détruire irrémédiablement la biosphère, de créer des zones mortes dans les océans, d’augmenter les températures à la surface du globe au point de provoquer un changement climatique catastrophique, a consisté jusqu’à présent à aller « dans le bon sens », à respecter l’ordre naturel quel qu’il soit et aussi divers qu’il ait pu jusque-là paraître, et à se diriger vers le but idéal auquel aspire l’humanité ?
Savoir qu’il y a un Ordre, une Destination, un Sens, est évidemment une attitude spirituelle, une vocation religieuse au bon sens du terme, que l’ensemble de l’humanité et surtout l’Occident, n’a pas beaucoup retenue, pas plus au Moyen-Age, lorsque l’église catholique l’avait privatisée dans son unique intérêt, qu’aujourd’hui.
On pourrait la caractériser symboliquement par le choix qu’il faut faire entre Abel et Caïn, un choix possible, quoique Caïn paraisse avoir à jamais triomphé.
Préférer la douceur, le silence, l’inaction, la paix, tout ce qu’on nous éduque à mépriser. Préférer l’amour à la peur, et la foi au doute.


Vendredi 20 juillet 2018

Je n’aurai jamais la reconnaissance escomptée ( je fais donc allusion, coupable, à tous les efforts, et ils furent nombreux, intenses, constants, que j’ai pu faire pour être mieux...). Elle reposait sur une erreur d’appréciation de ce qu’est le monde, de ce que je suis, et de comment nous interagissons ensemble !
Il n’y a rien d’autre à faire que cette drôle de chose : lâcher.
Fumées. Fumée.
Il n’y a rien !


Plus je m’En rapproche, plus ma crainte de m’En éloigner grandit.


Jeudi 19 juillet 2018

L’innocence des animaux, à laquelle nous nous heurtons systématiquement sans la comprendre, nous porte ombrage et nous indispose, c’est pourquoi nous préférons qu’ils disparaissent, à l’exception bien-sûr de ceux qui nous servent de nourriture et de nos indispensables souffre-douleurs « de compagnie ».


Dimanche 8 juillet 2018

La vie ne vaut la peine d’être vécue que si l’on accepte de ne pas vouloir la régenter.
Or, la régenter passe à certains égards pour une forme de responsabilité. Certains, dont j’ai été durant une fraction récente de ma vie, commettent cette erreur.
Mais la vie n’appartient qu’à Dieu, et seulement à nous-mêmes quand nous consentons à nous identifier à Lui pour Sa volonté : « Je comprends que Tu décides de moi comme de tout ». Ce n’est pas du fatalisme. Ce n’est pas de la résignation. Il s’agit d’un accord sensible, d’une acceptation qui agit en quelque sorte comme si elle annihilait les obstacles. « Tout baigne », tout s’accomplit comme il se doit. D’ailleurs, tout le monde l’a déjà éprouvé plus ou moins, sans se référer forcément à Dieu.
Tout plan de carrière, évidemment, est exclu.
Il y a un très beau poème tibétain que récite Isabelle Adjani dans « Lung Ta Les Cavaliers du Vent », film documentaire sur le Tibet, qui décrit parfaitement cet état de choses : « Quand il y a des obstacles, ce n’est pas la vie ».


Dimanche 1 juillet 2018

Je suis en train de me demander ce que j’ai bien pu espérer obtenir jadis en m’entêtant à consulter malgré tous les signaux que m’envoyait ma psy pour que je cesse de venir la voir.
Oui, quoi en vérité ?
Une femme plus belle et plus intelligente, une vie plus facile, des amis meilleurs ? Ce n’était guère possible, j’avais à peu près tout ce qu’on peut désirer.
Mais je ne me posais pas du tout la question.
Aujourd’hui il me semble que c’était plutôt le passé que j’espérais « racheter », avec l’idée ingénue que c’était le meilleur moyen de préparer l’avenir, un avenir qui, sans cela, n’eût pas manqué d’être aussi mauvais que ce dont il avait été précédé. Le présent, surtout s’il était bon, ne pouvait pas exister, il était à mes yeux ce qu’il y avait de plus improbable, de plus douteux.


Samedi 23 juin 2018

Le doute cartésien est tout simplement le symptôme de la perte de la foi, car lorsque l’on ne s’est pas créé et qu’on devine être plus qu’un corps, la croyance en un Ordre créateur - en d’autres termes Dieu - est naturelle.
Si l’on veut réfuter cette donnée ontologique de base il faut logiquement douter d’exister.
Ensuite, le « je pense donc je suis » n’est que la validation de l’angoisse qui en résulte tout en s’épargnant la pénible recherche de la vérité. 


Reconnaître et saluer, rendre justice à la vertu des animaux est inappréciable. C’est la meilleure inspiration de piété qui se puisse trouver dans l'actuel désordre du monde.


Mardi 19 juin 2018

J’aimerais être Boulevard Haussmann
Avec un cigare, ou une pipe
Une canne, un melon ou un chapeau mou
Matez l’arpète avec ses grolles à bout pointu
L’ hispano-mauresque avait siphonné le réservoir de la Bentley, biberonné la tuyauterie, chatouillé le col de cygne, elle fut élu « homme de l’année »
Je me suis souvenu de mon école de la rue Manin comme d’un grand corps en carton dont je m’affublais - tête bras corps et jambes
Amoureux de sa belle concierge rose et obèse au visage de poupée
Quoique homosexuel occasionnel on ne doit pas casser sa pipe en plein milieu il faut la terminer
Et c’est ce que j’avais fait...


J’ai éprouvé une sensation totalement nouvelle (ce n’est pas tellement courant, ça, m’sieurs-dames) et extrêmement agréable aujourd’hui.
J’étais sorti sur la terrasse et je m’étais installé dans le fauteuil en plastique vert, et, au bout d’un moment, j’ai fermé les yeux.
Alors, comme s’il s’agissait d’un immense vêtement en maille jersey extensible j’ai eu l’impression d’« essayer » l’univers, avec et dans le noir espace brillant de l’infini.
Seyant, prodigieux, et en paix.


Je comprends que je n’ai pas l’obligation d’être « important » - ce que l’affection et les compliments de mes proches jadis m’avaient conduit à escompter - et que je n’ai pas à me reprocher et à souffrir de ne pas avoir réussi à l’être, ou de l’être comme tout le monde dans tous les cas de figure sans le moindre effort.

La vie du monde


Mardi 12 juin 2018

C’est elle... l’amie de l’écrivain.
Elle ne contrarie pas son travail, ni ne l’exalte. Par elle ses heures et leur tempo s’inscrivent dans le temps ordinaire, le temps « normal », comme s’il en faisait partie.
Elle permet son existence apparente et crédible et non le simulacre habituel comme lorsqu’il est seul et se figure être abandonné.
Il ne peut pas y avoir d’écrivain heureux sans cette improbable amie près de lui, qui ne juge rien, qui lui fournit l’être qu’il n’a pas.
Un écrivain est une voix qui cherche des mots sans cesse et il n’est que cette recherche. Ce qu’il dit n’importe pour lui que si cela s’avère être une véritable naissance : la phrase, le texte, exigés. Le travail, celui de la femme enceinte, est sa fonction, la mise bas obligatoire. Toujours en avant.
L’amie de l’écrivain est la droiture, et la représente quand elle existe charnellement, elle lui est donnée comme une garantie pour lui-même.


Dimanche 3 juin 2018

Les parents qui veulent aimer leurs enfants comme il faut doivent comprendre que ceux-ci ne leur appartiennent pas.
Ils s’appartiennent à eux-mêmes, peut-on dire avec une redondance justifiée.
Avec l’Amour qui préside indubitablement à la Vie et à nos destinées, même si tout le monde ne s’en rend pas compte, il n’y a aucun risque à laisser un enfant être lui-même, l’idée de poignarder ses parents dans la cuisine ou de s’enfuir de la maison après y avoir mis le feu tandis qu’ils en écrasent lourdement après une nuit de réveillon, ne l’effleurera même pas, alors qu’au contraire en le chargeant de devoirs, en l’étranglant savamment de conseils inutiles, en le surveillant à chaque instant, en le pourchassant pour un bien hypothétique, cela est malheureusement possible.
Mais le plus probable, grâce à Dieu, est qu’il perde durant son évolution la liberté qui lui aurait permis de prendre sa revanche et devienne, soit un misérable hypocrite envieux à peu près inoffensif, soit un pervers opportuniste qui se rabattra sur d’autres victimes, d’abord les chats du voisinage qu’il fera souffrir longuement avant de les dépecer toujours vivants, puis un soir d’hiver dans une ruelle obscure son premier être humain, un ou une inconnue sans méfiance et de faible constitution.
L’expérience le prouve, la plupart des parents, qu’ils soient bons ou mauvais, ne risque rien.
Ce n’est pas une raison pour s’en foutre.


Le Go et Dillot, guide de voyage.


Le diamant ne se voit pas briller.


C’était dans un cadre militaire. L'armée : l’ordre, la force, l’organisation, le nombre.
Tout ce qui avait été divisé, fragmenté, réduit en morceaux différents, en poudre, en purée auparavant, se recomposait, se reformait, passait à nouveau dans le moule pour se refondre à l’identique et cela réussissait, sauf que la pièce était devenue un peu plus grande, ou un peu plus petite, peu importe, en tout cas n’était pas conforme à l’original quoique semblable.
C’est l’histoire de ma vie.
L’échec à rétablir l’excellence perdue et sans cesse recherchée, malgré toute la bonne volonté, l’étude, l’analyse, le besoin et la souffrance.
L’ego ne se réforme pas. L'ego ne cherche pas Dieu. L’ego ne devient pas le Soi.


L’ego n’aime personne.


Il voulait écrire, il a tout juste réussi à aigrir (ce n’est pas de moi qu’il s’agit). Un peu, sans doute, comme un des plus grands, J.D. Salinger, l’auteur de « Catcher in the Rye », 60 millions d’exemplaires vendus, ce qui semble prouver encore une fois qu’il ne suffit pas de « réussir » pour s’accomplir et être heureux.
Quand donc cessera-t-on de juger d’une vie par les critères de la société ?


Samedi 2 juin 2018

Bien que je parvienne aujourd’hui à ressentir à nouveau l’insouciance magnifique et injustifiée de ma jeunesse - mais avec la batterie de solutions dont je ne disposais pas à l’époque - je n’ai aucune raison d’être fier de ma vie.
Elle n’a été déterminée que par le besoin que j’avais de me prouver qui j’étais et d’éprouver autant que possible ma liberté - le résultat effectif n’étant que de constater l'absence de celle-ci.
Je me suis servi des gens, pourrait-on dire, quoique sans le savoir, parce que je n’avais pas le choix.
Il fallait en quelque sorte avancer.
Heureusement j’arrive à me rendre compte que « les gens » ne procédaient pas autrement avec moi, et j’imagine qu’eux et moi sommes quittes.
Les malheurs - sans doute infinitésimaux à présent mais qui me paraissent se nommer ainsi - continuent à s’abattre sur moi.
(C’est cette phrase que j’avais besoin d’écrire, et qui correspond à l’image que j’ai en tête d’une gravure ou d’un tableau ancien représentant une pluie de météorites s’abattant dans une campagne sur des personnages qui tentent de s’échapper. En gros plan on voit le visage d’un homme pris de panique. Derrière lui le rideau oblique du bombardement frappe êtres et choses sans rien épargner.)
Et il en sera toujours probablement ainsi tant que je n’aurai pas atteint l’illumination.


Jeudi 17 mai 2018

Qui que tu crois être de mal, quoi que tu crois avoir fait de pire, je t’aime.


Se sentir grandi en percevant l’ omnipotence de Dieu : Sa volonté est la mienne !


La Poésie se tiendra dorénavant en bas à l’entrée près du portique de détection des métaux et Elle ne laissera rien passer que de dûment vérifié...
Elle s’est d’ailleurs toujours tenue là avec son uniforme de sécurité, son petit calot, en train de se faire les ongles discrètement en attendant, tournée vers le coin, et vous n’avez jamais fait attention à Elle. Vous entriez pour vos affaires, grossier, bruyant, imbu de votre importance.
Regardez-vous aujourd’hui, vieillissant, perclus, beaucoup moins fier, tandis qu’Elle n’a pas changée.
A bien regarder on pourrait s'imaginer que c’est votre jeunesse...


Mardi 15 mai 2018

Le Dieu omniscient que je considérais être ma mère n’intervenait jamais pour me défendre.
Elle savait tout, le bien et le mal comme moi, mais aussi toutes les lois du monde, les causes invisibles, les effets inexplicables, et, croyais-je passionnément, mon coeur, mais, quoi qu'il pouvait m'arriver de mauvais et d'incompréhensible, n’intervenait pas.
Cela pouvait-il ne pas signifier que j’eusse toujours tort ?


Quand le devoir -celui, imaginaire, d’avoir à être meilleur- devient peu à peu avec le temps à partir de l’enfance une vieille femme qui ne vous quitte plus, accrochée à votre bras et marchant lentement avec une canne, à qui tous vos actes sont dédiés, ainsi que beaucoup de vos pensées, sa disparition, même préparée, progressive, mais n’ayant pas permis de l’identifier absolument, laisse un vide.
Tout va aller mieux mais ce ne sera plus pareil, et la satisfaction escomptée de lui faire plaisir n’aura pas lieu.


Lundi 14 mai 2018

Ma volonté n’est pas ma liberté, tant que ma volonté n’est pas celle de Dieu.


Dimanche 13 mai 2018

J’ai toujours voulu échapper comme un coureur à ce que j’étais - la définition biologique - pour rejoindre ce que je savais devoir être, ce que je suis, mais, quoique forcé depuis mon enfance par tant d’événements douloureux, de drames épouvantables, de malheur quotidien, ce n’est pas le bon chemin. La transcendance n’est pas une route horizontale.


Samedi 12 mai 2018

Pensée légitime :
S’ils savaient ce qu’ils font ils mériteraient qu’on les tue, et d’ailleurs ils s’ y acharnent eux-mêmes !


Jeudi 10 mai 2018

La difficulté pour quelqu’un ayant effectué une psychanalyse assez poussée est de vivre ensuite dans le monde « normal ». (Mal)heureusement il y a un assez grand nombre de personnes dans ce cas.
Ce sont des gens qui ont appris à leurs dépens, puis qui ont dû intégrer cette compréhension, que les événements de l’existence, l’éducation qu’on reçoit, les expériences que l’on fait, sont structurés pour nous par rapport au bien et au mal selon lesquels nous les percevons. Lorsque l’on se méprend sur ces valeurs, parce qu’elles sont faussées pour une raison ou une autre, ou qu’on les nie carrément parfois pour s’aveugler, il y a des conséquences. Et ainsi nous créons nos « traumatismes » sur cette base.
Le retour à la santé se fait par une sorte de récupération progressive, qui, si l’on comprend parfaitement la finalité du processus devrait conduire à l’illumination définitive. Car si tout est produit de l’esprit, la réalité considérée ordinairement comme telle n’est qu’une illusion.
En attendant on se met à vivre avec un regard critique, voire suspicieux, que ne partagent pas ceux qui ne sont pas passés par là, sinon, exceptionnellement, mais je n’en ai jamais rencontré encore, les autodidactes géniaux qui, eux aussi, cherchent leur salut.
Non, la vie n’est pas un chaos, ni même l’absurde que signalaient, dans ma jeunesse, les philosophes à la mode.
Elle peut effectivement y ressembler, mais c’est notre vocation d’en chercher l’issue, et d’écouter en nous la voix qui nous accompagne pour nous y aider.


Mardi 8 mai 2018

La vérité en tant que produit d’une réflexion, concept, phénomène de compréhension sur un sujet particulier, est naturellement de type « quantique », difficile à prouver, ce qui sert d’excuse à ceux qui entendent profiter de son « absence », de sa « faiblesse », de sa « pluralité », pour prendre une place et une valeur dans le monde qu’on ne leur octroierait pas si elle était écoutée... C'est ainsi.
Mais nous, nous parlons de la Vérité en tant qu’Être, immuable, intemporelle, unique et souveraine.
Celle-là, si vous la réfutez, c’est votre propre existence qui disparaît, et qu’est-ce alors qu’une illusion comme vous, une ombre, un fantôme, une esquisse, un ersatz, un faux-semblant, pourrait dans ce cas prétendre décider au sujet de la vérité ordinaire, qui ait le moindre sens ?


Samedi 5 mai 2018

Nous sommes les janissaires d’un monde en lutte contre Dieu, corps étrange de parfaits serviteurs arrachés enfants à leur origine et rendus esclaves d’un maître contre lequel ils n'auraient que des raisons de se rebeller.


Vendredi 4 mai 2018

Mon client a extrait ses yeux de leurs orbites - deux jolies petites boules blanches bien propres, et s’est mis à jongler avec eux, longtemps, longtemps... - avant de réaliser que ce qu’il croyait avoir vu de tragique à ce moment-là n’existait pas, et il les a donc ensuite simplement remis en place.
Son rôle, si devoir il y avait eu à le remplir, n’était donc pas du tout celui qu’il pensait, et la trahison / désertion qu’il s’était toujours reprochée n’avait tout simplement pas existé. L’enclume qu’il voulait défendre était potentiellement le marteau et le marteau potentiellement l’enclume entre lesquels il s’était cru pris et obligé de choisir, ce qui changeait tout. D’ailleurs, à la fin, lorsque cela était devenu manifeste et démontré, bien qu’il eût tout oublié du commencement, il s’était senti particulièrement hésitant, ne sachant s’il devait s’en réjouir ou le déplorer.
Il se demandait s'il pouvait voir là la confirmation, à un niveau peut-être encore trop simple, trop matériel, que rien de réel ne peut être menacé et rien d’irréel n’existe¹, cet irréel ayant constitué sa vie, celle-ci n’étant rien d’autre qu’un rêve ?

1 "Un Cours En Miracles"


Mercredi 25 avril 2018
[Le monde est trop tourmenté aujourd’hui pour faire mieux que de la] Philosoésie [quand on pouvait jadis, dans la sérénité, écrire de la poésie pure. Justifié ou pas, en tout cas, c’est ce que je me plais à l'instant à croire que je fais.]


Mardi 24 avril 2018

J’ai fait un rêve d’« honorabilité ». J’étais adapté à la vilenie et à la médiocrité ambiantes mais la fréquentation de ma psy, ce qu’elle offrait d’intelligence et d’élégance morale, non seulement me captiva, mais me fit croire à la possibilité d’un monde civilisé.
J’ai fait personnellement tout ce qu’il fallait pour coïncider avec cet idéal en imaginant - voilà l’erreur - que mes progrès seraient contagieux et que le monde autour de moi s’améliorerait en même temps.
Quelles souffrances lorsque cela ne se vérifiait pas ! Car, aussi déraisonnable que cela fût, je croyais que la faute m’en incombait.
Coincé récemment dans l’ultime recoin habitable de cette pénible logique et sur le point d’être écrasé par ma théorie, j’ai fini par accepter que jamais, même durant la période de ma rechute qui fut d’ailleurs celle où le « complexe » que je viens d’évoquer cristallisa, Balda n’avait cessé de me considérer et de me traiter comme un égal, l’homme « providentiel » qu’elle m’avait déclaré que j’étais dans sa propre vie, et qui répondait entièrement à ses espoirs en matière d’humanité, elle dont la lucidité et les exigences à cet égard étaient terrifiantes.


Lundi 23 avril 2018

Parents, ne dîtes pas à votre enfant, comme le faisait ma mère avec moi, « sois gentil » lorsque vous voulez signifier « sois obéissant ».
Vous instillez en lui un doute pernicieux en corrompant le sens des mots, et vous abusez de son innocence.
C’est un chantage à l’affection qui le détruit en profondeur en le culpabilisant et en lui faisant perdre de vue la vérité.
C’est l’expression perfide de la tyrannie.


Dimanche 22 avril 2018

La paix que je ressens avec mes chats, avec ces animaux « qui sont dans la main de Dieu¹ » et dont la paix sacrée, pour peu qu’on y prête attention, est contagieuse, s’arrête malheureusement au noyau restreint que nous formons eux et moi sur mon canapé, îlot minuscule dans l’océan de perdition que constituent, avec la capitale à laquelle elle est accolée, la ville de banlieue que j’habite...
J’aimerais - cette paix - qu’elle s’étende en cercles concentriques au monde entier, mais passé la fenêtre, déjà, il n’y a que « bruit et fureur », tant de bruit et de fureur que je m’imagine parfois que mes semblables y prennent un malin plaisir.
Je sais cependant que c’est faux. Tout le monde, ou presque, rêve de silence et de tranquillité. Mais la paix intérieure, spirituelle, qui devrait les procurer fait défaut, et c’est cet ordre logique manquant qu’il faut retrouver.

1 Yvonne Thurel-Baldacci


Mercredi 18 avril 2018



Si j’ai arrêté de boire, après avoir ralenti de plus en plus en raison de l'ennui causé par l'habitude (cela « ne me conduisait nulle part », je l'ai dit ailleurs), la dernière de mes impressions fut de déposer un fardeau, d’opter pour la légèreté de l’irresponsabilité, de la désertion, et si j’éprouve à présent l’envie de témoigner c’est en pensant pouvoir en étonner quelques-uns - buveurs que je côtoie - qui ne se doutent certainement pas qu’ils picolent pour avoir l’air comme tout le monde !
C’est ce que je faisais moi-même sans le savoir, pour faire sérieux, pour faire normal, pauvre de moi, car aujourd’hui ma sobriété s’avère bien être une distance avec les autres.
Naturellement je m’en fous. Pour une raison toute simple : j’avais rompu longtemps auparavant avec leurs idées, le consensus social, l'instinct grégaire, la connerie ambiante imposée.
Pourquoi ne l’ai-je pas compris plus tôt ? Quand j’étais jeune je m’en tenais à l’eau pour ne pas ressembler à mon père. Puis il y eut les copains qui me poussèrent et je finis par me conformer à la règle.
Tout le monde picole plus ou moins, n’est-il pas vrai, plus ou moins ouvertement... Dans les vernissages, lieux de mondanités que je fréquente encore un peu, je suis l’exception.
Ne picolant pas, et tout le monde le devine ou l’ignore mais cherche à le savoir, je pense aussi différemment. De là à être accusé de traîtrise il n’y a qu’un pas. A moi d’esquiver...
C’est l’addiction qui masque la vraie nature du problème. Car, lorsqu’on veut arrêter, la dépendance, les difficultés du sevrage, occultent la banalité de la cause. Le besoin physique, les souffrances mentales tiennent le devant de la scène...
Si vous voulez arrêter, cessez seulement de vouloir ressembler aux autres. Retrouvez votre originalité première, ayez le courage d’être vous-même, capable de savoir qui vous voulez être vraiment, qui vous vous sentez. Croyez en vous. On boit, on fume, par manque de maturité. Arrêtez d’avoir peur. Ce n’est pas plus compliqué que cela.
Dommage qu’on ne le dise jamais.


Samedi 14 avril 2018

Toute œuvre d’art digne de ce nom est éclairée d’une lumière zénithale qui vient directement de notre esprit, comme de celui de l’artiste qui l’a créée.


Vendredi 6 avril 2018

J’ai toujours considéré la beauté, surtout dans mon enfance, un peu moins aujourd’hui (la vieillesse me rend indulgent), comme une décence nécessaire, presque obligatoire.
Au fils plus âgé que moi d’un ami de mon père, qui avait commencé un jour, mandaté sans doute par l’opinion familiale, à « me faire la morale », je ne sais plus au sujet duquel de mes « mauvais » penchants, j’avais lancé comme une insulte avant de m’échapper - il était effectivement assez laid - : « Tu n’es pas beau ! », ce qui était pour moi la pire des accusations : « Tu dépares la Création, tu contreviens à l’ordre divin ! »
J’espérais ne pas trop déroger moi-même à la règle, mais j’en doutais constamment, et, en y réfléchissant bien, je me convaincs aujourd’hui que cette crainte familière, devenue normale pour moi, d’être laid peut-être, en tous cas « pas beau », était l’expression concrète du grave problème existentiel dont je souffrais.


Lundi 2 avril 2018

Aujourd’hui - j’étais dans mon canapé, à demi-allongé, les yeux fermés, Zsa Zsa appuyée sur mon bras, méditant - lorsque je me suis mis tout-à-coup à rire tout seul (toute prise de conscience est libératoire, et toute libération mérite d’être saluée par le rire). Je venais de me rendre compte, à soixante-quatorze ans, qu’une bonne partie de moi était encore collée à ma mère, qu’elle l’appelait au secours continûment, qu’elle lui manquait comme cela n’avait jamais cessé d’être, et plus encore depuis qu’elle est vraiment disparue, mais non pas ma mère, car j’en ai une bien meilleure vision à présent, mais le dieu de Tout que j’en avais fait dans mon enfance, Dieu qui existe toujours évidemment, j’en suis sûr, et ne peut pas, comme elle, me faire défaut de cette façon.
Sinon, ce ne serait pas Lui, ce ne serait pas Dieu.


Les autres, c’est-à-dire soi...



Tout se passe dans l’intime, pas à l’extérieur.
A l’intérieur se trouve la Vérité.
Parfois l’extérieur paraît La contredire.
Il s’agit souvent de l’opinion des autres qui est différente, mais des autres en tant que tels, des autres réunis, chacun d’eux ayant séparément sa propre idée, qu’il ignore parfois, différente.
Ce sont des enfants fous, en société « ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Par exemple, la langue française, qui est mon amie, mon amie intime : je l’aime, elle m’aime, elle et moi sommes en ménage...
Ils vont la célébrer, dans une cérémonie collective - mettons une dictée de masse, organisée, spectaculaire - et ce faisant la dénaturer, la rendre vulgaire, la regarder sans la voir, la méconnaître.
Ils s’en emparent, me la volent, la violent en s’amusant, et cela (même si j’en comprends l’intention et l’accepte -j’ai même songé à participer) me fait peur. Elle, je ne la reconnais plus, je crains de m’être trompé sur son compte : elle leur appartiendrait ?
Non, en vérité, elle ne vit pas pour eux. Si c’était le cas, ils passeraient chacun dans l’intime, ils écriraient comme je le fais, ils quitteraient le troupeau.
On écrit pour les autres, certes, mais pas pour un bataillon, une foule, ceux qui font des dictées dans des stades. On écrit pour un semblable, quelqu’un d’identifiable, un frère ou une soeur, on écrit en fait pour soi. C'est la même chose !


Samedi 31 mars 2018

Tant de gens sont « déconnectés de la réalité » qu’on se prend à imaginer qu’il doit y en avoir plusieurs, chacun probablement ayant la sienne, ni meilleure ni pire que celle de son voisin, et si nombreuses qu’il n’y en a à l’évidence aucune de vraie... toutes sont fausses !


Mardi 27 mars 2018

Le cartésianisme, qui passe à tort pour une espèce de progrès, n’est que le refus du doute qui caractérise l’humain. C’est un refus de l’humanité considérée comme une faiblesse.
Certes le doute existentiel est une pathologie mais la solution n’est pas en aval comme le préconise Descartes, elle est en amont, la gageure consistant à le conserver en l’état sans lui administrer le poison d’une méthode consistant tout simplement à le faire disparaître à n’importe quel prix.


J'ai des doutes sur ma capacité à plaire longtemps dans la vie réelle. Je n'ai pas de vice partageable.


La « bonne nouvelle » apportée par les premiers chrétiens se solde peu à peu par un dépit qui assure le succès de la philosophie de Descartes. Sans ce préalable qui donc se serait accommodé de cette idée insane selon laquelle : « Je pense donc je suis » ? Qui en aurait eu besoin ?
Le cartésianisme est une revanche sur la religion chrétienne et son aboutissement dans la laïcité et l’athéisme est logique.
Entre-temps il y a eu Saint-Simon, la propagande industrielle.
Qu’on entre ou pas dans les détails, on voit aujourd’hui à quoi cette évolution nous a conduit. Admettons qu’un certain bien-être matériel n’aurait pas pu se gagner autrement (ce qui n’est pas certain) et réjouissons-nous de cela. Mais à quel prix ? Une planète qui se meurt rapidement, un système si pesant, si enkysté, qu’on ne pourra probablement pas faire marche-arrière assez vite.
Le seul espoir est la survie d’un petit nombre, qui serait en mesure de tirer la leçon de tout ça.
(Prodigieux, le gaspillage d’énergie, de vies, qu’il aura fallu!)


Lundi 26 mars 2018

La pire chose qui se puisse imaginer est un monde sans Dieu. Croyez-moi j’ai essayé, j’ai regardé l’abomination sans limite du néant.
Un monde avec Dieu n’est pas, comme tant de gens aujourd’hui le croient, un monde qui réclame qu’on s’agenouille. Rappelez-vous les représentations d’hommes en prière de jadis, qui sont debout, fièrement, les bras levés vers le ciel. Parce qu’alors ils savent encore que le ciel peut leur répondre.
Un monde avec Dieu c’est un monde avec le Sens. C’est presque la même chose. Si vous ne voulez pas croire en Dieu, croyez au Sens. Sans le Sens, pas de joie. Peut-être nous échappe-t-il ? Mais Il nous justifie.
Croyez, croyez de toutes vos forces. La croyance est la structure même de l’être. C’est ce que nous faisons de toute façon, sinon en Dieu du moins en nos illusions. Ne croyons-nous pas en la matière solide qui n’est pourtant qu’une onde, une vibration, rien de palpable, simplement la création de nos sens qui ne nous renvoie ainsi qu’à nous-mêmes ?
Cela a-t-il un sens, de vivre ainsi dans l’irréalité comme dans un labyrinthe de miroirs ? De nous heurter à nous-mêmes sans nous reconnaître ? De nous haïr parfois ? De nous combattre ? De nous chercher sans cesse ?
Non sans doute, à moins qu’il y ait quelque part un Dieu qui l’explique et qui nous dise ce que nous sommes vraiment.


Mardi 20 mars 2018

La société, qui est une rivalité de fait, ne doit pas l’être d’intention.
On peut devenir « meilleur » qu’un autre -plus ceci ou cela- à condition de ne vouloir être que meilleur que soi.
Autrement c’est le contraire ! Envier l’autre nous rend systématiquement inférieur.


Mardi 13 mars 2018

A la guerre comme à la paix :
-« Fais gaffe quand même, c’est le président... »
-« Et alors ? Il n’en a que deux, comme tout le monde ! »
-« Bah non, justement, regarde, il n’en a qu’une, le pauvre, et pas bien grosse ! »
-« Tout s’explique ! Bon, colle-lui une rustine comme aux autres, et au suivant. »


Lundi 12 mars 2018

Je n’ai connu durant toute ma vie que deux comédiens : Gérard Philippe et Gérard Desarthe, capables, en esquissant simplement un geste et en prononçant quelques mots, de m’envelopper d’un seul coup d’un rêve faisant surgir un autre univers.


« … que ce qui est faux est faux et que ce qui est vrai n’a jamais changé. »
En sa compagnie [Balda], j’avais droit à une stature de 3 mètres, et à vaguer ça et là avec ma ronde et orageuse épaule de nuée comme un dieu clément.


Samedi 10 mars 2018

La santé mentale c’est comme la pureté de la race, et ce sont ceux qui en ont le moins qui s'en préoccupent le plus.


Mercredi 7 mars 2018

J’ai cru que je pouvais faire disparaître la connerie autour de moi ! Ne me demandez pas où je suis allé chercher une pareille conviction, je n’en sais rien. C’était une idée que j’avais dans mon enfance, et la psychanalyse me l’a restituée. Bref je n’ai pas beaucoup chômé question souffrance ces dernières quarante années.
Je croyais que j’avais un contrat : faire de mon mieux et améliorer les choses. Penses-tu ! c’était imaginaire.
D’une certaine façon, j’ai été passablement con moi-même, sinon dans les modalités du moins dans les intentions. Est-ce cela qui s’est soldé par mon échec social et le purgatoire que je vis ici, dans cette ville pleine de désagréments du 93 ? Probablement.
Je n’ai jamais songé à moi, sauf pour la recherche forcenée d’excellence dans le projet imbécile qui était le mien. Là, c’était une obsession.
L’essentiel c’est que cela soit terminé aujourd’hui.


Toute ma vie j’ai eu peur des gens qui ne croient pas en Dieu, pour la bonne raison qu’ils sont trop sérieux ! (Quelque chose me dit que vous vous demanderez encore à la fin de cet article si je plaisante ou pas.)
Ils ne comprennent pas le jeu, la plaisanterie, et j’oserai dire l’incroyance ! Oui, l’incroyance dans le réel ! (Mais quel réel, toute la question est là.) Pour eux tout est solide, leurs pensées, leurs engagements, leurs projets, et j’ai toujours perçu qu’ils ne pouvaient pas approuver un clown tel que moi. D’ailleurs je ne me considère comme tel que parce qu’ils l’ont décrété eux-mêmes. « Farfelu » est le qualificatif qu’on m’attribua dès le cours complémentaire, c’est-à-dire vers 14 ans. Déjà, et pourtant du même âge que moi, ils ne pouvaient pas me comprendre.
Le principal désagrément fut par la suite ma difficulté à affronter les familles des femmes que j’ai aimées. J’aurais dû le faire par égard pour elles. Mais je ne pouvais pas. « Qui êtes-vous ? » voilà la question qui m’aurait été forcément posée. Or, mézigue, je ne connaissais pas la réponse. Donc cet être ni chair ni poisson que j’étais ne pouvait pas prétendre être un gendre acceptable; je le comprenais très bien. Farfelu peut-être, mais pas con !
Mais qui dit gendre douteux, dit époux idem. Du moins c’est le doute qui survenait chez mes copines. Elles acceptaient souvent de ne pas m’avoir aux repas de famille mais elles étaient inquiètes.
Si seulement j’avais compris alors la supériorité qui était la mienne ! Compris que ce manque de sérieux qu’on me reprochait n’était rien d’autre que le symptôme de la foi, l’intuition du royaume de Dieu ! Tandis que leurs billevesées de mécréants glissaient sur moi comme l’eau sur les plumes d’un canard pas du tout boiteux. Et que mes coin-coin désespérés sonnaient plus ou moins pourtant comme la trompette du Juste !


Mercredi 28 février 2018

Le calcul ne remplace pas l’inspiration.


Si Dieu ne rayonnait pas logiquement à l’horizon de notre esprit, c’est que nous n’en aurions pas -lui dont nous percevons que nous en sommes plutôt les dépositaires que les possesseurs.


Mardi 27 février 2018

Si le bonheur n’est pas définitif, et, que je sache, il ne l’est jamais, alors il semble qu’on ait vécu pour rien.


On comprend ce qu'on veut aux paroles, mais c'est toujours une très belle chanson.


Et pourquoi ne pas écouter tout l'album "The Color of Spring" ?


Dimanche 25 février 2018

Les êtres humains sont comme des mouches -n’y voyez aucune méchanceté, je m’exprime fraternellement- qui pondent leurs œufs dans des morceaux de cadavres ou des cadavres entiers et ont une progéniture grouillante et nombreuse, touchante par sa vulnérabilité.
Toutes leurs inventions, leurs créations, ou plutôt la valeur qu’ils leur accordent et l’intérêt qu’ils leur portent, reposent sur la confusion permanente qu’ils font entre matière et esprit; croyant manifester ce dernier ils ne font que rendre un culte éternel et constant à la première.
Par exemple l’architecture, dont je suis moi-même épris. Quatre piliers, un toit, trois fenêtres, un porche d’entrée, et tout est dit ou devrait l’être, mais non, des livres par milliers, des magazines, des films, des conférences, des colloques, des concours, des prix, sans parler du boulot infernal de singularisation personnelle qui taraude tous les faiseurs de plans, font croire depuis longtemps à une expression ésotérique, merveilleuse, si variée et multiple que tous s’y perdent à moins d’adopter un parti-pris, une machine à délirer qui a besoin d’une mythologie, de prêtres et de fidèles, de vœux sacrés, d’une espérance, et d’un enfer comme il se doit qui consiste à aller toujours plus loin, plus haut, plus grand, plus impossible et plus néfaste, jusqu’à la mort, qui ne manque jamais de venir dans ses formes diverses, la mort de l’architecte, la mort des habitants, celle du bâtiment, de l’idéal qu’il a représenté, de l’espoir qu’il a fait naître, de l’idée de beauté ou d’intelligence qu’il incarnait, etc., etc. Et puis cela recommence. Quelqu’un, croit-on, en fait l’Histoire, c’est-à-dire l’Illusion, apporte un nouveau style, une technologie révolutionnaire… Tandis qu’il n’y a rien de mieux depuis toujours que quatre piliers, un toit, trois fenêtres, un porche d’entrée.
Je vais vous dire ce qu’est l’Esprit : c’est le rayon de soleil qui vient caresser la façade, entre dans la pièce, allume la couleur du mur.
C’est la pluie qui tambourine sur les tuiles, qui frappe au carreau comme une amie.
C’est le vent qui oblige à sortir pour assujettir le volet qui claquait, et alors tout l'espace et la nuit offerts font oublier le reste.
L’Esprit ce n’est pas ce que nous cultivons c’est ce que nous recevons, Il nous précède depuis toujours.
Le rejoindre c’est arrêter de juger.


Agir Seul.


Mardi 13 février 2018

C’est lorsqu’il n’a plus de limite que l’esprit ne risque pas de commettre d’erreur ; c’est sa nature, ma foi plutôt exaltante pour la conscience, dont il ne faut pas avoir peur. Restreint par quelque peur, fût-ce celle du Mal, il ne peut pas exister où et donc comme il doit.


Mardi 6 février 2018

Croiser des inconnus qui nous regardent avec des yeux encore remplis de l’horreur qu’ils viennent de voir
On se demande un instant si c’est soi-même qui leur inspire ce regard
On ne les reverra jamais mais on ne peut pas les oublier
Hommes femmes enfants blessés hallucinés
Voilà en grande partie la vie qui nous échoit à tous
N’est-ce pas ?


Lundi 5 février 2018
« Les gens souffrent et meurent..., mais pas moi ! »
Voilà ce que je pense, et ce que devraient dire tous les enfants dits « surdoués » s’ils n’étaient pas écrasés par l’énorme différence qu’ils sentent avec leur entourage. Ils en arrivent presque toujours à avoir peur d’être fous.

Les mécanismes du succès et de la notoriété ne m’intéressent pas.

Ranger consiste à assigner aux objets une place logique particulière, et, si elle n’existe pas, à la créer (pas forcément évident). Vous établissez ainsi chez vous un ordre plus ou moins visible, pratique et rassurant. Avant je croyais qu’il fallait pour cela du génie. Mais la liberté fait tout autant l'affaire !

Les chats empiètent vaillamment sur notre égo et beaucoup d’humains croient leur accorder une faveur en les laissant faire. Ils devraient les remercier, car ils nous aident à comprendre et à percevoir qu’il n’y a qu’ « ici et maintenant » dans la paix qui est à nous comme à eux.

Je crois que vous ne comprenez pas, mesdames et messieurs : tout ceci n’est qu’une blague, une vaste illusion !
Dans ma jeunesse je le savais et je croyais avoir tort. Aussi je me suis appliqué -malgré moi d’ailleurs, croyant faire autre chose- à démonter ce savoir pour le remplacer par le vôtre, et sinon le vôtre celui dans lequel la société humaine prétend exister: le fameux Sérieux !
Raison d’état, droit de vote, droit de vie et de mort sur les animaux, blablabla, blablabla...
J’avançais dans une direction tout en reculant dans la direction opposée, et cela sans me dédoubler, croyez-le ou pas, c’est une aptitude de l’esprit, entre autres toutes aussi étonnantes.
C’était certainement requis pour élucider les tracas qui me torturaient et que j’avais mis de côté peu à peu depuis mon enfance formant ainsi la montagne prodigieusement haute qui me cachait l’horizon.
J’ai appris ainsi « pourquoi », ce qui ne change pas grand-chose par rapport à la vérité que je suis.
Laquelle ne m’appartient pas car je ne me suis pas créé.
Ce qui exclut, selon les critères de la société, vous en conviendrez, tout sérieux à mes démarches.


Samedi 3 février 2018

Échantillon

Ceux qui sont morts intérieurement n’ont pas de mérite. Ils vaquent à leur boulot comme indiqué dans la notice fournie par la société, respectant de leur mieux la posologie et commettant de temps à autre l’erreur qui les fait paraître humains aux yeux des autres et aux nôtres, mais qu’on ne se méprenne pas : ce sont des zombies!
Ceux qui, comme moi, comprennent quelque chose -pas grand chose- à la pièce, souffrent comme des damnés parce qu’ils se croient responsables, tout en sachant parfois -certains seulement, pas tous- qu’ils ont tort, ce qui est vrai : on ne devrait pas souffrir ! Cependant on expie -suffit de le savoir- on est dans Sa main, on va vers Dieu.
Relaxe.
S’Il se présente un jour à toi inopinément, ne fais pas comme moi, comme je l’ai fait jadis, ne t'En juge pas indigne !


Vendredi 26 janvier 2018

Dans mon désordre précédent, je respectais une loi que j’ai toujours connue instinctivement et par laquelle une vie facile et relativement brillante m’échoyait.
Néanmoins mon équilibre était mauvais et ne pouvait durer.
Je suis descendu, on peut dire, dans la fosse aux lions. Travail, Famille, Patrie. Du sang, de la sueur et des larmes. Pleurs et grincements de dents. Tout ce dont j’avais toujours eu peur et que j’avais jusque-là réussi, avec une certaine ingéniosité, mauvaise foi et lâcheté, à éviter.
J’ai fait la pénible étude (du malheur que nul n'élude...) qui m’a convaincu que cela ne sert à rien. Ce qui me faisait peur n’a rien d’effrayant en soi, il est simplement idiot d’y consacrer son énergie.
C’était le monde où vivait mon père et qui le rendait fou.
Il faut viser la joie, pas le sérieux, pas la responsabilité, que l’on accepte s’ils surviennent, sans plus, mais dont on ne doit pas faire une idole, comme ils l’ont été pour moi.
J’ai payé mon écot pour le brouet spartiate.
Faites ce que vous voulez, rêvez, croyez à l’impossible.
Ne croyez qu’en Dieu.
La vie n’est pas la mort. La vie n’est pas la souffrance.
Il faut être libre et en paix.


Jeudi 25 janvier 2018

Un des aspects de la méchanceté est de présenter constamment une fin de non-recevoir à celui qui, comme moi enfant avec mon père, tente d’établir le dialogue, d’obtenir des réponses, des explications, essayant de percer, d’escalader ce mur (en fait un vide) qui se dresse devant lui, incompréhensible et impénétrable.
Je me suis rendu compte récemment que mon goût des extrêmes, mon besoin d’excès, mes exigences trop grandes, venaient de la colère, de la rage rentrée, installée en réaction peu à peu comme une composante de ma personnalité, mon côté passionnel créé par l’habitude en réponse au comportement de mon père.


Mardi 23 janvier 2018
(Ecrit antérieurement -avril 2017)

Il y a une espèce de conspiration universelle de la connerie -je suis désolé de m’exprimer de manière aussi vulgaire mais c’est la seule possible- pour faire comme si la mort n’existait pas. (On a même renoncé, de nos jours -le « progrès » probablement- aux cortèges funèbres).
Tout ce à quoi l’on est censé croire, dans ce consensus imbécile, s’effondre indéniablement quand elle survient, et malgré cela, le deuil achevé (!), on doit recommencer comme si de rien n’était.
Personne ne songe, apparemment, à remettre en question le modus vivendi, à protester, s’indigner, faire la grève, bouder ou que sais-je encore, repartir sur d’autres bases, demander à ce qu’on prenne en compte le caractère douteux des « projets d’avenir », établir l’urgence première de savoir vraiment ce qu’est la mort !
Car le plus beau de l’histoire c’est que personne ne sait ce qu’elle est. Cela rend-il quelqu’un ici humble et modeste ? Pas du tout. On continue à préparer des voyages dans la galaxie, la conquête des autres planètes, alors qu’il ne reste que quelques jours à vivre à ces fiers conquérants, savants, ingénieurs, techniciens, etc., qui, à moins d’être incinérés -c’est la mode aussi- devront descendre, sans finir le boulot, dans la fosse aux asticots.
La majeure partie d’entre nous ne laisse pas la moindre trace ici-bas. Les mémoires sont capricieuses, toujours injustes, partiales, oublieuses. De toute façon, ce que l’on a été vraiment personne ne le sait, et souvent pas même nous-mêmes. En fait nous n’existons pas.
Et c’est probablement ce qui nous tue.


La barbarie est un mépris de l’homme pour l’homme, collectif, général, et c’est ce dans quoi nous vivons.
Nous avons créé une civilisation soi-disant laïque, en fait athée, sans voir que le refus de la religion, parce que nous luttions en Occident contre la tyrannie et l’ignominie de l’Eglise catholique, est celui d’une fonction majeure de l’esprit humain qui lui alloue une certaine grandeur et lui fait respecter ce qui l'entoure : la spiritualité.
Nous avons érigé en compensation le matérialisme comme religion.
Que nous en crevions aujourd’hui n’est que justice, ou, si l’on préfère logique -la plus primaire- celle-ci, à défaut de l’intelligence, étant ce que nous avons mis en œuvre de manière exclusive.


Samedi 20 janvier 2018

J’ai assumé des défauts que je n’avais pas, ce qui m’a fait commettre des erreurs que je n’aurais jamais dû commettre, tout en me permettant de découvrir sinon qui je suis du moins qui je peux légitimement passer pour être. La parenthèse se referme, et le possible revient, le potentiel, l’attraction tant aimée.


Jeudi 11 janvier 2018

Il entra dans la pièce et dit : « Je n’ai plus la conception linéaire du temps ! 
C’est une conséquence de ma réflexion sur l’Histoire et une vision plus juste assurément, le temps étant ainsi moins identifiable avec les transformations. Elle présente en outre, à mon âge, l’avantage non négligeable, ajouta-t-il avec un sourire, que c’est à présent à la mort de me trouver et non à moi d’aller vers elle. »


Mardi 9 janvier 2018

Reconnaître l’Histoire pour ce qu’elle est, la pesanteur sans intention ni but que nous engendrons nous-mêmes économiquement et non le progrès -comme l’illustre actuellement la régression sociale et culturelle qui a lieu en France, dans la logique de la formation de l’Europe affrontée à la mondialisation- (on pense au tonneau que roule en tous sens inutilement Diogène), permet au Sage d'être enfin disponible pour le Soi et Dieu, de ne plus Lui en vouloir, d’aimer au lieu de haïr: il n’y a plus de coupable.


Dimanche 7 janvier 2018

D’une manière un peu infantile, et même beaucoup, j’ai cru aux « lendemains qui chantent » durant ma psychanalyse. C’est la raison pour laquelle, associée avec ce questionnement non satisfait correspondant au mensonge de famille dans lequel j’avais grandi, je n’ai pas pu accepter la fin normale du traitement et retourner à la vie civile qui s’annonçait évidemment très décevante.
Ajoutons-y environ quarante années très compliquées de lutte continue et de souffrance perpétuelle pour continuer à croire plausibles mes espoirs enfantins et nous retrouvons le bonhomme enfin prêt à comprendre que, si cela se peut, ce n’est pas dans « le monde ».
Enfin. Car le paradoxe est que je n’avais pas tort du tout quoique en me méprenant sur le lieu où ce que j’attends doit se produire.
S’est toujours produit.
Se produira à jamais.
Se produit de toute éternité.


Samedi 6 janvier 2018

L’ « Histoire » ne m’a jamais vu, peut-être un peu, à peine, quand j’ai croisé quelque Grand, en tous cas n’a rien retenu de moi. Mais cette Histoire-là, celle que les hommes choisissent d’appeler ainsi, n’est que le rêve plus ou moins commun que nous nous racontons collectivement avec des livres, pour nous justifier tous, nous fournir le sentiment d’existence objective dont nous pensons avoir besoin, au détriment de l’intime réalité, celle que nous craignons de voir se concrétiser pour de bon, notre lutte féroce avec le Soi, avec nous-mêmes, avec Dieu !
Dans ce domaine, mézigue a toujours considéré qu’il était élu. C’est un mot fort, je sais, mais comment exprimer autrement la conviction profonde d’avoir à jouer un rôle décisif, de compter pour l’univers quelles qu’en soient les modalités, d’être important, depuis la naissance, décalé par rapport aux autres, parents, famille, proches ?
Et cependant il m’a toujours semblé que cela devait être vrai pour chacun, que c’était la seule façon d’être vivant.
...
Le Salut est ma vocation.


Mercredi 3 janvier 2018

Et si ce que l’on devinait, pressentait, ressentait, imaginait, espérait, etc., était plus vrai que ce que l’on nous a appris et pratiquement forcé à croire ?
Et si l’on aimait Dieu plus qu’on ne Le craignait ?
Et si l’on se sentait plus fort que la mort ?
Et si l’on était plus innocent que coupable ?
Innocent entièrement d’ailleurs car à demi c’est impossible
Bref si l’on était ce que l’on est ?
Le Fils de Dieu !
Bonté divine !


Lundi 1er janvier 2018

L’observation du « principe de réalité » est une forme de dépression.


Je ne peux pas demander pardon, je ne peux pas faire amende honorable. Tous ceux à qui je devrais des explications sont morts, absents, partis, irréductibles.
Ils ne peuvent ou ne veulent pas entendre parler de moi.
Je n’existe pas.
Et tandis que la nuit tombe, seul chez moi, mon vieux chat à mes côtés, je me joue la rengaine du désespoir domestique :  « Objets avez-vous donc une âme ? » -La tienne, sale con, toute ruisselante de suie et de larmes acides, vieux débris !-
Et puis j’assume, bonheur résigné, lavé, fataliste.
Il faut bien qu’il y en ait un ou deux pour bouder les cimetières.


Samedi 30 décembre 2017

La photographie (le plus souvent) : comme si nous n’en avions pas assez de cette « réalité » indigeste qui nous rend perplexes...


Incohérence: il ne pouvait pas raconter une histoire -lui, un peintre abstrait- sans dire : « Figure-toi que... »


Mercredi 27 décembre 2017

Tout bon masochiste apprenti sait qu’à aucun moment il n’est agréable de souffrir
La souffrance n’est que le prix à payer pour obtenir ce que l’on croit ne pas mériter
Pour faire ce qui n’est pas permis Pour oublier ce dont on se croit coupable
On en arriverait ainsi facilement à croire aux fantômes


Lundi 25 décembre 2017

Le bizutage des nouveaux arrivants révèle la peur qu’ils inspirent aux « anciens », à ceux qui sont déjà en place. C’est le principe même de la société humaine. Ceux qui viennent au monde sont bizutés par leurs parents.
La société humaine est régie par la peur, celle-ci étant de fait le contraire de l’amour.
Dans le monde, l’amour n’existe qu’à titre individuel, l’individuel et le social se juxtaposant parfois, s’interpénétrant, dans une confusion difficile à percer.
Instinctivement les êtres plutôt aimants se détournent de la société, s’en méfient. D’autres, qui se méprennent, font le sacrifice de leur meilleure inclination. Tous les cas de figure existent, à l’infini.
Pour conduire sa barque au mieux il faudrait être absolument lucide sur cette question, ce qui est presque impossible.
Tout être aimant accepte sans peine sinon sans étonnement d’être un looser dans la société ; de toute façon il n’y a rien à gagner sauf l’argent, qui ne sert à rien. Une position sociale n’est qu’un masque, qui cache surtout la peur intrinsèque qui a permis son obtention.
On peut hériter d’une position, ce qui s’accompagnera de grandes souffrances...

A suivre...


Samedi 23 décembre 2017

Le plus remarquable dans le comportement de Balda à mon égard c’est la considération avec laquelle elle m’a traité, comme si son intelligence exceptionnelle, son savoir-faire professionnel éprouvé, sa culture immense, sans parler de son altruisme, de sa bonté, ne pesaient rien face à mes propres qualités. Il y avait de quoi être retourné, ce qui était précisément ce dont j’avais besoin, et ma dette envers elle est infinie.


Samedi 16 décembre 2017

X est une ville où la vulgarité est générale, dominante, omniprésente, oppressante, despotique.
Vulgarité partout, dans les gens, dans les choses, dans l’atmosphère, à tous les étages (c’est contagieux).
Il n’y a pratiquement pas un atome de cette ville qui en est dépourvu, du quidam de base aux notables, comme si, à X, être vulgaire était civique.
On ne sait pas, on ne sait plus, ce que peut signifier « élégant », « distingué » ; « aristocratique » est un mot qu’on ne peut pas prononcer, un gros mot. Un reste de courtoisie, cette chose désuète, charmante à mes yeux, est le dernier signe de reconnaissance clandestin qu’on décèle encore parfois, à X, chez ceux qui savent encore qu’il peut exister autre chose que la vulgarité.
C’est une sorte d’appel au secours, un soupir d’agonie, la dernière décharge nerveuse.
Car la manière dont on croit être raffiné, éduqué, à X, est elle-même vulgaire.
Le bonheur des gens vulgaires qui se retrouvent à X est palpable. A X, à l’instar de la police, le bon goût, la correction, n’existent pas. On ne les voit jamais. On peut être et faire ce qu’on veut. Et malheureusement on ne peut et on ne veut être que vulgaire.


La question que je pourrais me poser est celle-ci : tout le monde a-t-il comme moi des secrets, un ou deux, qui tiennent plus, non pas à la nature des éléments qui les composent mais plutôt à leur arrangement, la façon dont ils se sont constitués et qui impose le silence à leur sujet.
Non pas ce que j’ai fait qui pourrait sembler scabreux mais les raisons qui m’ont amenées à faire ce que j’ai fait.
Raisons pour la plupart -c’est ce que je crois- impossibles à comprendre pour le commun des mortels, raisons que personne ne pourrait raisonnablement imaginer pouvoir avoir été les siennes dans les mêmes circonstances, inventions, « embrouilles », qu'on avancerait comme excuse… autrement dit mensonges.
Et pourquoi l'on se tait.


Quoique le résultat obtenu ne soit probablement que très rarement flatteur pour l’ego, je pense que c’est un privilège de parvenir à comprendre le sens général de sa vie, comme cela vient de m’arriver à presque soixante-quatorze ans.
Je peux me consoler également en me disant qu’il ne s’agit que du domaine affectif, de l’explication dans la sphère du sentiment, laquelle, à en croire Jung, n’est pas la seule constituant la psyché. Néanmoins c’est déjà bien satisfaisant d’apercevoir une trajectoire continue et compréhensible à la place d’un mystère, et pratiquement d’un néant il y a peu.
Voici : toute ma vie durant -ce ne sont pas des mots creux- je n’ai vécu que pour trouver l’impossible bonheur avec ma mère, et avec mon père logiquement indissociable d’elle (ne me gratifiez pas d’un complexe d’Oedipe forcené), le bonheur « familial » représentant de l'Harmonie, attente déçue depuis mon enfance, mon accomplissement existentiel restant bloqué là. Dans tout ce qui m’arrivait, même après leur mort, et ce matin encore, c’est cela que je cherchais.


Mercredi 13 décembre 2017

Lorsque je racontai à Balda la mésaventure qui m’était arrivée avec un petit chat à l’âge de 12-13 ans, chaton plein de puces qui m’avait été donné, et que, démuni, sans aide, je ne sus, désespéré, qu’abandonner à nouveau aux Buttes-Chaumont où il avait été trouvé, son commentaire, avant de m’annoncer que mon allergie aux chats était terminée avec cet aveu, fut simplement : « Deux orphelins ».
Une image passa alors dans mon esprit, trop fugace pour que je la reconnaisse, et d’autant plus inattendue que, lorsque cet événement était arrivé, et alors même que je le racontais, mes deux parents étaient encore en vie et pour longtemps.
Comme toujours, cependant, elle avait raison.
Cette image était celle de l’endroit où, jadis, à l’âge de deux ans, j’avais bien été obligé de me rendre compte douloureusement et à jamais que ni ma mère, ni mon père (substitut impossible), n’étaient capables, en cas de problème, de m’apporter le moindre soutien.


Lundi 11 décembre 2017
Puisque je vous le dis


Préférer la niche du chien au canapé du salon n’est pas forcément l’indice d’une dépression¹
Des gestes valent bien des mots et vice versa
Se rapprocher de la mort ne guérit pas immédiatement des hémorroïdes
Les pesticides remplacent très bien les épidémies de peste
Paul ne veut pas changer de sexe pour qu’on l’appelle lope²
Ils se relèveront et comprendront qu’ils étaient mieux couchés
Celui qui prend le pouvoir abandonne le bon vouloir
Avoir et avoir été c’est possible
Le monde paraîtrait moins grand s’il n’y avait pas autant d’espace intermédiaire entre deux points distincts
On n’aimerait pas échanger sa maison contre son chapeau mais on change d’avis quand on a besoin de sortir
Etc…

¹ A plus forte raison si l'on est le chien.
² Surtout avec cette orthographe.


Se prendre au sérieux n’a pas que des avantages. Cela consiste aussi à ne pas se faire confiance.


Jeudi 7 décembre 2017

Quand le « bon goût » n’est plus que la peur du naturel, il faut l’abandonner.
On peut certes préférer la lumière de la lune à celle du soleil, l’argent à l’or, mais c’est une faiblesse, un excès de « civilisation ».


Mercredi 6 décembre 2017

J’ai fabriqué un diorama, représentant une partie d’un musée de mon invention (où les chiens ne sont pas interdits...), destiné à afficher pour quelque temps, dans un cadre supposé être grand, les petites images de tableaux pour lesquels j’ai un coup de cœur.
J’ai compris à l’occasion qu’un roman est un diorama.
Mais la poésie, ce sont les jeux de la lumière sur les choses de ce monde et les êtres en tant qu’objets, le poète étant celui des êtres en tant que tels qui fait entendre la voix de tous les autres.


Dimanche 3 décembre 2017

Il paraît que jadis, à l’époque malheureusement disparue où montrer de l’esprit avait de l’importance, certains, pour un bon mot, étaient prêts à se damner.
Je suis moi-même souvent tenté de le faire pour une belle phrase, une tournure inattendue, une expression originale, aux dépens de la vérité, mais je résiste, je me bats, car ce qui compte le plus pour moi est d'abord mon salut.


Mes quatre chats m’aiment totalement, j’ai envie de dire : « comme un seul homme ». Ils me l’ont montré définitivement ce matin. Blottis ensemble nous constituons une fratrie de cinq enfants.
C’est on ne peut plus réconfortant quand chaque relation humaine amicale, quoi qu’il arrive, est toujours entachée à cet égard d’un petit doute.


Jeudi 30 novembre 2017

-« Pourquoi as-tu fait cela ? »
-« J’avais un compte à régler »
Comptabilité de la petitesse humaine, de la médiocrité, voire de la bassesse, que tout le monde ou presque agrée, trouve normale.
Mais si tu dis : « Je fais ceci parce qu’il me semble que c’est requis de tout homme, que c’est ce que Dieu veut », on te jugera comme quelqu’un dépourvu de liberté, de douteux sur le plan psychologique, toi qui montres la vraie grandeur.


Mardi 28 novembre 2017

J’aime à penser que Karl Marx n’a pas identifié et décrit la lutte des classes afin que nous fassions du côté où nous nous trouvons par hasard à notre naissance une appartenance sacrée et consacrions notre énergie et notre volonté consciente à son approfondissement, son aggravation et sa perpétuation.
Au contraire il faut trouver le moyen d’y remédier, de la dépasser pour construire « un monde meilleur », contrecarrer sa puissance, refuser ses automatismes, lui échapper.
Puisque la société, comme une fatalité, corrompt l’homme, ce qui est indéniable, essayons d’être le plus lucide et le moins soumis, le plus libre possible à son égard.


« Loin d’eux... »
On nous parlait encore, comme d’habitude ici, de richesse humaine, de brassage ethnique, de multiculturalisme, etc. Personnellement je ne vois qu’un grouillement de blattes, dont, je le concède sans peine, je fais également partie pour quiconque porte dessus un regard identique au mien, celui de l’individu libertaire outragé par « la multitude vile »...

Baudelaire : Recueillement


Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.


Il est quatorze heures du matin.


Pablo Innocent » could be a good pen name.


Il avait de gros sourcils de gendarme qui lui donnaient l’air sérieux indispensable et portait un costume bleu-marine avec de fines rayures blanches de parrain de la mafia : un premier ministre idéal !


J’en ai marre de ma condition d’homme mortel (j’explique : c’est trop de souffrance !)
Pourtant je vis dans un monde non-violent, oisif et doux de retraité
Plein des étranges souffrances de l’esprit inquiet que tous partagent et que tous taisent
Considérant qu’il s’agit là de la vie « normale » qui conduit normalement à la mort
Normale, mon œil !


Jeudi 23 novembre 2017

Au fond l’idée pour laquelle je choisissais de faire une chose plutôt qu’une autre, au cours de ma vie, a toujours été que cela « allait me conduire quelque part ».
Intéressant, n’est-ce pas ? Je le découvre enfin aujourd’hui.
S’il s’avérait ensuite que cette chose malheureusement « ne me conduisait nulle part » (!), je ne pouvais pas faire autrement que de l’abandonner à la première occasion.
C’est ainsi que j’ai cessé un jour radicalement de boire du vin -un breuvage que je considère cependant comme délicieux- parce que je me suis rendu compte que, quelle qu’en fut la qualité et/ou la quantité, en somme en m'y consacrant je faisais du sur place !
Il y a énormément de choses que nous faisons qui ne nous conduisent nulle part, et que nous devrions immédiatement abandonner en vertu de ce principe ingénu !
Le cours des choses en serait modifié à un point inimaginable et, j'en suis persuadé, dans le bon sens, mais je ne m’attends pas à ce qu’on me croie.


Dimanche 19 novembre 2017

Les gens sont des problèmes. Ici, en ville, ce sont des millions de problèmes juxtaposés, tous plus odieux, effroyables, irritants, les uns que les autres. Ils sont problèmes et la relation avec eux est problème. Ils ne vous font pas grâce de leurs soucis, ils ne veulent pas, pour votre bien-être, que vous restiez hors-jeu, au contraire. Ils cherchent à vous piéger, ils vous demandent de les accepter, c’est-à-dire de participer, d’être comme eux. On voudrait que tout soit simple et facile, c’est impossible.
On se prend à rêver d’un autre monde, plus beau, à la campagne. Un décor naturel, conforme à l’ordre auquel on désire participer. Mais là aussi, quoique plus rares, il y a des gens, et, devinez, ce sont des problèmes ambulants, qui n’auront de cesse de s’accrocher à vous, de vous sucer le sang jusqu’à ce que vous soyez mort !
Voilà comment je vois le monde.


Jeudi 16 novembre 2017

Micheline, Michèle...

La loge du concierge, au rez-de-chaussée de l’immeuble, était une pièce carrée de dimensions moyennes, dont l’unique fenêtre, sale, obscurcie par des paquets empilés jusqu’à mi-hauteur, donnait sur une petite cour fermée jusqu’au ciel par un immense mur noir.
Il n’y avait presque pas de lumière.
Dedans vivaient les parents, la fillette, un bébé, et la grand-mère à demi-paralysée qui ne quittait pas son fauteuil. Il y avait aussi Rex, « un beau berger allemand ».
La pièce servait de chambre, de cuisine, de salle à manger, de salle de bain -taudis épouvantable, obstrué, plein de choses opaques, dans lequel on entrait comme dans un igloo, avec l’impression, le sas franchi, qu’on ne pourrait jamais ressortir.
C’est là que vivait Michèle, mon amour d’enfance. Nous avions le même âge. J'habitais au premier, juste au-dessus.
Elle était belle et elle était rousse, d’un roux de feu, le visage entier constellé de taches de rousseur bien visibles qui faisaient l'effet d'un tatouage primitif et sauvage. Ses cheveux l’auréolaient d’une couronne de lumière radiante, splendide, surnaturelle.
C’était un être « anormal », anomal, et je l’adorais.
Dans sa prodigalité somptueuse la Nature l’avait jetée là, flamme vive au milieu des cendres, rubis dans la fange, comme la lumière d’une étoile, peut-être déjà morte...
Elle a déménagée quand j’avais dix ans, à mon grand désespoir, je ne l’ai jamais revue.
Rien ne me paraît plus injuste que le destin des enfants magiques comme elle, qui naissent dans des des bidonvilles, des banlieues pauvres, des lieux sans nom, et dont la beauté, à cause de la misère, va disparaître sans s’épanouir.


Samedi 11 novembre 2017

A maître B.

Quiconque veut prouver qu’il est le meilleur -fût-il pourvu de toutes les qualités- ne peut pas l’être précisément à cause de ce besoin.
On veut toujours être le meilleur pour quelqu’un d’humain qu’on croit au-dessus de soi, son père, sa mère, par exemple, et c’est cela l’erreur.
Tous les mieux supposent les moins bien.
Demain suppose hier.
Et c'est cela l'erreur.
(Il n'y a rien.)


Mardi 7 novembre 2017

Nous avons été là, parmi vous, dans les camions. Dans les remugles de laine, de viande, et dans le froid.
Secoué, transporté, sur des routes de fondrières géantes, dans des Indes, des Pakistans, des empires humains lointains et pervers.
Mercenaire, victime, épave et conquérant. Quêtant le futur, le futur toujours insaisissable.
Et Dieu sait comment, après ce qui semble des siècles d’égarements, de batailles perdues, de désillusions, d’échecs sur tous les plans,
nous sommes là victorieux, lumineux comme un enfant, nous avons survécu.


J’ai conquis le grand syncrétisme fou du « réel », je peux m’identifier avec chaque partie du Tout. Je ne suis pas séparé ! 


Si je regarde la Nature et si je l’aime, c’est parce que c’est moi.


Le monde animal n’est pas un répertoire organisé d’individus génériques similaires, machines cartésiennes sans âmes. Dans la sphère fantastique du vivant, chaque être est unique, unique et irremplaçable à l’instar de l’homme.


Vendredi 3 novembre 2017

Le monde est un endroit trivial où il se passe des choses pas très jolies (auxquelles on participe parfois de près ou de loin) qu’on se refuse à admettre. On cherche à l’embellir, on l’idéalise, on lui découvre des beautés qu’on veut privilégier, on s’aveugle tant bien que mal, mais avant de pouvoir regarder au-delà des apparences la vérité lumineuse qui seule compte, il faut l’accepter entièrement tel qu’il est.


Quiconque voit le Bonheur comme le meilleur avenir possible, ce qui est le cas, je crois, de tous les enfants (en particulier ceux qui ne savent pas quoi répondre lorsque les adultes leur demandent ce qu’ils veulent « être » plus tard¹), est déjà heureux, possède déjà sans le savoir -puisqu’il peut se Le représenter et L’aimer- le Bonheur.
Il ne lui reste plus qu’à L’atteindre vraiment, ou plus exactement sans doute à se laisser être atteint par Lui : « Werde der du bist ! »

¹ A juste titre, ne sont-ils pas déjà eux-mêmes ? John Lennon, à ce qu’on raconte, répondait précisément : « Heureux » !


Jeudi 2 novembre 2017

Ni crosse, ni mitre.


Un peintre doit nous convaincre que ce qu’il nous montre a une existence nécessaire.
Une sculpture doit avoir à l'évidence une âme, comme nous, parce que les formes physiques ne sont faites que pour cela.


Lundi 30 octobre 2017

La fraternité n’est pas une communauté de souffrances. La souffrance est ce qui nous divise.
La fraternité est plutôt une communauté d’idéal, que certains, aspirant à faire leur salut, conçoivent mieux que d’autres, contribuant ainsi davantage au salut de tous.


Lundi 23 octobre 2017

Depuis que je comprends que ce n’est pas une punition personnelle infligée pour mes erreurs et errements passés (et contre laquelle, d’ailleurs, en attendant d’en être certain, je n’ai jamais cessé de me rebeller de toutes les façons) je n’arrive pas à m’expliquer que les êtres humains mes semblables supportent les nuisances sonores que nous subissons en permanence ici, dans le centre ville de Saint-Denis, les travaux importants qui se renouvellent constamment depuis des années -pour mémoire : dalle de l’îlot 4, suppression des escaliers, sortie du parking Carrefour, sol de la place du Caquet côté sud, et, en cours, dalle de l’îlot 8- le tout au milieu des cris, hurlements et exactions quotidiens de l’étrange population disparate et sans règle, ainsi que des procédés intempestifs de voirie de Plaine Commune (rappelons-nous ces bruyants engins de nettoiement, les « Gloutons »), en dernier lieu l’usage de bennes à ordures d’une taille démesurée, mastodontes épouvantables qui font tout trembler sur leur passage, lequel est lent avec de longues haltes pendant lesquelles le séisme ne s’arrête pas, et journalier.
Il me semble que parmi tout ce que notre époque a inventé de stupide et de mortifère pour notre espèce, l’abandon d’un idéal de vie simple et cohérent à échelle humaine (production artisanale des biens et entretien régulier) est bien le pire.
La « prétention », ou pour être classique l’Orgueil, est notre péché le plus grave, comme les Grecs d’il y a 2500 ans le savaient déjà.
Cet orgueil ne se remarque même plus. Il est dans chacun de nos projets, du plus petit au plus grand, il est notre désir et notre volonté, notre esprit même. Son habileté consiste à se faire passer pour le rationnel et l’efficace. On le met en œuvre soi-disant par réalisme et économie, un comble ! La seule chose que nous n’essayons pas d’économiser est notre souffrance.
L’espoir de la Décroissance qui nous sauverait n’est que l’espoir du retour à la normale, mais j’ai bien peur qu'il ne se réalise jamais !


Jeudi 19 octobre 2017

J’exprime une idée, elle ne te plaît pas, tu me sautes à la figure comme un pou sur un chien ! Tu devrais, à mon sens, te contenter de me classer parmi les imbéciles, les idiots et les fous, comme tu le laisses percevoir, au lieu de vouloir me convertir à toutes forces à ton point de vue que je connais d’ailleurs très bien, dont j’ai mesuré avec précision les limites depuis longtemps, et qui ne m’intéresse en rien.
Voilà pourquoi je me suis emporté et t’ai crié que je ne voulais pas t’entendre. J’aurais dû simplement me taire et ne pas te répondre. »


Comme tout le monde j’ai été tenté de m’adonner à des pratiques dangereuses -comme de se frotter les aisselles de produits chimiques dans un but de « raffinement »- qui doivent tout à la publicité, c’est-à-dire à des intérêts vils, mais un bon sens involontaire et puissant qui tient à ma nature m’en a toujours préservé.
Je n’ai pas mangé de la plupart des saloperies qui font les délices de nos jeunes contemporains, et j’ai relativement tôt abandonné l’alcool et le tabac.
Donc pour le moment ça va, je ne souffre que des carences normales qui vont avec notre vie citadine, nos aliments pauvres en nutriments, et le désespoir constant que me procure le spectacle de la société.
J’ai du bonheur dans la fréquentation de mes chats mais pas de mes semblables.


Mardi 17 octobre 2017

Quels sont les problèmes capitaux ? Evidemment ceux dont personne ne parle jamais.
Ainsi, quelle relation doit s’établir entre l’homme et les animaux, entre les animaux et l’homme, par exemple entre un chat et l’homme, et surtout pourquoi; tenter d’y voir clair dans cet épais mystère qu’est l’existence et le monde dans lequel nous vivons.
Les chats ne se trompent pas, ils nous voient comme leurs parents supérieurs – oui, parents, et ils nous aiment.
A les observer, l’amour semble bien être la seule réalité.


L’action n’est pas le fin du fin, et même si tout le monde ne peut pas voir comme moi le fin du fin dans la contemplation, il me semble que le but étant avant tout de faire son salut, ou au moins de se contenter, la seule action légitime est celle qui procure la paix dans sa finalité et n’aspire pas à se reproduire indéfiniment.


Même si la mode n’est plus à la Vérité, celle-ci, heureusement, ne change pas. Il n’y en a qu’Une -il faut le répéter pour ceux qui veulent à leurs fins propres qu’il y en ait plusieurs.
Cette unicité dispense les artistes dignes de ce nom de courir après du vent et de souffrir inutilement.


Jeudi 12 octobre 2017

...un grand nombre d’années consistant en beaucoup d’actes dont je ne peux pas être fier, mais aucun, bien considéré, dont je doive avoir honte.
Aux premiers jours de la vie l’enfermement dans une logique désastreuse.


Mardi 10 octobre 2017

Mon erreur fondamentale, pas si grave que cela somme toute, a été de croire que si je récupérais mes facultés complètes, retrouvais un parfait équilibre, je trouverais le bonheur en ce monde tel qu’il est.
Balda avait su me rendre ma légitimité, mais, en même temps, me faire douter de la validité de la vision très pessimiste qui était la mienne. Ma mère, selon elle, n’était pas méchante. Elle avait raison quoique le résultat fût strictement le même.
Mais je me mis à reconstruire le rêve d’amour et d’harmonie que j’avais dû abandonner peu à peu durant mon enfance, travail qui a (aurait?) précipité ma rechute.
Quoi qu’il en soit mon pari forcé était que je ne mourrais pas avant de m’être raccroché aux branches. Je n’avais pas le choix: il fallait que je sache¹ pour comprendre et être bien, tout le reste était secondaire.
Cela m’a fait perdre Lionelle.
Effectivement Balda a su me fournir au dernier moment le viatique censé me ressusciter (La liberté ou la mort...).
Aujourd’hui, l’ayant utilisé comme je devais le faire (et appris d’autre part par l’une de mes sœurs ce dont l'intuition aveugle me hantait), je comprends que le paradis espéré ici-bas correspondant à celui que j’avais pu croire perdu dans mon enfance, n’existe pas.
Il n’y avait rien d’intéressant dans ce monde dès le début.

¹ Quoi ? Je l'ignorais. En fait, la dramatique vérité qu'avait toujours cachée ma mère.


Vendredi 6 octobre 2017

On peut faire tout ce qu’on veut, ne voulant que ce que l’on doit.


La petite fiérote me manque. Je voudrais le lui dire mais ce n’est guère possible, elle ne comprendrait sans doute pas.


Werde der du bist ! (Ainsi donc Dieu n'est pas mort.)


L’exercice absolu de la compassion implique la conscience de son invulnérabilité.


Figurez-vous -vous allez devoir faire un effort- qu’on peut être chrétien sans être passé par la case « église, culte, confession »... On peut être chrétien naturellement, comme, avec des aspirations innées, l’ajout inévitable d’une spiritualité recueillie et comprise individuellement.


Comment ai-je pu me sentir si seul et si perdu, j’existais à peine... A cette époque je prenais souvent le 95 qui me conduisait du côté du Louvre et je remontais ensuite l’avenue de l’Opéra, large et majestueuse, où je marchais comme dans un rêve avec la seule boussole de ma foi et de l’espérance.
Pourtant de quelles ineffables beautées je profitais sans m’en rendre compte ! Je l’aperçois aujourd’hui alors que les illusions ont disparues.


Les surdoués sont des gens qui ont gardé un petit peu de ce que les autres ont si prématurément et totalement perdu qu’il n’en reste aucune trace. Ma conviction est qu’ils étaient pareils.


Lundi 25 septembre 2017

Dieu sait pourquoi, vivre à Chaillot m’a toujours paru le nec plus ultra. Dans la partie qui s’élève à l’ouest, vers la rue Pétrarque par exemple. Est-ce toujours Chaillot d’ailleurs ? Peu importe. C’est l’endroit de Paris que je connais le moins.
Jadis on avait l’impression qu’il y avait par là de l’espace secret, de la solitude, une paix. Tout semblait moins concret, un peu délavé, un peu passé. Noble.
C’est là qu’on devait rencontrer les spécimens humains les meilleurs, les plus agréables à fréquenter. Là que se tenaient les plus fiers caractères, intransigeants sur la morale et la vertu bien comprises  : en un mot la résistance ! Quelle drôle d’idée. Pure imagination sans doute.
Cela me fait penser au contraire à la fausseté. Quels gens plus faux que les comédiens, les acteurs ? Cependant si inoffensifs, de si peu d’importance, fabricants besogneux de l’imitation, du faux-semblant, n’étant rien eux-mêmes. On les aime, quoique.

I'd love to turn you on


Dimanche 24 septembre 2017


Vous y dansiez petite fille
Y danserez-vous mère-grand
C’est la maclotte qui sautille
Toutes les cloches sonneront
Quand donc reviendrez-vous Marie

Les masques sont silencieux
Et la musique est si lointaine
Qu’elle semble venir des cieux
Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine
Et mon mal est délicieux

Les brebis s’en vont dans la neige
Flocons de laine et ceux d’argent
Des soldats passent et que n’ai-je
Un cœur à moi ce cœur changeant
Changeant et puis encor que sais-je

Sais-je où s’en iront tes cheveux
Crépus comme mer qui moutonne
Sais-je où s’en iront tes cheveux
Et tes mains feuilles de l’automne
Que jonchent aussi nos aveux

Je passais au bord de la Seine
Un livre ancien sous le bras
Le fleuve est pareil à ma peine
Il s’écoule et ne tarit pas
Quand donc finira la semaine

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913


Mercredi 20 septembre 2017

Il n’y a aujourd’hui personne, vraiment, à qui je puisse confier ce qui est vital, primordial, essentiel pour moi dans mon développement, comme, par exemple, le fait que le passé ne peut plus en aucun cas compter pour moi, avoir de l’importance, et au fond me retenir.
C’est étrange de se préparer à vivre quelque chose qui ne ressemble en rien à ce que l’on a connu jusque-là.
J’aimerais me retrouver quelque part où je n’entendrais plus aucun bruit humain, assez longtemps pour me laver les oreilles et l’esprit du vacarme furieux qui règne ici.
...
« C’est la souffrance qui m’a conduit ici, dit-il, et s’il faut blâmer quelqu’un ou quelque chose, c’est elle, pas moi, qui est coupable. Bien que je pense ne pas l’avoir été, on peut être méchant quand on souffre, malheureusement c’est humain ».


Lundi 18 septembre 2017

La vie matérielle, physique, est-elle, comme j’ai tendance à le penser et à me sentir obligé de le formuler depuis ce matin une disgrâce, mais négligeable, qu’on peut accepter, qui est sans gravité, il me semble que oui !


Lundi 11 septembre 2017

Il y a des choses qu’on peut dire et d’autres qu’on ne peut que taire; les choses qu’on peut dire sont celles qui ont une réalité objective bien qu’on ait été seul pour les vivre, les autres appartiennent à « l’homme intérieur », comme dit Jung, elles sécrètent une pudeur insurmontable.
Au nombre des premières il y a cet étrange événement -moi qui ne lis pratiquement plus- d’avoir ré-ouvert « Présent et Avenir », précisément de C.G. Jung, et de m’y être replongé avec naturel, comme animé par une évidence. (C’est un petit livre que j’ai dû lire dans les années 70...)
Ma compréhension aujourd’hui est bien meilleure puisque j’ai même eu l’impression au début que c’était un peu « bébête » (bah oui, j’ai avancé), et puis, étonné, j’ai retrouvé les idées qu’on tendrait à qualifier de nos jours de « mystiques », qui me confirment, en quelque sorte de manière scientifique s’agissant de Jung, que mes préoccupations actuelles sont non seulement fondées mais mieux encore souhaitables, cohérentes, absolument légitimes !
Sa reconnaissance de la psyché et de la conscience le conduit à agréer l’évolution vitale personnelle dont je ne peux pratiquement parler à personne, sauf à décider de déclencher avec mon interlocuteur·trice une dispute désagréable et éventuellement une rupture, ce dont j'ai déjà fait l’expérience.
Il y a en particulier, dans ce livre, une phrase que j’ai envie de citer, car elle exprime une vérité que j’avais du mal à reconnaître, et qui, sous la plume de Jung se révèle lumineusement:
« Il (l’individu) est la réalité fondamentale de la vie, et le rôle des Eglises devrait être de le rendre conscient que le salut du monde dépend du salut de son âme propre. »
Ce qui signifie que ce n’est pas une démarche collective qui peut sauver le monde mais bien un acte individuel !
Il me reste deux chapitres à lire, le VI : « La connaissance de soi », et le VII : « La connaissance de soi, axe de l’avenir ».
A ce stade déjà, ce que je pourrais fournir de personnel pour étayer les propos de Jung appartient à la deuxième catégorie évoquée au début.


Vendredi 8 septembre 2017
(Ancien)

L’art veut être évasion dans un monde qui n’est qu’un champ de ruines
Mais pour aller où ?
Tu sculptes cette pierre noircie par l’incendie
Tu prends de la boue pour faire de l’or
Mais pour payer quoi ?
Vivre de cette façon est impossible, de celle-là comme des autres

Il suffit de regarder la société un instant pour se rendre compte que tout est usurpé, volé par les plus retors, et qu’il n’y a de vrai mérite, de vraie gloire pour un artiste que passée la mort, et encore.
Tout est illusion pour celui qui voudrait « avoir », qui cherche à se consoler, et les « maîtres » en chair et en os ne sont au fond que des escrocs.


Jeudi 31 août 2017

Accepter les idées «naturelles», c’est-à-dire celles qui ne peuvent pas être autres, qui se forment seules et s’entendent d’elles-mêmes -à condition que nous sachions écouter- issues, on le devine, d’un tout cohérent qui doit correspondre -on l’espère- à ce que nous sommes sans encore le savoir clairement, aussi inattendues, étranges, dévastatrices, et comme inacceptables qu’elles semblent à première vue, mais à la fin sereines et justes...
Penser ce que l'on doit.


Dimanche 20 août 2017

Ecrit dans les années 80 (je fais le ménage...)

Il y a des lieux qui semblent situés aux confins du monde, comme Argos, dans le Péloponnèse -ultimes bastions de l’humanité- au-delà desquels plus rien ne paraît devoir exister que l’espace inexploré où vivent les monstres fabuleux des anciennes cartes, et d’autres qui sont des nombrils du monde, rassurants, verdoyants, où foisonne la culture, comme la Toscane.
Ceux qui peuplent les premiers -coins enfoncés dans l’Inconnu-, sont des sentinelles aux nerfs à vif, sursautant au moindre bruit et hantés de dangers imaginaires; quant aux autres, paisibles, industrieux, ils inventent des musiques et des chants d’amour.


Samedi 19 août 2017

J’avance par bonds, comme un crapaud, c’est-à-dire par crises, ce qui est assez souvent pénible, mais j’avance.
Arrogant intellectuellement, ce qui peut donner l’impression, aux autres comme à moi-même, que tout va bien, et même trop bien, mais avec un cœur qui saigne à gros bouillons, tout le temps. Tout le temps c’est un peu comme jamais, on s’y habitue, on ne le voit plus.
Il y a tant de gens comme moi -pour le cœur- que l’on n’y fait pas attention : ils sont « normaux ».
Nous consacrons toute notre intelligence, et nos forces, à créer un peu, et à réformer des choses qui ne ne nous apparaissent qu’à travers nos perceptions déformantes.
Ma bibliothèque est pleine de ces dénonciations de maux qui proviennent d’un mal plus grand lequel reste invisible. Nous révérons les auteurs qui ont ainsi perdu leur vie.
...
Je m’aperçois que la vie ne s’est pas arrêtée au début des années 80 ni n’a attendu pour repartir que j’aie fini de régler les nouveaux problèmes qui étaient apparus à la fin de ma psychothérapie, comme je l’ai imaginé durant ces presque quarante ans !
Or, constatant tous les jours que je me trouvais à la fois dans un lieu et dans une situation inadéquats, inadaptés à l’image que j’ai de moi-même, je pensais devoir continuer à « guérir » -c-à-d à être malade- et je souffrais de n’y pas parvenir.
Toute la problématique était à peu près fausse à l’exception des souvenirs refoulés qu’il fallait retrouver; mais mes « fautes » n’avaient aucune gravité métaphysique : ce n’étaient pas des péchés !
Bon, ça c’est fait.


Vendredi 11 août 2017

Si tout le monde est comme moi, alors, quand il est malade, il prend son so-called, soi-disant « médicament », comme on fait amende honorable, comme on accepte une punition.
J’ai parfois une oppression, de la difficulté à respirer, ce qui est considéré comme « de l’asthme », un état qui semble bien correspondre à un sentiment impromptu (quoique familier et hermétique) de faute, déclenché tout-à-coup par un événement, une situation particuliers. Je réagis alors en attrapant ma détestée Ventoline et je tire une bouffée qui n’est rien d’autre qu’une manière symbolique d’expier.
Et c’est comme ça, ayant obscurément fait ma coulpe, que je reviens à la normale, que je retrouve mon souffle.


Vendredi 21 juillet 2017
Finding Beauty Craig Armstrong


Mercredi 19 juillet 2017

Je pense aujourd’hui que l’on peut dire avec exactitude que je suis né « un contemplatif ».
Je n’ai jamais voulu exercer aucun pouvoir à l’égard de qui que ce soit, homme ou animal, intervenir d’une quelconque manière, faire pression, j’étais beaucoup trop intelligent. Malheureusement, ni dans la société (ne sommes-nous pas des « modernes »...), ni dans ma famille, je n’avais la moindre chance d’être reconnu comme tel. Si cela avait été le cas, j’aurais probablement mieux « réussi », et je n’aurais pas connu tous les errements lamentables qui ont constitué jusque-là mon existence.
Je me souviens que mon père me répétait souvent que je n’avais « aucune volonté ». D’accord, il était méchant, mais je réalise à présent qu’il voulait surtout exprimer par là que j’étais beaucoup trop conciliant, d’une bonté ostensible, et dépourvu de l’agressivité ordinaire avec laquelle beaucoup de gens s’imaginent démontrer qu’ils existent.
A l’école primaire on diagnostiqua que j’étais « un génie ». Mes parents furent convoqués pour en être avertis, évidemment en pure perte. Après les avoir informés qu’il existait l’Ecole Normale Supérieure où je serais à coup sûr accueilli en tant que boursier, l’instituteur, espérant frapper leur imagination, déclara que je pouvais même devenir « président de la République » ! Grandiose.
J’aimais tout, les êtres et les choses, les éléments, l’impalpable, l’invisible, le chant des étoiles.
Il ne pouvait y avoir de mort, et la méchanceté, la malveillance -le Mal incarné dans l'homme- était incompréhensible.
Il l'est toujours.


La psychologie est un fil d’Ariane qui, en « pistant » la recherche intellectuelle, spirituelle, permet de s’y retrouver dans le labyrinthe des valeurs et de la légitimation ou pas des résultats qu’on obtient.


Je me considère avant tout comme un enfant de Dieu, ensuite seulement comme un membre de la communauté humaine (en déplorant que celle-ci soit constituée pour l’essentiel de gens qui n’imaginent rien d’autre qu’elle).
J’ai donc à ma disposition un no man’s land sauvage, pacifique et beau.


Les hommes suivent leurs passions, parfois bonnes, parfois mauvaises, jamais leur intelligence.
L’intelligence nous dit de suivre Dieu.


Mardi 18 juillet 2017

Je pense que l’humanité est devenue suicidaire d’une façon déclarée. Elle l’a toujours été, sinon nous n’en serions pas où nous en sommes, mais c’était dissimulé, travesti pour ne pas faire peur aux enfants et à soi-même. On affichait une espèce de bonhomie, de fausse joie de vivre, on souriait, on chantait des chansons dégoulinantes de bons sentiments.
Tandis qu’aujourd’hui, on se sait plus ou moins condamné en ignorant seulement à quoi : cancer programmé, sida fortuit, irrévocable maladie d’Alzheimer, sans compter le chômage garanti; la tragédie nous pend au nez. Pourquoi ferait-on semblant de rien ? On s’assoit devant sa télé et l’on regarde une série passionnante décrivant la vie d’un couple de serial killers. Comme le fiston est parti la semaine dernière faire le djihad en Syrie, on peut déboutonner sa ceinture et se laisser aller, c’est cool.


Lili, ses beaux yeux calmes où s'offre l’éternité...


Lorsque vous proposez une théorie philosophique accessible aux sots et suffisamment simple pour ne pas risquer d’être démentie par les faits s’y rapportant, vous avez plus de chance de passer pour un génie que si vous cherchez à atteindre une vérité ténue et périlleuse qui sera constamment combattue par tous ceux qui ne parviendront ni à la comprendre ni à la vérifier et dont les défenseurs maladroits ne feront qu’aggraver la réputation négative ».
N’est-ce pas ce que s’est dit René Descartes pour rompre avec la pensée mystique du Moyen-Age et trouver un système un peu plus « payant » ?


Mercredi 12 juillet 2017

Je l’ai fait exprès sans le vouloir.


J’ai parfois l’impression que ça allait mieux quand j’étais défaillant.


Cela n’aurait aucune signification que nous ne soyons pas un seul et même Esprit.


Je survis pour le moment avec mes quatre chats, petit, dans une anfractuosité du récif corallien, madrépore, polypier, qu’est le milieu urbain dans sa plus affreuse déclinaison de banlieue, dans le pays qui a nom France, loin, très loin, de mes chères îles grecques, du bleu de la mer et du ciel, des oliviers ombreux et des murs blancs.


Chaque fois que je faisais un peu confiance à quelqu’un et que je me laissais aller, je me heurtais à une incompréhension que j’attribuais toujours à la mauvaise volonté, à un refus de mon interlocuteur de m’écouter et de m’entendre, au lieu de réaliser (comme je viens enfin heureusement de le faire) qu’il pouvait s’agir d’une incapacité véritable.


Ce qu’un animal comme le chat nous offre d’infiniment précieux, c’est, à son contact, de reprendre pied dans la réalité, quand on a perdu celle-ci à cause de la folie des hommes.


Cher Jean,

Tu souffres énormément, parce que tu te trouves à un endroit et à un moment où l’observation du monde contemporain dans toute la variété et l’immensité de sa laideur est pour toi extrêmement aisée. Tu voudrais le réparer.
Il n’y a pas à le réparer, car c’est dans sa nature d’être déglingué. Le monde, au sens religieux où on l’entendait jadis, et il n’y en a pas d’autre, n’est qu’un amas d’illusions toutes plus absurdes et répugnantes les unes que les autres, auxquelles il faut renoncer.


Vendredi 30 juin 2017

Tandis que la dévote tirait le diable par la queue
Et que le fossoyeur se retournait dans sa tombe
Le cul-de-jatte rêvait d’une partie de jambes en l’air
Mais avec ses fers à repasser il pouvait repasser
La vie du cheminot suivait son train-train
Et le poète comme il se doit dépassait les bornes.


Lundi 26 juin 2017

Chaque vie est une fable dans la Fable commune (?).


En y réfléchissant bien et aussi incroyable que cela puisse paraître, aussi extraordinaire, fou, absolument idiot, je crois bien que j’espérais, au terme du travail accompli sur moi-même, inverser le cours du temps et ressusciter les morts. Tout au moins L.
Comme un combattant qui avance farouchement au coeur de la bataille, tandis que les explosions se succèdent, que la fumée s’épaissit, que les cadavres autour de lui s’amoncellent, je ne pensais qu’à atteindre mon but comme si cet exploit effacerait alors tous les dégâts.
Je ne suis qu’à une faible distance et rien ne paraît présager que j’aie raison...quoiqu'autrement.


Dimanche 25 juin 2017

Pour moi les « cons » (je réponds là, avec beaucoup de retard, à une question de l’une de mes sœurs qui n’en saura probablement rien, et ce mot n’a jamais exprimé pour moi le dédain, le mépris, mais toujours la colère), sont ceux dont les idées métaphysiques, implicites le plus souvent, et parfois déclarées (quand on a de la chance), sont à l’évidence boiteuses, ou, ce qui est plus fréquent, tellement stupides qu’on pourrait convenir tout aussi bien qu’ils n’en ont pas du tout. D’ailleurs, beaucoup, à cet égard, peuvent être considérés comme morts.
En tout un grand nombre de gens.
Vous allez me dire, spontanément : « Mais qu’est-ce qu’on en a à f… ! Ces idées-là ne servent à rien, et rien n’est sûr dans ce domaine ! Est-ce que cela empêche de lire, d’écrire, de compter, de réussir sa vie professionnelle, sentimentale ? »
Et je vous répondrai : « C’est fondamental ! Tout ce que vous faites, la manière même dont vous respirez en dépend ! La manière dont vous marchez, dont vous vous vous habillez, dont vous parlez, dépend de vos idées métaphysiques, que vous les connaissiez ou pas, que vous y ayez réfléchi ou décidé de vous asseoir dessus ! La première intelligence consiste à se rendre compte de leur importance. »
Et, pour être complet sur le sujet, j’ajoute que le contraire de la connerie consistant à exister avec une métaphysique défectueuse est « le calage ».
Il ne s’agit pas de l’intelligence « intellectuelle ». Quelqu’un de « simple » peut très bien posséder cette cale.
(Nous ne nous soucions pas de prouesses intellectuelles, ni de jeux de logique. Nous nous occupons seulement de ce qui est l’évidence même.)¹
On n’est pas vacillant, on tient debout, on est « calé ». Cela n’épargne aucun tourment, et même souvent les multiplie et les aggrave, car, d’une part il faut faire avec les cons -le monde entier ou presque à des degrés divers, selon mon expérience-, et d’autre part la croissance spirituelle à laquelle il est impossible d’échapper avec ce point de départ n’est pas une aventure de tout repos.

¹ A Course in Miracles


Mardi 20 juin 2017

On ne peut pas être intelligent si l’on se soucie de l’être ou d’avoir l’air de l’être.
C’est une des choses fondamentales qui distinguent le surdoué des normo pensants. C’est aussi ce qui explique sa tendance à prononcer des jugements abrupts et choquants pour la majorité des gens, sans même s’en rendre compte. « Tu te trompes », « tu as tort », « c’est con », etc., lui paraissent des formules normales. Il n’existe pas d’amour-propre intellectuel à ses yeux, ce serait contre-productif. Les idées appartiennent à tout le monde, ou à personne ; on les reçoit le plus souvent sans effort, et les raisonnements ne sont qu’une simple gymnastique, au total rien dont on puisse s’enorgueillir. Tout au plus s’il s’agit d’une nouveauté qui paraît utile, on est content, voire très content au maximum.
Les compliments que l’on reçoit, évidemment, n’ont aucune valeur. En faire soi-même en croyant dispenser quelque chose est aussi une vanité.
Tout cela complique singulièrement les relations avec la plupart de ceux qui voient les choses de manière différente.


Lundi 19 juin 2017

Avec l’idée que le « contrat » entre Balda et moi impliquait que je devienne le mec le plus éminent de la planète, vous imaginez ici, à Saint-Denis, ma résidence actuelle, le sentiment d’échec !
Est-il possible qu’un contraire si total n’ait pas de sens ? 
Je me serais trompé, d’accord, mais elle aussi ? Et en inversant tout ?
Il n’y a que deux solutions : 1/ la concrétisation se met en place progressivement : déménagement, prospérité relative. Même si le but pressenti n’est pas atteint, un lot de consolation est offert.
2/ la réussite a bien lieu mais hors de ce monde, et la nullité apparente est la forme extérieure de l’absolu atteint.


Les sirènes, filles à la peau verte …


Que mon avenir soit exactement celui que Dieu veut pour moi.


L’éternité est de mon côté.


Lundi 5 juin 2017

Comprendre, comprendre, voilà mon aspiration
Non pas savoir mais comprendre
De toutes mes forces
En attendant de connaître.


Vendredi 2 juin 2017

Finalement ce n’est pas si difficile à comprendre. Moi qui étais si à l’aise dans la gabegie générale, qui avais très bien compris comment fonctionnaient mes semblables et qui n’attendais rien, ni d’eux, ni de moi-même, je finis par imaginer à cause des observations réitérés et tellement nombreuses que Balda m’adressa pendant plusieurs années au sujet de L. afin de la défendre contre mes attaques, que la «perfection » de cette dernière était la qualité de tous ceux qui, comme elle, avait un travail, un salaire régulier, une vie réglée, bref les gens normaux, pas les artistes, et encore moins les zèbres en stratégie de fuite comme moi, ce dont j'étais très loin d'être conscient, qui picolais, se droguais occasionnellement, se révoltais sans espoir ni succès contre la société. Et, culpabilisant -ce que je savais faire le mieux- je me mis à vouloir m’amender et ressembler à ces « parfaits » qui n’existaient pas.
Pendant trente ans j’ai recherché la perfection dont je croyais les autres détenteurs, acteurs et chantres, en me demandant pourquoi cela ne me rapportait qu’incompréhension, mépris parfois, et même une sorte de haine à l’occasion.
Pour tenter d’y pallier, alors qu’officiellement je n’étais qu’un quelconque ouvrier, je faisais état de mon niveau d’études et étalais mes connaissances, ce qui ne faisait évidemment qu’aggraver mon cas.
J’ai bien souffert, encore qu’avec une ingénuité et une bonne foi en forme de bouclier.
Un vrai con¹.
Grâce à Dieu, depuis peu j’ai rechaussé mes bottes de sept lieues, dont je n’attends pas qu’elles me conduisent dans un endroit plus extraordinaire que celui que j’avais perdu en les abandonnant. Peut-être est-il trop tard et je ne suis plus tellement sûr qu’il faille compter sur leur magie. Mais elles sont moi-même, et me dispensent de chercher le bonheur où il n’est pas.

1 Sympa quand même, je trouve.


Mercredi 31 mai 2017

Percevoir la toute-puissance de la nature à des fins d’équilibre personnel, de sagesse et de paix, est ce qui nous manque en Europe où le décor urbain a pratiquement remplacé le cadre naturel.
Quelqu’un, comme moi, qui vient de passer des années en ville ne peut même pas profiter d’une promenade dans un parc. Les immeubles l’entourent et l’on a l’impression que sous la terre et les arbres il y a un socle épais de macadam. Il ne peut s’agir que d’une illusion.
Toute la France, du moins au commencement d’un séjour à la campagne, a cet aspect artificiel d’un arrangement humain. Il faut du temps, s’enfoncer dans la réalité des détails, pour retrouver un peu le sentiment d’un ordre véritable, irréductible, qui nous définit. Pas grand-chose de sauvage, sauf dans les lieux reculés, difficiles à exploiter, n’a été préservé. Si l’on s’y rend on le sait, on s’y rend comme à une exception; à cause de cette idée il faut aussi un certain temps pour retrouver là le sentiment précieux du normal et de l’altérité conjoints.
Je pense que nous sommes des imbéciles de nous détacher de la nature, même si c’est une sorte de vocation de notre espèce. Nous devrions garder un rapport filial avec elle, la respecter, l’aimer, au moins pour ce qu’elle peut nous apprendre sur nous-même, sur notre vérité et nos perversités, comme un nécessaire miroir.
En outre -mais est-ce le principal pour une humanité coupable et suicidaire?- notre survie en dépend. Notre démarche « civilisatrice » aboutit actuellement à la destruction de la biodiversité : 421 millions d’oiseaux en moins en Europe en 30 ans, les abeilles et beaucoup d’autres insectes qui disparaissent, le jour « zéro poisson » dans les océans et mers du globe programmé pour 2048 !


Dimanche 28 mai 2017

J’ai toujours considéré que l’harmonie des êtres humains entre eux était le préalable, ce qui, en tant que THQI, ne pouvait être que constamment démenti par l’expérience.
Comme, par ailleurs, depuis la prime enfance, j’avais accepté ma culpabilité foncière, c’est à elle que j’imputais les problèmes que je rencontrais, multipliant ainsi l’erreur initiale.
Il est très difficile, voire impossible, de comprendre qu’on est radicalement différent sur le plan intellectuel.
« Nous ne soucions pas de prouesses intellectuelles ni de jeux de logique. Nous nous occupons seulement de ce qui est l’évidence même » était (et est toujours) mon motto, sauf que ce qui était évident pour moi ne l’était pour personne.


Son erreur principale dans la vie, avait toujours été de croire qu’elle était le plus méritante, et dût obtenir ainsi la gratitude et l’amour des autres, en se sacrifiant.


Samedi 27 mai 2017

Dans mon cas (…), il faut se débarrasser du besoin d’être « normal » !


Jeudi 4 mai 2017

L’humanité actuelle est dans l’ivresse de puissance provoquée par les découvertes de la Physique qui ont donné naissance à la civilisation industrielle, et elle se figure que cet état est normal.
Cette ivresse conduit le monde vers la catastrophe.
En réalité l’âme humaine est humble et respectueuse, circonspecte, attentive, tendre, musicale, et ses fulgurances naturelles, qui ne prétendent jamais s’incarner, nous rendent plus légers et non plus lourds, au contraire des ivrognes dont le rêve uniquement a de la grandeur, et dont la démarche, les gestes sont grotesques.
Or, c’est exactement ce qui nous arrive. Nous nous croyons capables de tout, comme des dieux. Nous ne pouvons plus rien concevoir à l'échelle humaine. Nous avons pris l'habitude de la démesure (tiens, oui, l'hybris grecque), tandis que nous nous pissons et chions dessus comme aucune bête ne le fait jamais.


Mardi 2 mai 2017

Les grands écrivains et les poètes croient que le langage doit pouvoir exprimer l’indicible, tout comme la peinture, pour les grands peintres, montrer l’invisible, et ainsi de suite, sculpteurs l'impalpable, musiciens l'inaudible, etc., l’art pour traverser l'illusion que nous appelons à tort la « réalité » -ce mur épais- et tenter de rejoindre Dieu !
L’art est une prière.


Jeudi 27 avril 2017

Moi : -« Je suis le Gobileur. On me demande de te demander si ça va. »

A. Rimbaud : -« Le Gobileur, tu es le seul qui me comprenait. »

Cette réponse devrait me rendre un peu de la considération qui me manque cruellement depuis pas mal de temps.
Quelqu’un qui m’avait connu a eu cette idée pour me rendre service. D’après lui, dorénavant, il y a bon espoir.


Il est bien difficile de faire comprendre sa pensée à quelqu’un qui déjà ne connaît ni ne comprend aucun des éléments dont elle est constituée.


Lundi 17 avril 2017

J’essaie seulement, par mon humour irrespectueux et parfois un peu déplacé, de sortir les gens du mode « pilotage automatique » dans lequel ils se complaisent la plupart du temps. Si mes saillies les agacent, qu’ils sachent que leur inertie conformiste m’irrite également pas mal.
La société me fait peur, mais pas les individus séparément : je les aime trop !

Le sd, le zèbre


L’anarchisme chrétien, déjà parce que le reste est inacceptable, parce qu'il n'y a rien d'autre…


Mercredi 12 avril 2017

J’avais trouvé à exprimer un certain ressentiment « avec esprit » sous la forme suivante : « Je veux bien être modeste, mais pas méconnu ! »
Puis, songeant à immortaliser ce subtil aphorisme en l’écrivant, je me dis qu’inconnu, à la rigueur, était sans conséquence. Et compris finalement que mon sort habituel, dont je voulais me plaindre, n’en valait pas non plus la peine.


Je préfère être un illuminé qu’un éteint.


Lundi 3 avril 2017

Dans ce monde de folie protéiforme, le « normal » est une aventure et un émerveillement.


Il m’est arrivé quelque chose ce matin qui, il y a quelques siècles, aurait probablement conduit les témoins, s’il y en avait eu, à faire venir en urgence l’exorciseur. C’est la deuxième fois en quelques mois.
Je suis assailli de douleurs qui me paraissent correspondre à un problème gastrique, un problème d’air coincé dans la tuyauterie comme des contrariétés peuvent le provoquer, mais qui atteint là un paroxysme jamais connu auparavant. Pendant plus d’une heure, si je ne me roule pas par terre en hurlant et en bavant, c’est tout comme. Je me retrouve à quatre pattes, essayant de résister ou de me détendre, ce qui, évidemment, est contradictoire et ne peut aboutir, et cette épreuve se double d’une souffrance morale avec surchauffe intellectuelle, questions et doutes imprécis, mais, toute idée étant coupable je ne peux pas réfléchir, pardons et excuses sans objet, etc., prouvant, si besoin était, que c’est au minimum psychosomatique, sinon psychologique tout court.
La première fois le soulagement était venu avec un rot caverneux et prolongé qui m’avait convaincu que c’était uniquement physique, le désordre mental n’étant qu’un supplément opportuniste.
Mais aujourd’hui pas de rot. Uniquement la découverte tout-à-coup d’un pouvoir perdu, celui d’avoir un haut-le-coeur, une nausée, et de faire une tentative de vomissement.
Et je me suis souvenu d’un épisode de mon enfance au cours duquel une envie de vomir irrépressible (et justifiée, dans des circonstances que je ne vous raconterai pas) m’avait paru une faiblesse à corriger, conviction si puissante que je réussis en grandissant à la concrétiser. Je devins pratiquement incapable de ce réflexe pourtant parfois salutaire.
Il s'est rétabli aujourd’hui à la vue des quelques crachats de salive bien inoffensifs que j’avais déversés dans une cuvette quand j’étais à quatre pattes dans la salle de bain -ah bah oui, je bavais !- et tout est revenu rapidement à la normale.
Finalement, je me suis endormi avec un chat ou deux sur le canapé jusqu’à midi et demi, avec un grand bonheur.


Le travail de ma psy avec moi a été tellement important, s'agissant, pour me sauver, de refaire pratiquement toute mon éducation, que j’ai fini par croire que l’enjeu en était le Salut lui-même et qu’elle m’accompagnerait ainsi, même disparue physiquement, jusqu’au bout. Et avec l’habitude, tout ce qui n’avait pas été marqué par elle était suspect et je tendais à m’en détourner. Comme si elle m’avait ouvert une voie, la sienne, dont elle connaissait toutes les étapes et la destination finale.
Mais non.
Et ce qui reste à parcourir, malgré l’équilibre presque parfait que je croyais avoir atteint, est tellement étrange et imprévu, bizarre, héroïque, fou, inimaginable, que je ne sais si je dois m’en réjouir ou le déplorer, invoquer la passion ou la raison, abandonner toute volonté ou le contraire, bouger ou ne plus faire un geste.
Il n’y a rien pour m’aider dans la nomenclature, plus de guide répertorié, de savoir approuvé. Et je suis seul.
Et en même temps, venu du Ciel, j’ai un livre, un livre de philosophie « mystique » qui répond à toutes les questions que je me suis posé durant toute ma vie (et cela c'est déjà beaucoup quand on a gardé comme moi sa curiosité d'enfant), avec non seulement des définitions, des explications, mais des conseils, des leçons, et, à condition de ne pas rester sourd, toute la compagnie nécessaire !


Mardi 28 mars 2017

Or donc, des gens commenceraient par croire en Dieu de la manière la plus puérile qui soit, débile même, un Dieu secourable à leur dimension, censé les assister dans leurs recherches de bénéfices, de profits, de satisfactions élémentaires, et qui guérirait les maladies, les bobos, sur demande.
Souvent, dans l’élaboration de ce concept, l’aide de professionnels en soutanes, en robes, en boubous, en slips, et même parfois tous nus, toujours coiffés d’étranges couvre-chefs pour établir leur majesté, peints, tatoués, troués, scarifiés, circoncis, et bardés d’amulettes diverses, avec l’approbation laudative de la société, relayée souvent par la famille, n’est pas fortuite, malheureusement.
Puis, ayant compris enfin que « Dieu Il n’existe pas », se sentiraient enfin adultes, libérés, en un mot (ou deux) : athées !
(Moi, c’est café !)
Que c’est bon ensuite, pour pallier à la solitude qui n'a pas manqué de survenir, de se reconnaître adorateurs du même non-culte, frères ou sœurs en mécréance, non-croyants.
(Non-croyant, cela ne sonne-t-il pas un peu absurde, si on oublie le sens relatif d’ « ennemi de telle ou telle église » ?)
Je me souviens d’une amie « progressiste », prête littéralement à m’embrasser en lisant une déclaration de foi un trop ambiguë que j’avais écrite, puis réalisant avec déception sa méprise.
Car je n’ai jamais pu imaginer qu’un Dieu à ma dissemblance, et j’ai attendu seul le coeur battant toute ma vie en révérant Son Absolu de comprendre ce que signifie d’avoir été créé à Son image !


Lundi 27 mars 2017

Je n’ai rien, je ne suis rien. Je ne vois pas ce qui pourrait m’arriver de pire. Ou de mieux !
J’assiste depuis mon enfance, je peux dire depuis toujours, à la connerie humaine. Je l’ai observée sous toutes ses formes. Je me suis raconté quantités d’histoires pour me leurrer, pour ne pas la voir, mais c’est d’elle qu’il s’agit, toujours.
Les hommes passent leur temps à lutter contre la paix, elle leur fait peur. La paix, le silence. Ils redoutent ce qui ne pourrait manquer d’arriver si ces conditions étaient réunies , la venue de Dieu !
En quoi le Tout peut-il être redoutable ? Nous en faisons forcément partie, il ne peut pas nous détruire. A moins que nous nous considérions comme distincts de Lui, ce qui est bien la connerie ultime. Pas même un problème de morale, tout simplement de la bêtise.
Alléluia !
Je ne fais rien d’autre, là, que de lâcher du lest.
Dans le concert des voix discordantes...


Vendredi 24 mars 2017

(Avoir une « idée » de quelqu’un -et c’est ce que tout le monde fait avec ses « connaissances »- revient à s’imaginer qu’on le possède.)
« Mais excusez-moi, Madame, Monsieur, je ne suis pas votre prisonnier ! »


Nous imaginons à tort la mort grande, forte, hautaine, à la ressemblance de la peur qu’elle nous inspire, tandis qu’elle est petite, usée, humble, épuisée par les efforts incessants que nous lui demandons pour servir tous nos desseins secrets, notre constant désir de punition et de sacrifice.
Elle ne demanderait qu’à nous oublier, selon toute vraisemblance, si nous la laissions un peu tranquille.
On croit que la rencontre avec elle sera quelque chose de prodigieux qui affectera le monde, mais non... même pas l’impact en automne d’une feuille fanée détachée d’un arbre et qui se pose sans le moindre bruit sur le sol tranquille de la forêt. Un véritable non-événement.
Et c’est bien ainsi.


Jeudi 23 mars 2017

La société du spectacle n’abolit pas la réalité « en vrai ». Elle l’abolit pour l’esprit superficiel, certes pour une grande partie de nous-mêmes ; elle abolit de fait la partie de nous-mêmes qui correspond à ces apparences de réalité trompeuses dans lesquelles elle œuvre. Il ne reste donc plus qu’à nous occuper de l’irréductible, autrement plus important, qui la récuse totalement : l’esprit profond, la vertu !


Mercredi 22 mars 2017

Les normo pensants sont des surdoués qui ont quitté la barque natale, et c’est peine perdue que de vouloir les aider à y retourner. C'est ce qu'ils aiment le moins qu'on fasse pour eux. La grâce de Dieu seule peut le leur permettre.


Samedi 18 mars 2017

Le cartésianisme c’est la primauté donnée à l’intellect au détriment, au préjudice, du moi, qui pourtant le contient.
La primauté de l’intellect c’est le renforcement de l’ego.
Prendre c’est voler. (Donner c’est recevoir).
Nous vivons à une époque de voleurs.


Mercredi 22 février 2017

Je suis un coeur dévasté
une âme no man’s land
le « qui suis-je ? » de tout un chacun allé jusqu’au bout du non-moi parental pour trouver sa non-réponse
J’ai frappé à toutes les portes sans exception
J’ai essayé tous les habits dont aucun ne me va
Je n’ai pas avancé d’un pouce (mais personne ne le peut) en n’ayant jamais cessé de marcher
Je peux rire et pleurer en même temps
Je me mords la queue comme le serpent Ouroboros
Je suis et je ne suis pas je vis et je suis mort
Je suis exactement au moment où tout a commencé jadis
J’ai vérifié le temps et je sais qu’il n’existe pas
J’ai cru à l’existence de ma mère en tant qu’esprit nourricier
Pour elle ainsi qu’à mon père qu’elle était en écho j’ai mouru
Pour lui déclarer mon amour.


Mercredi 15 février 2017

Un peu de pittoresque.

Il n’est malheureusement pas impossible que ma seule ambition ici-bas n’ait été, pour complaire à ma mère, que de me retrouver, surtout à l’âge canonique que j’ai aujourd’hui, dans un appartement clair et spacieux savamment décoré (sans avoir oublié de tenir compte de sa position géographique), abritant des œuvres d’art coûteuses (d’amis, de préférence, et peut-être de moi-même), ambition que je n’ai évidemment pas su mener à bien, et ce n’est pas faute, trop tardivement sans doute, d’avoir essayé espéré !
Tout à fait un rêve de fille de mineur.
Il aurait réclamé un héritage ou un don, un ou des événements miraculeux, à défaut des multiples turpitudes étrangères à ma nature que ce genre de résultat nécessite couramment.


Mardi 14 février 2017

J’ai croisé récemment une dame, « artiste » de son état, qui s’imagine avoir compris l’essence de la poésie parce qu’elle a simplement pris le parti de confondre celle-ci avec le pittoresque.
Ne sachant pas à qui elle avait affaire, elle a eu l’audace de vouloir me rallier à son point de vue !
J’entends protester ici, car, sur le moment, éberlué, je n’ai pas su quoi lui répondre, mais je signale toutefois que le pittoresque ne me paraît pas dénué d’intérêt. Il m’arrive de m’en servir comme d’une respiration dans ce que j’écris, en allant le puiser particulièrement dans une source aussi banale que lui : l’humain !


Dimanche 12 février 2017

Nous jouons tous une partie où l’enjeu, que l’on soit gagnant ou perdant, qu’on le comprenne ou pas -mais tous le comprennent, d’une façon ou d’une autre, et certains même l’approuvent qui ne sont pourtant pas des assassins déclarés- est la mort.
Il faut donc sortir de la partie !
Plutôt que de conclure aussi logiquement, tous les hommes d'aujourd’hui, comme ceux des siècles passés, ici et ailleurs, s’appliquent à jouer de la façon qui leur paraît la plus intéressante, et qui consiste toujours à tuer son semblable, consciemment ou pas, sous une forme évidente ou discrète, justifiée ou pas en apparence.
Je te tue. Je te poignarde ou je t’étrangle. Je te brûle ou je t’empoisonne. Je te coupe en petits morceaux ou je t’écrase. Je te torture savamment ou je te laisse mourir de faim.
C’est le jeu de l’ego. « Je, je, je », qui ne peut exister que « contre l’autre ».
Une occupation exclusive, qui nous paraît conforme à l’ordre universel, et qui semble encore plus nécessaire lorsqu’il s’agit d’un quidam qui ne veut pas participer au Grand Massacre Réciproque, qui refuse cette forme perverse de ce que certains osent appeler parfois la fraternité (Tous Ensemble Dans La Gadoue !).
Un traître à l’espèce humaine, qui mérite d’autant plus la mort...
Cependant c’est lui/Lui qui a raison : la seule félicité est au Ciel, il n’y a de fraternité qu’en Jésus Christ.
Voilà ce que j’aurai dû me dire quand j’avais cinq ans -je le savais déjà mais le « pourquoi ? » et ma prétention à le découvrir, m’aveuglaient- cela m’aurait épargné beaucoup d’erreurs.


Lundi 6 février 2017
Chats

J’ai l’impression de flatter un bison ce matin en posant ma main sur l’encolure de Lili. N’a-t-elle pas, à d’autres moments, un regard fixe et rond d’oiseau prédateur, hibou, faucon ?
Daisy fait parfois entendre une voix presque humaine pour ressasser interminablement, en vaguant dans les coins, ce qui ressemble à de vieux griefs douloureux contre le Destin. Je dois établir avec elle un dialogue hautement intuitif pour la faire revenir à la normale, moi-même un peu halluciné par ses inflexions étrangement mélodieuses de tragédienne consommée.
Je ne vous parle pas de Babou et de son allure de guépard, qui vous transportent d’un seul coup dans la savane en compagnie des grands fauves.
Quels voyages !


Samedi 4 février 2017

Niveau 2-3
La foi des cathédrales est la foi rampante qui veut s’élever. Tout ce peuple emporté par un même élan (que se plairont à vanter plus tard les historiens), se heurte, crie, s’invective. Les jurons, les blasphèmes fusent. Des pieds sont écrasés, des doigts tranchés, chaque jour le sang coule, on meurt. Les sanglots résonnent sans fin tandis que s'accomplit l'ouvrage...
Nous n’avons pas besoin de nous soucier de leurs empilements de pierres.
Nous voulons prier dans une cathédrale intangible de lumière.


Jeudi 2 février 2017
Enfants fous, troupeau
Vous pensez que je suis arrivé ici, dans ce cul-de-sac, et que je n’ai pas l’intention d’en repartir ? Que je vais attendre patiemment, en chantant des comptines avec vous, que la mort vienne m’en tirer? Tout en me faisant du mauvais sang en quantité raisonnable, à intervalles réguliers, comme vous le faites, pour avoir l’air, comme vous l’imaginez, sérieux ?
(Enfants fous !)
Que je vais, par exemple, aller voter ? Pour un de ces mendiants prodigues ou mercenaires flétris censés représenter ce que vous êtes, vous : viande sur pied en route vers l’abattoir ? Depuis que je suis majeur, en un demi-siècle bien tassé, je n’ai jamais voté !
Cela vous hérisse, n’est-ce pas ? Vous qui ne croyez pas en Dieu (ou le prétendez), vous croyez dans les élections, un comble. Vous êtes convaincu qu’en déposant dans une urne un petit bout de papier sur lequel est écrit le nom d’un couillon quelconque, vous accédez à la grandeur de la condition humaine. Là, vous existez ! Là, vous êtes Dieu en en élisant un autre pour vous gouverner !
(Troupeau !)
Je ne fais pas partie de votre engeance. Je ne veux pas mourir comme vous, « mourir comme un homme ».


Vendredi 20 janvier 2017

Le Grand Règne Pharmaceutique
Les pharmacies sont le symbole de nos vaines et fausses contritions. Elles trônent toujours à un coin de rue, prospères jusqu'à l'indécence, peuplées et affairées de malheureux de toute espèce, produisant une vaste rumeur heureusement sans écho.
On les regarde tout en les considérant comme invisibles. Il en va d’elles exactement comme de tout ce qui a trait à la politique : un mal permanent dont on ne sait comment se passer.


Jeudi 19 janvier 2017

Niveau 1
A force de penser à tes problèmes, de poursuivre tes désirs, de te regarder le nombril, de passer ton temps enfermé avec cette part de toi-même, tu finis par être persuadé que tu es ta propre création et tu en tires rapidement un invraisemblable orgueil. Te voilà convaincu d’être ton propre démiurge et tu te considères comme le maître du monde. Et l’on voit avec quels résultats : tu détruis à peu près tout ce que tu touches !
Tu es pitoyable.
N’est-ce pas plus intelligent d’admettre que tu ne t’es pas créé toi-même et que tu es un autre dont tu ignores l'essentiel ? Et de vouloir y remédier ?


Lundi 16 janvier 2017

Les grandes pensées, par exemple celle-ci, de Nietszche, qu’Albert Camus appose en dédicace d’Actuelles II pour René Char (bien que je n’accorde pas beaucoup de crédit à aucun de ces deux auteurs) : « Ah ! Si seulement les poètes consentaient à redevenir ce qu’ils étaient autrefois : des voyants qui nous parlent de ce qui est possible… Que ne nous donnent-ils l’avant-goût des vertus à venir » ne sont pas des ornements apportés à la vie comme des bronzes sur un beau meuble, un luxe pour enrichir les loisirs d’une catégorie d’intellectuels jouisseurs qu’on imagine d’ailleurs assez mal, pas plus que du matériel professionnel à l’usage de spécialistes, philosophes, écrivains, artistes divers, etc.
Parce qu’elles sont vraies, elles sont la vie même, ou plutôt celle de l’Esprit commun à tous qui est, de la vie apparente, l’essence, la réalité. Elles propagent la lumière qui doit nous éclairer à chaque instant lorsque nous ne voulons pas nous contenter de la mort. Nous devons les reconnaître et les entendre, les accepter pour nôtres et en tenir compte de la façon la plus appliquée possible.
(A la date du 8 janvier, j'ignorais totalement cette citation, découverte aujourd'hui par un pur (?) hasard sur Twitter.)


Lundi 9 janvier 2017

« Croire en Dieu » est la seule chose qui empêche de tuer dans certaines circonstances de grande détresse psychologique et morale.
Je ne parle pas de la soumission à une secte, une église, d’une appartenance idéologique, culturelle, qui revendique cet intitulé, mais de l’Espérance naturelle, de la foi innée, de la structure « croyance » dans la psychè... de ce soupirail qui est la seule source de clarté dans le sous-sol où nous vivons déjà, et que d’aucuns, se proclamant athées sans l’être heureusement, voudraient non seulement clore mais en recouvrir les vitres d’un voile si opaque que ne pourrait passer aucun rayon.
Pour avoir effleuré cet état, je peux vous affirmer qu’on ne peut pas y vivre et que la seule sortie en est le meurtre.
Mieux vaut s’en remettre à Autre Chose que le sinistre ego, pour résoudre le problème impossible à résoudre dont on souffre. On s’octroie un sursis -d’ailleurs involontairement, ce n’est pas une décision rationnelle- qui bénéficie à celui ou celle qu’on aurait dû supprimer comme obstacle inévitable incarné.
Quand un homme entend se passer de Dieu afin de récupérer sa souveraineté volée par la « religion », il ne se rend pas compte que ce désir serait impossible s’il ne possédait justement quelque part en lui, sous un inattendu déguisement, la croyance en Dieu.


Jeudi 8 janvier 2017

La vertu est pourtant l’unique moyen de découvrir le « nouveau » dont rêvait Baudelaire, qui, comme tout homme d’une véritable intelligence, s’ennuyait ferme dans la vie « normale » et le vice plus ou moins grand et nombreux qui l’accompagne. Son excuse pour ne pas y avoir songé complètement est l’emprise morbide de la syphilis qu’il subissait depuis ses dix-sept ans, et qui devait bloquer une partie de ses aspirations. Syphilis dont il est mort à 46 ans seulement.
Eh, oui, mon semblable, mon frère, la vertu, la sotte vertu !


Mercredi 4 janvier 2017


Saint Denys vous adresse ses meilleurs voeux pour 2017


Mon coeur que tout irrite, excepté la candeur de l’antique animal…

Donc vous n’y croyez pas...Vous êtes de ces esprits rassis, cartésiens, adeptes de la raison, des tenants de la logique, des esprits forts, des gens sérieux… (en fait, je le sais bien, cette catégorie n’existe pas, c’est un mythe, ils font seulement semblant -mieux vaut ne pas savoir ce que cela cache-, et les plus sérieux parmi les hommes sont ceux qui ne prétendent pas l’être)…
N’empêche qu’après avoir regardé ce film « fantastique », et qui plus est « pour enfants » : « Le Prisonnier d’Azkaban », et envié le héros d'amadouer le farouche Hippogriffe, alors que je m’apprêtais à remonter dans ma voiture aux alentours de minuit, cette chatte inconnue, jeune, un peu rousse, tigrée, a traversé avec détermination depuis l’autre côté de la rue déserte, surgissant de l’ombre de la nuit, s’est assise devant moi, et m’a miaulé pendant une ou deux minutes -ce qui est très long- ce qui était probablement son histoire et ses difficultés.
« La magie continue ! » ai-je lancé en riant à Nadine qui attendait sur le trottoir côté passager, et, ne sachant trop quoi faire, j’ai machinalement ouvert ma portière.
La bestiole a aussitôt bondi dans la voiture -Lili, c’était à l'évidence son nom, qu’elle a immédiatement reconnu- et elle est toujours avec moi douze années plus tard, adorable, tandis que Nadine, elle, m’a depuis fièrement quitté.


Méditation du matin obscure, et triste, et inutile…
C'est le résultat d’un rêve de dernière minute, pénible, comme il m’arrive très souvent depuis quelque temps d’en faire, un rêve qui met à bas toutes mes prétentions en me dépeignant comme quelqu’un d’indigent, dans des circonstances vraiment désastreuses, compliquées, inextricables, que seul un crétin, mais pire encore, un faible, un indécis, un maladroit, un médiocre, a pu se laisser imposer.
J’essaie de remédier à quelque chose de précis au début sans aboutir, puis qui s’éloigne et devient de plus en plus vague. Les circonstances se compliquent, beaucoup de gens surgissent et interviennent sans insister, disparaissent, et les péripéties s’enchaînent en m’éloignant de mon but, cependant que tout s’aggrave. J’ai une certaine bonne volonté mais peu de conviction. Je suis principalement désemparé et inquiet pour ma réputation, car la famille de ma femme -celle-ci n’étant pas réellement définie par ailleurs- est en cause, du moins au début. C’est un monde absurde qui tournoie autour de moi, d’innombrables possibles surgissent sans arrêt et je vais sans méthode de l’un à l’autre sans trouver la moindre solution. Je ne souffre pas. C’est surtout un malaise intellectuel, mais total.


Lundi 2 janvier 2017

Clint Eastwood fait des films hautement commerciaux. Cela devrait signifier le contraire de « bassement commerciaux», mais en fait pas du tout.


Dimanche 1er janvier 2017

C’est toujours pour moi une consolation prodigieuse, qui corrige presque totalement ce qui l’avait rendu nécessaire, voire obligatoire (puisque je suis censé être en marche comme tout le monde vers un meilleur équilibre, une plus grande conscience), de comprendre.
Par exemple, revenant aujourd’hui de mes courses de dernière minute pour les chats, et apercevant à l’improviste ma moustache grise-blanche dans le miroir de l’entrée, c’est-à-dire, vous l’aurez peut-être compris, l’âge, la vieillesse, victorieux, tout le flot de regrets ordinaires, de désespoir normal, d’amertume banale, de dégoût habituel, de honte reconnue, qui s’écoule en petit filet ad nauseam quand j’évalue avec précision ma situation, mes possibilités vaines de la changer, etc., m’a submergé d’un seul coup comme une gigantesque vague tout en se résumant dans mon esprit pour la première fois en une claire formule lapidaire, bizarre cadeau de la Saint-Sylvestre : j’ai, non pas « raté ma vie » ainsi que je le pensais, mais un peu plus étrange, je l’ai « oubliée », « abandonnée », « égarée », « perdue » (oui, il me semblait toujours qu’il y avait d’autres urgences que de s’en occuper, de la choyer, la pauvre, de l'accomplir...) !
J’ai perdu ma vie (comme on perd ses papiers, ses clefs, son porte-monnaie), et aussitôt, joyeusement, sans effort et avec véracité, la formule se complète d’elle-même : mais enfin je le sais !
...
Je pourrais peut-être la retrouver, qui sait ?
...
Comprendre c’est pardonner.


Jeudi 29 décembre 2016

Si ma mère ne m’avait pas trimballé à l’âge de deux ans chez le bijoutier du coin (merveilleuse boutique dans le XIXe arrondissement bourgeois de mon enfance -métro Laumière) pour me placer sous la protection de la Vierge en m'accrochant au cou une chaîne en or et une médaille (malgré notre pauvreté), je n’aurais pas été toute ma vie un fondu de Beauté que seule la différence d’époque a empêché de le proclamer à tout va et de s’en glorifier comme le fit en son temps Baudelaire.
Je vis à cette occasion ma mère hésiter longuement, s’interroger à haute voix, argumenter avec la vendeuse pour décider, de toutes ces breloques, « laquelle était la plus belle ? » -ce n’était pas une mince affaire- et, en écoutant et en observant, captivé, surgit devant moi presque physiquement l'idole mystérieuse et secrète, impalpable, indéfinie -occulte- qui possédait à l’évidence la capacité d’être tyrannique.
C’était très intéressant et je voulais comprendre, je reconnus cette « existence », j’acquis en quelque sorte le virus.
Bien entendu il s’agit d’un rêve, la Beauté n’existe pas.
Elle est le fruit de nos comparaisons et de notre expérience, de nos conventions, de notre formation et de notre personnalité, etc., nous l’inventons constamment, la créons en la voulant objective bien que nous sachions précisément que c’est le contraire qui la caractérise.
Elle nous paraît indispensable et son absence peut être une véritable torture.
Nous l’aimons et elle nous fait souffrir.
C’est un jeu puéril et savant.
Elle fait de moi un être unique et plein d’orgueil.


Mardi 27 décembre 2016

En matière d’humanité il n’y a pas de mode qui tienne; les protagonistes des émissions de télé-réalité passent peut-être à quelques moments pour des artistes, et les cuistots du petit écran pour des chefs, mais ils n’en sont pas, pas plus que Manuel Valls n’est le Clémenceau de notre époque. Ce dernier adorait les peintres impressionnistes, avait pour ami Monet, « son vieux coeur », a écrit un livret d’opéra, collectionnait l'art japonais, etc., et quoique détestable à beaucoup d’égards, son intelligence, sa liberté, et même son génie, éclatent à chaque instant. Houellebecq n’aurait jamais songé à le traiter d’ « attardé congénital ». D’ailleurs, pour ça, il aurait probablement reçu un coup de canne qui lui aurait fait sauter sa dernière dent.


N’ayant plus d’angoisse à distraire… je peux renoncer sans effort à cette vie de « plaisirs » qui consiste à fumer, boire, se repaître de victuailles en grandes quantités, et baiser comme si c'était le moyen de sauver le monde.


Lorsque j’étais jeune enfant, ayant souffert malheureusement très tôt de la folie générale, je croyais que la beauté du monde devait suffire à enseigner aux hommes la sagesse et le pardon.
Mais j’ai découvert que c’est précisément dans les endroits les plus beaux, où le ciel est toujours extatiquement bleu et l’air chaud et chargé de parfums, les nuits douces et paradisiaques éclairées par toutes les étoiles, que l’on se fout sur la gueule et s’extermine depuis toujours avec la plus grande constance.


L’avantage aujourd’hui pour un écrivain, c’est qu’il n’y a plus de « Littérature », ce truc un peu sacré auquel croyaient oeuvrer, par exemple, Chateaubriand, Victor Hugo... sinon donnerait-on le Nobel dans cette matière à un chanteur pop-folk américain millionnaire qui n’a jamais voulu « en » faire et n’a assurément besoin de ce brevet à aucun égard ?
Ainsi peut-on écrire enfin n’importe quoi sur n’importe quel sujet (mais pas n’importe comment), ce que n’avaient osé jusqu’à présent que ceux qui n’avaient pas le choix, contraints par leur vocation, les plus grands !


Et bonne année, si on ne se revoit pas d'ici là !


Samedi 24 décembre 2016

Tous les ivrognes qu’on connaît ont une expression particulière qu’ils arborent comme leur propre caricature, un masque pathétique censé exprimer la sagesse qui les guide, celle qui justifie leur addiction.
O. a un long sourire en coin qui ne le quitte pas, comme s’il se gondolait intérieurement au spectacle dérisoire de la vie, à l’instar (modestement) du Jocker de la bd affichant sa blessure. Et il glisse entre les convives, factotum fantomatique en proie à sa douloureuse hilarité.
N. sourit malicieusement du regard comme s’il souhaitait à tous à chaque instant un joyeux Noël. Il veut porter un toast à la fraternité, à la compassion, à l’entraide, son verre à la main comme un luminaire inusable.
M. vient de recevoir le direct qui l’a mis k.o debout. Bien entendu il ne s’écroulera pas tant que nous sommes là. En attendant il titube de l’un à l’autre pour témoigner de la violence du choc et de l’inhumanité d’un sort qu’il accepte malgré tout avec vaillance en dévidant ses propos décousus.
Le seul qui n’a rien à prouver est L. qui se délite, se désagrège lentement au dedans comme un sablier, toujours imperturbable extérieurement -un peu trop d’ailleurs. Il faut le regarder avec attention pour sentir le vide grandissant qui l'aspire lentement de l'intérieur, en provoquant des myriades de rides microscopiques sur la chair tremblotante de ses joues.
Mais en réalité nous leur ressemblons tous, quoique nous n'éprouvions pas le besoin, comme eux dans leur état, de donner le change; nous portons la marque d’un événement de notre enfance qui nous a durablement impressionné. Quelqu’un d’intuitif et d'expérimenté peut connaître d’emblée le souci primordial qui nous ronge. Nous sommes toujours en train de nous poser une question : que m’est-il arrivé ce jour-là ? C’était incompréhensible, douloureux, choquant, et cela nous a étonné, meurtri, ébahi. Et cela continue à se manifester, inchangé, dans nos gestes, sur notre visage, dans notre posture.


Vendredi 23 décembre 2016

Le mépris que j’avais pour moi-même allait inconsciemment à tout ce qui m’entourait, en particulier mes chats, dont seule la parfaite innocence fut un jour à même de m’en faire prendre conscience, et ainsi de m'aider à me sauver. Les hommes, évidemment, ne pouvaient jouer ce rôle.


Lorsqu’on a été élevé comme moi, contraint de rétrécir peu à peu sa vision, de ne plus retenir, de ne plus voir de ce qui existe autour de soi, que le « normal », autrement dit le banal, le quelconque, l’attendu, le « raisonnable »... - « Ne dis pas de bêtise, Jeannot, sois raisonnable ! » , on ne sait voir qu’avec les yeux du corps sans écouter son esprit et ses autres sens secrets, sans accepter le résultat global, en refusant en somme la vérité.
On souffre évidemment de ce déni et l’on tente de s’en accommoder comme on peut, mais dans certains cas comme le mien il devient obligatoire sous peine de mort de rétablir un bon fonctionnement.
...
Or, je veux dire ici enfin ce qui définit réellement la femme que j’ai aimée jadis, avec qui j’ai vécu huit ans, qui m’avait quitté et qui est morte, et qu’il aura fallu pour que je la comprenne un peu les nombreuses années d’évolution et d’étude suivant ma psychanalyse, ainsi que le rêve de cette nuit.
Cette femme était extrêmement forte et pourtant d’une immense douceur, mais ce qui la résume le mieux pour moi tient en une phrase, sans doute assez énigmatique car il n’y a pas d’analogie au niveau des termes. Ce n'est pas une évocation, mais plus une invocation... C’est ce qui l’appelle, un incipit, qu'on peut prononcer un peu comme son nom.
Et cette phrase  est :
« L’Orage Éclata Sur Le Parc ».


Mardi 20 décembre 2016

Chaque espèce animale qui disparaît emporte avec elle un morceau de notre âme. Notre totem s’étiole. Nos possibilités d’identification et de reconnaissance se perdent. Nous étions des connards par choix, nous le devenons par force.


Il est mort, ce remarquable plouc !


Lundi 12 décembre 2016

Je ressens la même chose que le grand bison des plaines quand il a vu arriver son extinction.


Apprendre, le cas échéant, est une bonne chose, mais prendre des cours de suicide ne l’est pas.
Pourtant, quand on est jeune, beaucoup de gens vous les recommande avec conviction.
Ils sont divers, nombreux, et tous censés vous apporter la satisfaction de perdre tous vos soucis et de vous faire ressembler à tout le monde.
Vous irez rejoindre la file interminable des petits jeunes gens comme il faut constellés de cocardes en papier comme celles des conscrits de jadis « bons pour le service », sous des flots de rubans en papier idem, semblables au bétail vainqueur des concours dans les foires paysannes.


Dimanche 11 décembre 2016
...par moments dans une solitude diabolique.


Tomber amoureux d’elle dès l’enfance me garantissait une traversée paisible mais il n’était pas question de devenir célèbre comme je l’aurais voulu ni même de faire fortune
Partager son chagrin était un renoncement à tous les bonheurs un abandon de toutes les prétentions
Il fallait monter beaucoup plus haut aller beaucoup plus loin
J’en étais totalement inconscient jusque-là d’où mes souffrances
L’aimer n’était qu’une erreur de cible mais c’était le sentiment juste
Tout petit déjà l’arrachement au monde


Jeudi 1er décembre 2016

L'Océan Indien est un poumon de roses
............................................
Il n'y a aucune obligation en ce monde car tout est écrit d’avance
Et beaucoup de souffrance avant de le comprendre
Ecrite la pièce beaucoup de souffrance pour accepter le rôle
Et que les roses pleuvent sur la scène !

Enfant j’ai eu un amant un fait inacceptable
L'accepter c'est respirer le refuser recourir à la Ventoline
L'accepter c'est se retrouver au milieu d'une sphère constellée d'yeux bienveillants
Tout en découvrant dans un autre processus que L’Océan Indien est un poumon de roses
Tandis que la voix familière tant aimée prononce : « Je savais bien que tu finirais par le comprendre ».

Enfant j'ai eu un amant
Ensuite seulement oublier.

L'amour est le seul à régner en maître.


Dimanche 27 novembre 2016

Personne ne peut espérer chose plus grande et plus belle que sa libération.


Lundi 14 novembre 2016

Un jour… ou plutôt une nuit (je travaillais alors de 18h à 3-4h du matin comme «opérateur» chez Cewe Color, une entreprise aujourd’hui disparue et que je ne pleurerai pas¹, qui faisait la nuit le développement photo des appareils jetables, lesquels, si je crois bien, n’existent plus non plus), un type entra dans le long couloir carrelé du sol au plafond et éclairé à giorno par de violents néons qui servait de vestibule, et au bout duquel se trouvait la vaste salle dans laquelle nous étions occupés à trier, mes collègues et moi, les rouleaux de pellicule que nous extrayions des appareils en les brisant, et demanda à notre responsable d’appeler les pompiers pour porter aide à l’un des livreurs malades, lequel, expliqua-t-il, se trouvait à l’extérieur dans une camionnette sur le parking. Puis le gars repartit par le même chemin et referma la porte derrière lui.
Il y avait quoi, une bonne trentaine de mètres, entre nous et cette porte.
Un relent d’égout terrible, une odeur pestilentielle, nous était arrivée. Nous nous regardâmes, étonnés, n’imaginant pas d’explication plausible dans l’univers rigoureusement minéral où nous nous trouvions. Je l’ai déjà dit : carreaux de faïence réverbérant une lumière aveuglante, nous debout devant des sacs plastiques se remplissant de rouleaux de pellicules, au milieu de cartons éventrés débordant d’appareils photo.
Nous apprîmes ensuite que le type avait eu une infection intestinale et s’était chié dessus à l’arrière de sa camionnette.
Etrangement, je compris ce jour-là, sans m'en rendre entièrement compte (mais c'est maintenant chose faite), que la précarité et l’ignominie de la condition humaine telles qu’elles peuvent apparaître au niveau politique, c’est-à-dire apparaître aux yeux de ce personnage improbable qu’on appelle le président de la République, sont absolues, sans limite, que nous ne sommes forcément pour lui que du bétail, de la chair nauséabonde à canon, vision que, naturellement, il m'est impossible de partager. Mais ce monsieur ne peut considérer que les corps, cela tombe sous le sens, et, de par sa fonction, ne les voir que comme celui du livreur allongé dans ses excréments attendant qu'on vienne le secourir, et dont l’horrible odeur -comme elle nous était parvenue dans la salle de tri- emplit invinciblement jour après jour l’Élysée !
... Il n'y a pas de doute, c'est comme ça.

1 Erreur. Existe toujours.


Lundi 31 octobre 2016

La Vérité se défend toute seule. Regardez-la pousser des pseudopodes, des filaments vivants, comme un alien d’un autre monde, qui atteignent le cerveau de celui qui, se croyant libre, menace toujours, revolver au poing, les autres qui l’entourent.
En se défendant, elle nous défend, et nous dispense de le faire nous-mêmes.


Pour moi, tout est devenu provincial. New-York, Paris, le sont. Ou pire encore: maniériste : Dubaï, Singapour. La seule capitale est le Soi.


Mercredi 26 octobre 2016

En petit et en anonyme, une histoire qui peut faire songer à celle du Christ, se reproduit partout et tout le temps. Un individu, dont le défaut est d’être à la fois naïf et pur, se heurte un jour à l’imbécillité et à l'arbitraire bureaucratiques, ayant fait, aux yeux de ceux qui croient détenir le pouvoir, obstacle à la bonne marche des choses -la simple insolence suffit-, grain de sable dans les rouages du système kafkaïen dont le dieu implicite est la Mort.
Pour survivre, tout en abandonnant ce qu'il voulait défendre, il lui faut perdre tout orgueil.
...
«Madame, j'ai compris la leçon, qui est celle d'un fou... ou plutôt d'une folle, puisqu'elle vient de vous.»


Mercredi 19 octobre 2016

S’agissant des chats opérés, castrés, je pense que c’est nous qui, en les aimant, faisons pour eux le prix de la vie.
Si nous ne leur apportons pas une véritable attention, la compréhension nécessaire, si nous sommes seulement indifférents, ils vieillissent repliés sur eux-mêmes et s’ennuient, jusqu’au jour où l’envie de tomber malades les prend et où ils meurent plus ou moins avant leur heure, sans heureusement que l’on puisse en être sûr...


Samedi 15 octobre 2016

Tu me dis « je ne veux pas être un misanthrope ! ». Sous-entendu : « comme toi ! » Etonnant. Est-ce qu’on a le choix ? Mais se pochetronner comme tu le fais à longueur de journée revient à s’établir derrière un bouclier; c’est de la misanthropie appliquée. Tu es peut-être là physiquement mais à peu près hors d’atteinte des gens. Fais bien attention de ne pas développer des tics intellectuels, des manies, qui, en dépit de ton intelligence, vont faire de toi un imbécile.


Toute la sagesse que j’ai toujours sentie (exister) comme un autre univers siamois du mien, tout proche, plus grand et plus dense, n’est pas imaginaire, l’accepter est légitime.
Je peux devenir un sage et un illuminé. J’ai le droit.


Je suis français, et bien que je haïsse Descartes, j’aime l’ordre, l’équilibre, et la clarté.


Vendredi 7 octobre 2016

Etre meilleur n’assure pas un sort meilleur.


Jeudi 6 octobre 2016

Je me considère comme infiniment plus malheureux que le reste des hommes -tous les agités & inconscients que je croise-, tout en pressentant in petto que c’est en réalité exactement le contraire.


Jeudi 29 septembre 2016

La plupart des comportements en société sont régis par l’idée implicite que tout le monde dispose de la même intelligence. Il n’y a que la notoriété publique ou privée de chacun qui infléchit la règle générale.
Si vous possédez une intelligence hors-norme, comme les surdoués, HP ou zèbres, vous êtes d’emblée déprécié¹, par quelqu’un qui, de toute manière, ne peut pas complètement vous comprendre, et, si vous n’abdiquez pas, si vous ne renoncez pas à être vous-même, c’est une lutte constante qui vous expose à passer pour prétentieux, agressif, bizarre, inadapté, que sais-je encore... Le problème commence dès l’enfance, avec les effets destructeurs qu’on peut imaginer.
Il est probable que le nombre d’individus qu’il faudrait appeler « surdoués » est très grand, beaucoup plus grand qu’on l’admet aujourd’hui (il se peut même que ce soit la majorité), mais beaucoup de ceux-ci ont été détruits.
Pour permettre l’épanouissement intellectuel -voire même spirituel (je suis convaincu que c’est le degré spirituel au départ qui autorise une plus grande intelligence)- il faudrait tout simplement respecter la personne de l’enfant, ce dont la plupart des parents est incapable.

1 Ce n'est pas ce que pense le surdoué qui importe, c'est sa position par rapport aux choses, au monde, à l'intangible vérité qu'il pressent ou anticipe. L'ignorer revient à lui dénier toute valeur.
(?)


Mon visage ressemble de plus en plus à un vieux pneu.
Je ne peux échapper au moindre événement de ma vie.
Le sentiment dans lequel j’ai toujours excellé : la ferveur.
J’ai toujours préféré les mocassins aux bottes.


Lundi 19 septembre 2016

Quand quelque chose ne se passe pas comme je l’escomptais -malgré la perfection dont je me sens investi (à cause de tous mes efforts)- je ne crois plus en Dieu !
Comment laisse-t-Il se produire ce que moi, soi-disant son enfant, je ne peux supporter ?
Voilà la racine de l’athéisme, une espèce de chagrin dont la puérilité nous échappe si, d’aventure, la douleur des autres, la souffrance d’autrui et non la sienne propre, est la chose insupportable. Dieu n’existe pas, ou Il est méchant !
C’est cette dernière option (à cause de la douleur constante de ma mère), que je tentai avec plus ou moins de succès (car je m’en souviens très bien) de refouler comme un sacrilège, qui fit taire en moi (plutôt la tentative de refoulement que le jugement), à l’âge de neuf ans, la voix qui m’avait toujours soufflé mes paroles, mes pensées.


Vendredi 16 septembre 2016

Il y a des choses qu’on connaît, parce que si elles n’étaient pas ce qu’elles sont, l’impossible auquel on croit ne pourrait exister.
Par exemple, j’ai toujours su qu’il ne faut en aucun cas se renier, quelle que puisse être l’erreur qu’on rencontre. Se renier rendrait l’impossible sans lequel on ne peut vivre inaccessible.
J’ignore comment on trouve cette boussole qui ne fait pourtant jamais défaut quand on en a besoin.


Mercredi 14 septembre 2016

Certains qui transforment leur douleur en rire bravache, en hennissement de cheval, en flamme brillante qui leur sert d’étendard
M’aident à me cacher des fanatiques qui pourraient me tuer, juste parce que je suis pur, bienheureux, et sans haine
N’y comprenant rien, ne possédant pas les codes, étranger à ce système de propagande et d’oppression, et seul à m’en abstenir car ma nourriture n’est pas la terre mais l’air et la lumière.


Je vis dans une ville peuplée de beaucoup de malades de l’espèce qui heurte la conscience, mais à l’opposé il y en a aussi, moins remarquables mais tout aussi atteints.


Je prends conscience de choses qui étaient tellement moi-même qu’il m’était impossible de m’en distinguer (la souffrance que m’infligeait mon père et le grand mur noir de la cour, par exemple…).


Pour vivre où je vis il faut y être né, ou bien être con ou l’avoir été. Moi je l’ai été et ne l’étant plus, logiquement je devrais partir.


Après avoir pourchassé toute ma vie les vérités essentielles, je pense que je m’en approche assez près. Il y a, en effet, deux ou trois choses qu’il faut comprendre pour ne pas se tromper sur tout le reste.
Lorsqu’on les ignore, il convient de rester évasif et circonspect, et c’est malheureusement ce que l’humanité en général n’applique pas.


Lundi 5 septembre 2016

J’ai vécu durant trente-cinq années (35) avec un épisode précédent de ma vie qui en avait duré huit (8).
35+8=43, centrés sur les mêmes personnes, les mêmes problèmes. Quand même !
Et tout-à-coup, à cause en partie de ce temps gris et pluvieux, doux, très triste, qui agit comme un déclencheur (quelques essais ratés depuis ce matin), cette odyssée peau de chagrin retrouve sa vraie place et des proportions normales.
On peut regarder « Retour Vers Le Futur » autant de fois que l’on veut, cela ne procure pas l’ impression que j’ai ressentie.


Samedi 3 septembre 2016

Chercher le sens de ce qui ne peut pas en avoir.

J’ai été le genre d’individu qui vit avec le sentiment de céder à l’urgence et qui rêve de comprendre ce qui lui arrive.
Puis il est advenu que nombre des éléments qui composaient cette existence ont montré ce qu’ils étaient, c'est-à-dire pas grand-chose, en étant rapportés peu à peu au prix de grandes souffrances à quelques schémas essentiels. Cela pouvait paraître un progrès parce que mon inquiétude avait diminué au point de sembler inexistante et que je pouvais enfin me poser des questions simples, globales, comme si j’approchais de la solution.
Tout-à-coup des événements inattendus me prouvent que rien n’a changé réellement et que le problème est toujours là, toujours aussi important.
Il me faut admettre ce qu’il y a dans le titre de cet essai.


Vendredi 2 septembre 2016

Il faut arrêter de faire du mal aux gens et à la planète.
Il faut commencer à réparer les dégâts.
Nous devons tous nous muer, chacun au poste qu’il occupe, en lanceurs d’alerte, pour revenir à des méthodes honnêtes.
Il y a assez pour tous à condition d’arrêter de se battre.
La paix intérieure, la joie de l’âme, tout ce qui est vraiment nécessaire à l’homme, est donné tel quel, et n’augmente pas avec le profit.
Le profit est une illusion.


Jeudi 1er septembre 2016

Gardons ça pour plus tard.

[J’ai oublié de comprendre certaines choses.
C’était là sous le fatras des idées reçues, des idées répétées par les médias, le brouhaha des conversations, des mensonges, des appels au secours, etc.
Bien sûr qu’il y a un destin de l’humanité, comment pourrait-elle rester en plan, certaines parties laissées de côté, indifférentes et différentes, avec une autre psychologie, un esprit autre ?
Que des avancées puissent faire figure de recul certes… pas toujours facile à décrypter. Que des sauvages en sachent parfois plus long que nous, oui, bien sûr… parfois. Mais en tout cas cela avance, que nous devinions que nous sommes parfaits et voulions le voir.

Ma belle, tu peux garder ton argent, ce que nous avons à vendre ne s’achète pas !]


Tout ce qui se trouve dans la main de Dieu se trouve aussi d'une certaine façon dans la nôtre, mais nous faisons rarement preuve d’autant d’Amour que Lui.


Un système philosophique… l’univers de vos pensées… quand ça fonctionne, ça tourne !


Pitoyable humanité qui n’a de cesse de vouloir prouver qu’elle est « supérieure », ce qu’elle-même ne croit pas !


Dimanche 28 août 2016

Le chat très amaigri que je croyais mourant, caché depuis deux jours sous un lit entre le sommier et un coffre plat où l’on range les couvertures, a quitté tout à l’heure son réduit vers 21h et est allé boire (enfin... Dieu merci) à deux reprises. Puis il est sorti dehors un petit moment et est revenu, a bu à nouveau. Il n’a pas mangé -il y avait pourtant des sardines à son intention. Finalement, il est reparti vers la chambre en s'arrêtant avec élégance et une exquise politesse devant moi, ou plutôt sous moi, (j’étais assis sur un siège haut, les pieds sur mon bureau), juste le temps que j’effleure de la main le bout de sa queue dressée.


Je réalise toute l’étrangeté de la déclaration que je m’apprête à faire, mais je pense qu’il s’agit d’une élucidation indispensable. J’en ai pris conscience après un long travail de réflexion, et la libération que j’ai éprouvée en garantit, au moins pour moi, la véracité et la réalité.
En effet, toute ma vie, je me suis senti en décalage, en porte-à-faux, différent, inadapté, etc., sans pouvoir m’expliquer pourquoi, et même après avoir compris très tardivement -alors que tous les signes indubitables avaient toujours été présents- que je suis, comme on dit, HP, zèbre, surdoué, il manquait une explication.
En songeant récemment à tous les gens « normaux » que j’ai croisés, en les imaginant réunis quelque part, non loin de moi, en me fabriquant une image mentale de cette foule innombrable plus ou moins anonyme, de laquelle je me suis toujours senti exclu… en y injectant la complicité qui les unit, leur association évidente dans des buts, des projets communs, dont j’ai pu parfois, je l'avoue, être un peu nostalgique, le statu quo dont ils font perpétuellement état (et là j’aurais envie de dire : « pour m’emmerder »...), il m’est apparu comme une évidence, l’expression parfaite de ce qu’ils ont, eux, de différent de moi, qu’ « ils sont mortels » !

« Ils sont mortels » !
Surgie dans mon esprit, cette caractérisation planant au-dessus d'eux, est, pour moi, concluante.
Je ne me suis jamais considéré comme tel, et cela me distingue.

Savent-ils qu’ils le sont ? Je n’en suis pas sûr mais on dirait que oui.
C’est dans cette confrérie qu’ils voulaient me faire entrer. (J’ai déjà raconté ailleurs comment ma propre famille s’était réunie un jour contre moi, pour me faire admettre qu’il fallait faire, c'est-à-dire être, « comme tout le monde... »)

J’ai toujours escompté qu’il y a autre chose que les simples apparences, et cette conviction exclut la mort, non pas après, dans un hypothétique au-delà, mais bien ici et maintenant.


Mardi 23 août 2016

Ma jeunesse, immensément riche, fut, pour une part, le Quartier Latin en la compagnie imaginaire de Paul Valéry, Léo Ferré, Henry Miller, dans ces rues charmantes, belles, célèbres et séculaires, dont la gloire était la mienne, et vice versa.


Je revins à moi nu et désespéré, comme il arrive parfois après une sieste impromptue trop longue. Et puis tout se redessina, reprit sa place autour de moi, son histoire dans la mienne, et m’habilla à nouveau.


Toute ma vie, comme une sale manie, j’ai pris pour juge la gent féminine.
D’abord ma mère, image de Dieu inférieure au modèle, forcément toujours décevante et injuste, cruelle évidemment sans le vouloir, qui m’aida à m’auto-condamner systématiquement durablement.
Puis sacro-sainte B., qui semblait pouvoir tout comprendre et comprenait presque tout, et qui me sauva littéralement la vie mais ne put empêcher, avec ma rechute, ma nouvelle impossible dévotion, la suscitant d’ailleurs en partie, pour L.
Cette dernière me laissa endurer son mépris et son désaveu, qui prit la forme d’un rejet physique journalier très destructeur pendant les deux dernières années, avant de m’abandonner à mon triste sort ainsi qu’au sien, car une âme sœur devenue aveugle n’a pas pour autant le droit d’oublier l’autre, c’est-à-dire elle-même.
Enfin, pour faire bonne mesure, j’ai tenté en vain de restaurer ma confiance en moi en exposant à N., comme si elle était le clône de L., les preuves de mon équilibre retrouvé et tout ce qui en découlait : tendresse, attention, compréhension, patience, jusqu’à ce qu’elle me largue en bonne et due forme à ma grande surprise et sans doute légitimement, puisqu'elle était loin de ressembler à son illustre devancière. Cela lui coûta le chagrin de se convaincre que c’était nécessaire, ce qui était absolument faux.
Un individu qui peut se persuader aux trois-quarts, et même aux quatre cinquièmes, qu’il ne convient pas fondamentalement à sa moitié du sexe opposé qui qu’elle soit, risque de se mettre en tête des dérives plus ou moins suicidaires quoique symboliques en cherchant son bonheur dans un lointain passé inconscient de cette enfance perverse protéiforme (il s’agit en fait de l’innocence) que l’ami Freud avait formellement identifiée.
C’est ce que j’ai fait jusqu’à tout-à-l’heure, la solution dans mon cas consistant seulement -mais ces minuscules victoires coûtent horriblement cher- à remettre à leur place et grandeur exactes ces amours qui ne sont qu’humaines...


Jeudi 18 août 2016

Je n’ai auprès de moi aucune des femmes que j’ai connues, avec qui j’ai vécu, à l’âge que j’ai aujourd’hui où un homme aussi obtus soit-il peut comprendre tout ce qu’il leur doit, ce qu’elles lui ont donné d’unique et de précieux qu'elles sont seules à posséder, et où le besoin d’exprimer sa gratitude peut lui sembler vraiment impérieux.


Lundi 15 août 2016

Mxxx, qui allait s’endormir, se rappela étrangement des vers de Baudelaire : « Les soleils mouillés/ De ces ciels... » La suite ne venait pas. « ...brouillés » ? Mais il était sûr du début : « Mon enfant, ma sœur/ Songe à la douceur/ D’aller là-bas vivre ensemble »... En y réfléchissant pour tenter de retrouver le poème, tout-à-coup il perçut ce qui était implicite, caché au dedans, la douleur absolue du poète, et, dans le même mouvement l’accepta complètement, la fit sienne... Une vision désespérée. Mais aussitôt, sans qu’il le veuille, cette reconnaissance le fit déboucher sur la lumière de la vérité, intense, éblouissante : non ce n’était pas vrai, il y avait autre chose, et c’était Dieu !


Lundi 1 août 2016

Consulter chez un psy pour se débarrasser d’angoisses particulières aiguës qui vous interdisent totalement de vivre, comme il m'est arrivé, ou de gênes sérieuses mais limitées, une agoraphobie, par exemple, ou pour résoudre de curieux scrupules plus ou moins importants, est un simple préalable.
Lorsque vous êtes « guéri », c’est-à-dire capable à nouveau de vaquer à vos occupations, vous ne l’êtes pas ! Le plus important reste à faire, et vous l’avez compris si vous n’êtes pas complètement idiot. Vous vous êtes rendu compte que la partie immergée de l’iceberg, c’est-à-dire l’ego, est toujours une source de souffrances, un lest inutile qui vous empêche de vivre réellement.
Il n’y a pas d’analyse bien conduite qui ne révèle pas que les schémas courants dissimulent le caractère métaphysique de l’existence, ainsi que la dynamique spirituelle qui doit conduire chacun d’entre nous vers sa libération qu’on appelait naguère le « salut ».
Quelque forme qu’elle prenne, d’esclavage quotidien et/ou de privilèges éphémères ou permanents, la perspective aveugle «métro, boulot, dodo », « travail, famille, patrie », « naissance, vie, mort », etc., selon la formule qui la résume, est un mythe. Nous sommes appelés à une échappée, un véritable voyage d’une dimension dans une autre, une transmutation, une transfiguration : l’Illumination !


Dimanche 31 juillet 2016

Il y a une chose que tu peux légitimement me reprocher : c’est de ne pas avoir eu les idées claires à ton sujet.
Mais tu ne trouveras jamais quelqu’un qui soit plus ému que je l’étais par ta beauté, plus respectueux de ta douceur et de ta féminité, plus soucieux de comprendre ce que tu ne veux ou ne peux pas révéler.
En fait j’attendais beaucoup de découvertes, sans doute trop... et tu as cru ne pas pouvoir répondre à cette attente.
Erreur, ma chère, pour deux raisons. 1/ tu étais largement capable de me combler, et 2/ l’attente n’a jamais été pour moi dans notre relation un état que je souhaitais voir cesser.
Je m’étais décidé de toutes manières pour une satisfaction arbitraire, de parti-pris, sans rapport avec les péripéties quotidiennes. Il me suffisait de te regarder pour passer dans une autre dimension, irréfragable et éternelle, dont tu étais une sorte de symbole.
Ta beauté de femme asiatique correspondant si bien au sentiment de ma propre étrangeté suffisait largement à me procurer l’impression d’harmonie que je recherche et peu importait qu’ici ou là surgisse un malentendu dont j’étais convaincu du peu d’importance. Tellement d’ailleurs que j’ai cru pouvoir à la fin laisser filer ces problèmes sans les résoudre, ce qui t’a fait croire à mon désaveu.
Ce n’est pas un cas si rare d’ailleurs. On voit beaucoup d’hommes qui ne tiennent aucun compte -littéralement- de ce que peut dire et même faire la femme qui est à leur côté… de ces couples qui donnent l’impression d’avoir abandonné toute ambition de bonheur, et qui, peut-être comme c’était mon cas, connaissent une félicité secrète attachée au sens supérieur qu’ils voient dans leur relation.
Aimer ce qui est et non ce qu’on veut.
(?)


Lundi 25 juillet 2016

Etant donné l'imbécillité générale des hommes, ce que l'Humanité a réussi à accomplir jusque-là est admirable. Mais elle l'a payé d'une quantité de morts astronomique. Peut-être devrais-je mettre ce mot au singulier et avec une majuscule qui rendraient mieux compte du peu d'importance des destins particuliers par rapport à la Chose constamment active, l'Horreur grandiose, la définitive Abomination : « elle l'a payé d'une quantité de Mort astronomique ! »
Mais ces réalisations formidables que j'évoquais, que sont-elles en vérité par rapport aux possibilités d'un unique cerveau, d'une seule pensée libre d'un seul individu dans une seule vie ?
Rien, en fait, pas grand-chose.


Je me suis rendu compte finalement que, pour prouver la valeur que B., avait bien voulu m'attribuer, me reconnaître, je n'avais plus cessé d'essayer de faire toujours mieux, d'être en quelque sorte constamment offensif dans ma personnalité (sans doute un peu désagréable à autrui), de me fatiguer sans nécessité, et de ne plus jamais me sentir qu'insatisfait, à la fois de moi-même et des autres -du « monde »-, alors que, probablement par nature et par expérience, j'étais auparavant surtout indifférent, peu concerné, et davantage en paix globalement malgré tous mes problèmes.
Le seul changement positif, à ce qu'il peut sembler, était l'abandon de ma sauvagerie, laquelle ne demande qu'à revenir. En effet je ne ressens aucun besoin de fréquenter ces humains moins que passables, stupides, inintéressants, et, ce que j'ai découvert en plus en les étudiant et en perdant ma naïveté, totalement égoïstes et calculateurs.
Leurs plans, auxquels ils consacrent pratiquement toute leur énergie, n'aboutissent que rarement¹, ce qui les rend par-dessus le marché, pitoyables.
Le mieux n'est-il pas de les oublier autant que j'y suis enclin ?

¹Camilleri « Le Diable Certainement »


Dimanche 24 juillet 2016

La sagesse

Ouf, le bruit place du Caquet ce matin a cessé !
Le camion karcher de nettoiement, d'abord, mais il y a un mieux, il semble qu'il soit aux normes acoustiques, c'est supportable. Et puis travaux dans un appartement voisin, au premier beau temps, juste quand j'ouvre enfin vraiment ma fenêtre depuis des mois et que j'entends profiter de ma terrasse... Et ça, pour entendre... ils refaisaient le sol; la machine pour décoller les dalles juste à quelques mètres...
Bon, là j'ai le cervelet qui se décrispe, citron, je veux dire sinon je devenais enragé !
Hier, dans la relative quiétude de la soirée, je suis allé deux fois au balcon pour voir ce qui se passait. Un type gueulait en bas, n'arrêtait pas de parler. C'était clair qu'il était dérangé, on le perçoit aux intonations, au registre de la voix. J'imaginais qu'il était en conversation avec un autre dans son genre, comme cela arrive souvent, mais pas du tout, il était seul : il téléphonait ! Cela a dû durer une bonne heure. Parfois il s'arrêtait puis rentrait brusquement chez le cordonnier. On aurait dit qu'il attendait la fin d'un boulot, une commande, un ressemelage ? Et puis ça reprenait. Souvent il hurlait. Surréaliste. Je plains sa meuf

Place du Caquet ce genre de désagrément est constant.
Le nombre de gens qui ont besoin de hurler à Saint-Denis est invraisemblable. Souvent dans des langues étrangères, gutturales. Ce pourrait être des cris d'animaux, c'est pareil. Quand c'est vraiment bizarre je vais voir. Parfois des enfants, en bande, des aigus inattendus, violents, des sifflements de Larsen. Je deviens comme ces ornithologues qui identifient tous les oiseaux à leur ramage, sauf que je n'identifie rien et que c'est de l'ethnologie physiologique.
Ne me dites pas que tous ces hurleurs peuvent faire de discrets voisins, respectueux de la jouissance paisible et pétris d'attentions et d'égards pour autrui. Non, ils sont également bruyants chez eux en toute ingénuité, si l'on peut appeler ainsi la grossièreté et le mépris dont ils font preuve sans pour autant être méchants.

Mais le plus détestable, le plus catastrophique d'après mon expérience, ce qu'il faut dénoncer à l'échelle nationale, mondiale, et galactique, c'est notre addiction aux moteurs à explosion et électriques, notre ferveur religieuse pour le piston et la bobine cuivrée.
Chez moi, par exemple, il y a le passage du métro toutes les 3-4 minutes, vous l'avais-je dit ?
Je parie que je l'avais oublié. Le cerveau oblitère ce son, un véritable grondement -la ligne souterraine traverse toute la place en diagonale, avec une grande grille d'aération au début et à la fin qui laisse sortir le fracas-, on ne le perçoit plus. Mais l'oreille, qui est un dispositif mécanique comme vous l'avez appris à l'école, et donc qui s'use, elle, fonctionne quoi qu'il arrive. Toutes les 3-4 minutes.
Je ne parle pas des transformateurs électriques ronronnant partout dans la ville, ou du dispositif de refroidissement du magasin Carrefour constitué de 31 turbines sur le toit d'un immeuble situé non loin de chez moi, des perceuses, ponceuses, aspirateurs. Des radios, chaînes Hi-Fi, télévisions. Du moteur de la clim' du magasin de reprographie qui émet en été un hululement continu. Des bagnoles, autobus, camions, scooters, avions, hélicoptères, etc.
C'est une véritable folie car au moins deux fois sur trois on pourrait s'en passer. Mais on a pris l'habitude. (Comme le gars qui va utiliser le souffleur à 6h du matin place du Caquet pour trois papiers...) Le travail, quel qu'il soit, serait aussi bien fait, presque aussi vite, et en silence. Mais on serait également obligé de revenir à l'échelle humaine, à un tempo plus lent, et de se remettre à penser, à réfléchir -évidemment dans le silence...- et on ne le veut pas.
Les hommes ne veulent plus chercher la sagesse, c'est trop pénible. Ils veulent rêver et se la péter, se croire tout-puissants. En fait, c'est plutôt désastreux, et ils ont surtout l'air d'une bande de cons.
………………….
PS
Ah oui ! Et puis aussi, méditez bien cela : le bruit est une violence !


Après un certain temps on s'habitue, on finit par ne plus se rendre compte, mais je me souviens qu'au début il me donnait l'impression d'être entouré d'obscurité, de se promener enveloppé de sa propre nuit, même dans l'éclairage du bistrot, dans la lumière. Lui-même était obscur, d'ailleurs, et on ne distinguait pas bien ses traits, ni même son corps comme brouillé sous une estompe de noir. Plutôt pénible comme sensation, d'autant plus qu'il affectait en permanence une humeur qu'on ne peut pas qualifier autrement que d'enjouée, de badine, aussi étrange et paradoxal que cela paraisse.


J'aurais aimé flotter seul avec toi sur une vaste et mince plate-forme gonflable sur la mer.
Pour nos besoins nous aurions accosté sans bouger à des îles nombreuses.
Des îlots de carte postale avec des palmiers sous le soleil.


Samedi 9 juillet 2016

J'envie beaucoup les gens qui ont compris dès l'enfance que la vie consiste pour l'essentiel à se procurer des denrées alimentaires aussi correctes que possible afin de les préparer sans hâte plus ou moins savamment deux fois par jour et de les consommer la conscience tranquille.
Une vie simple, équilibrée, et paisible, en théorie du moins, car parfois cet idéal réaliste conduit à d'effroyables déconvenues. La guerre éclate, par exemple, tandis qu'on fait son marché, et, peu après, famélique, on se vide de son sang dans la boue des tranchées, ou encore un stupide accident survient dans la cuisine, et on se réveille à l'hôpital amputé des deux mains.
Mais c'est toujours mieux que le mien, d'idéal, qui, si l'on m'avait questionné il y a peu encore, consistait à se retrouver un beau jour de manière irrationnelle dans un endroit inconnu très lointain -les îles Fidji, par exemple- et de là à s'envoler audacieusement pour atteindre le soleil.


Vendredi 8 juillet 2016

Considérer l'Art signifie qu'on prend en compte la dimension spirituelle de l'humanité dont la créativité ne se limite pas à la résolution de problèmes pratiques. Ne retenir que les « Phares » ou admettre au même titre l'Art Brut, l'Art Populaire, les Arts Premiers, ne change rien au constat essentiel que l'être humain n'est pas un simple animal qui se contenterait de réagir au milieu et de s'adapter autant qu'il le peut mais dispose bien de la « liberté » de répondre par oui ou par non aux injonctions qu'il perçoit en lui et qui lui offrent constamment l'occasion de se dépasser ou de se perdre.
Une œuvre d'art est le témoignage d'un individu qui offre à l'appréciation des autres la liberté particulière dont il dispose et que chacun peut reconnaître comme la sienne propre.


Samedi 2 juillet 2016

On se moque d'autant plus du jugement des autres qu'on ne se juge pas soi-même, ni pour se condamner, ni pour s'absoudre.


Vendredi 1er juillet 2016

On pose le sac à terre, le fardeau familier. Mais kess exakète qu'y'a dedans ???
Lourd, lourd, lourd fardeau de n'importe quoi. Des bambêches marrons qui ressemblent à des vers s'en sont échappées comme des rubans, des serpentins mourus immobiles par terre.
N'est-ce tout ? Pas possible. Du gravat, du néant bien juteux, du froc roulé en boule qui pèse une tonne, on ne comprend. C'est beaucoup bien sûr le poids, et c'est rien.
C'est comme d'avoir posé à terre un gros Saturne avec son bourroir maléfique qui nous crépinait, planète oui, de forte densité. En même temps ça faisait crâneur, m'as-tu vu sans vergogne, fier de soi comme de tout, fringant, voltigeur. Coqueteur qui portait trop hautain.
Qui suis-je ? Un autre ! Et même pas celui-là. Quelle étrange question.
Cette question est un monde, elle le crée, mais qu'il n'existe pas.
Je sais, je sais, et je ne voudrais pas savoir.
Le plomb est posé à côté de moi maintenant. J'attends.


Mercredi 15 juin 2016

Journal : Les trente dernières années de torts erronés assumés s'effacent. Vertiges réels.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé, de m'y être cramponné, mais j'arrête le décompte
Des ans des mois des jours, des oui et des non, des peut-être et des sûrement...
Je ne sais pas je ne sais plus si je suis vieux ou jeune, grand ou petit, fort ou faible
Ignare ou savant ou encore comme c'est la norme les deux ensemble, vivant ou mort
Je T'attends j'attends à la lisière devant la porte, il y a une lumière d'argent qui tremble
Une ombre un frisson un filet, une eau de lumière. Fragile...


Vendredi 10 juin 2016

Si nous n'étions réductibles qu'à notre ego malade, la haine de soi et/ou des autres sous la forme des crimes les plus variés, des maladies, des suicides et des guerres, aurait vite fait de décimer l'humanité jusqu'à une complète extinction pour rendre la Terre aux seuls êtres qui n'ont rien à se reprocher : les animaux.
Heureusement il y a Autre Chose, dont nous sentons parfois la présence en nous, que certains choisissent d'écouter avec attention et de prendre pour guide, qui maintient la cohésion indispensable et nous fait progresser les uns les autres tant bien que mal, en perpétuant la survie.


Mon coeur que tout irrite, exceptée la candeur de l'antique animal
Baudelaire

« Celui-qui-sait », tel est mon nom.
Je le sais depuis le bas âge où l'on se demande à quoi l'on peut bien ressembler par rapport aux autres. D'ailleurs, on ne se pose pas vraiment la question. C'est la réponse qui surgit dans les premiers contacts, comme l'étincelle quand on frotte un silex.
La fameuse ire, naguère sacrée, exprime cette connaissance innée de l'étrange individu que les autres baptisent « poète », mais qui, lui, ne se considère que comme « celui-qui-sait ». Elle ne peut qu'éclater constamment devant le spectacle des atteintes que les hommes ordinaires -qui ne savent pas- portent à leur héritage et leur grandeur.


Mercredi 8 juin 2016
écrit le 17 nov 2015

Lorsque j'étais enfant mon « petit papa » (oui, vraiment petit), se défendit un jour de ne pas me donner les dix francs qu'il m'avait promis solennellement en début d'année pour la place de premier de la classe, que je venais, comme chaque mois, d'obtenir, en me disant : « D'abord tu ne le mérites pas : tu ne fais aucun effort ! »
C'était on ne peut plus vrai. Aller à l'école n'avait été difficile que le premier jour. Il avait fallu pratiquement me porter. Mais ensuite ce ne fut qu'un jeu grandeur nature. J'étais le chouchou de l'institutrice mais également le meilleur copain des « mauvais » garçons qui faisaient la loi aux récréations. Mon père l'avait bien compris.
Quand il me dit cela au bistrot où il était comme chez lui (et moi itou), je pouvais voir derrière le comptoir, vissée au mur, la plaque d'émail publicitaire qui disait « Toute peine mérite Salers », une belle plaque brillante, apparemment précieuse, qui ne pouvait pas mentir. Je ne comprenais pas du tout l'humour de l'adage ainsi rédigé mais j'en admettais absolument le sens usuel, ce qui, rapidement, avec une inversion sémantique inconsidérée, me convainquit définitivement que mon père avait raison.
J'imaginai, je crus -sans doute étais-je psychologiquement préparé pour cela-, que toute récompense doit découler d'une souffrance.
Et in petto je scellai à tout jamais à ma cheville l'anneau de fer de ce boulet, jusqu'à ce matin où il semblerait que l'éclaircissement définitif vienne de se produire...
Ensuite je ne me suis jamais permis le moindre naturel, la moindre spontanéité. J'ai tout abîmé, tout gâché de la plupart des choses quand ma réaction venait sans effort et me paraissait ainsi sans valeur. Je me suis torturé constamment tout seul de cette manière et j'ai été, en conséquence, quelqu'un non seulement de pénible mais également d'incompréhensible pour les autres. Je n'ai pas assumé mes responsabilités normales en ne voulant que trop bien faire. Tout ce qui m'arrivait de bon devait procéder d'une souffrance et j'ai assez bien réussi jusqu'à ce qu'il ne m'arrive plus que du mauvais.


Jeudi 26 mai 2016

L'incompréhension dont j'ai toujours souffert, constamment interdit, décontenancé, je commence à comprendre qu'elle ne stigmatise pas l'imbécile que je suis mais ceux que sont les autres.


Lundi 16 mai 2016

J'ai découvert la Grèce à vingt ans, sans l'avoir voulu, par un enchaînement naturel de circonstances.
La Grèce, et la Crète en particulier, fut pour moi la résurrection de l'Espérance perdue, une extase dans la lumière et la beauté, la sainteté, la grâce dans la fraternité humaine idéale, et le succès, la célébrité personnelle. Presque tout, en somme, sauf évidemment (je le découvre en me relisant) la Paix. Et cela en quelques six mois qui aboutirent ensuite à mon mariage, d'autres voyages, avant que je réalise vraiment ce qui s'était passé.
Que faire ensuite d'une vie qui continue et semble ne servir à rien, sinon à regretter ces moments où Dieu semblait présent ?
L'image de la falaise de Matala ne cessera plus jamais de me hanter sans que je puisse en élucider le sortilège, et ce ne sont pas les séjours ultérieurs, toujours plus décevants, qui me permettront de résoudre ce mystère.
Tout était dit très tôt, tout ce que je savais déjà à la naissance. Rien, aucun de mes efforts désespérés pour aller plus loin ou plus haut, n'aboutira ensuite jamais.
Je réussis même à avoir une deuxième vie avec les mêmes espoirs et la même inutilité.
« Le monde que je vois ne contient rien que je veuille. »


Samedi 14 mai 2016

La réussite en art impose une certaine lucidité à l'égard de soi-même, et plus encore c'est le besoin de cette lucidité qui permet l'accomplissement.


Mardi 10 mai 2016

Appartenir à une civilisation mortelle était déjà une chose, mais appartenir à une civilisation à la fois mortelle et tristement quelconque comme nous le reconnaissons à présent est sans commune mesure. Nous devons affronter également, avec ce modèle, que nos qualités, notre intelligence, notre pouvoir, nos créations détruisant tout, ne sont que d'amers faux-semblants, rien de sérieux ni d'admirable.
L'homme c'est de la merde, pardon, de la poussière
Si quelque chose mérite d'être recherché c'est la transcendance, et le seul génie humain n'est dédié qu'à la mystique.


Mercredi 4 mai 2016

Certains moments de la vie font figure d'arrêts sur image. Ils peuvent durer indéfiniment, souvenirs inoubliables, maintenus par un espoir têtu ou un regret qui les pétrifie, ou bien les bords de la pellicule se mettent à roussir, elle prend feu, et, en quelque sorte, il faut tout recommencer.
On doit surtout se rendre compte qu'ils n'ont pas existé, en tous cas pas tels qu'on a pu s'en persuader, car le temps ne peut jamais s'arrêter dans un monde où il y a des images.
Lorsque l'éternité survient elle fait tout disparaître, abolit tous nos besoins, elle rend absurde le rêve que nous avions inventé.


Mercredi 13 avril 2016

Ecrit jadis

Poème n°1

Bien sûr si le paradis a un visage c'est le tien.
Mais il ressemble aussi à cette grande maison grecque bâtie autour d'un patio, cette demeure historique que nous avions visitée ensemble, je ne sais plus où ni quand.
Dans quelle île, l'été de quelle année ?
Je me rappelle la fraîcheur silencieuse, les sols de mosaïques, les plantes vertes en pots.
Il se dégageait de cet endroit une indéfinissable impression de temps arrêté, d'aristocratique attente.
Comme entre deux coeurs l'impossible synchronisme et pourtant l'amour.

Petits poèmes à L.


Vendredi 1er avril 2016

La vie est (un film) fantastique : le scenario n'a pas été écrit par moi. Mais je continuais à le croire.
Quelle étrangeté, l'histoire véritable était à côté...
Je rêvais de raffinement et d'élégance et je n'étais toujours entouré que d'une pataterie et de fruits pourris tandis qu'il pleuvait.
L'histoire était ailleurs et en même temps, et donc moi-même aussi, ce qui n'est pas facile à comprendre.


Mardi 22 mars 2016

Je pourrais m'imaginer comme un petit poisson que le banc entier a abandonné tout seul derrière lui dans l'onde amère, pour poursuivre sa route grouillante et impavide sans conscience vers le grand chalut impartial de la Mort.
J'en ai beaucoup souffert et essayé vainement de nager plus vite, plus effrontément, avant de voir rapidement disparaître au loin dans l'opacité ceux que j'aimais.
Certains sont morts, je l'ai appris, d'autre pas, mais pour la plupart j'ignore ce qu'ils sont devenus.
Désormais je ne veux plus faire grand-chose et c'est bien mieux ; je médite, j'écoute, je ne vais nulle part vraiment, j'attends.


Il m'a toujours semblé que le plus difficile à comprendre pour un être humain n'est pas Dieu mais précisément la société humaine, toutes ces absurdités que nous nous imposons les uns les autres à nous-mêmes en nous considérant mutuellement comme étrangers alors que nous sommes semblables.
Je voudrais bien accepter tous ces procédés plus ou moins délicats, pratiquement ésotériques parfois, s'ils conduisaient à quelque chose, mais ici, en France, ils ne servent à rien, seulement à maintenir les cloisons étanches entre les classes sociales, à perpétuer les incompréhensions et les intolérances, et certainement pas à faire progresser les plus « rustiques » d'entre nous comme je me le figurais dans mon enfance.
Je n'ai jamais eu envie de commander les autres, et je ne comprends pas qu'on puisse le faire. Pour gagner de l'argent ? Parce que l'on a été dressé pour cela dès la naissance ? Quelle fatigue inutile. Non, je suis trop paresseux et j'aime trop la liberté.


Vendredi 18 mars 2016

Dans la vie on (je) n'a pas l'utilité qu'on (je) désire avoir, ce qui exclut d'avoir des projets qui ne sont que des défenses plus ou moins conscientes contre nos peurs. Tout doit être reconnaissance, découverte de ce que l'on est conduit, appelé à faire.


Samedi 5 mars 2016

Pense-bête, pansage, pansement

On a le droit, oui le droit, d'être en parfaite santé à soixante-dix ans et insolemment jeune -c'est normal quand on est libre. (Je ne dis pas que c'est mon cas, seulement que cela peut le devenir, d'autant plus que je viens de le comprendre.)

Je ne pouvais pas faire autrement que d'accepter un « sale » boulot, un emploi de manœuvre pénible et mal payé, quand je me suis mis tardivement à chercher du travail, car, avec mon éducation, cela était non seulement normal mais requis.
C'était la seule façon d'avoir du mérite à mes propres yeux. Bien entendu je ne m'en rendais absolument pas compte, autrement j'y aurais remédié.
Probablement -mais pas sûr- c'était la même raison avant qui me poussait au contraire à m'y refuser, à la fois effrayé par ce qui m'attendait et craignant de ne pouvoir le supporter.
En tous cas, je ne pouvais pas imaginer « gagner ma vie » en faisant quelque chose que j'aurais aimée et sans souffrir.
En fait quand je me suis arrêté -après vingt-cinq ans d'un vrai labeur- j'étais enfin rodé. Je me levais le matin sans effort, je prenais le métro, le bus, sans m'en rendre compte. La journée s'écoulait paisiblement et je rentrais chez moi sans redouter le lendemain. C'était tout confort, la leçon était apprise. Utile seulement pour que je puisse comprendre un jour que j'aurais pu m'en passer. La vie c'est aussi cela.

C'est un immense travail d'un autre genre et beaucoup plus gratifiant de prendre conscience de chaque croyance erronée qu'on porte en soi sans le savoir, de ces idées qu'on a reçues de ses parents et de la société, idées fausses, maléfiques, dont le présupposé est infiniment grave, et même tragique, hérétique en réalité, car seul un Diable invisible et tout-puissant peut en être l'inspirateur.
Croire en une fatalité de la vieillesse, comme je l'évoquais au début, en est un exemple. Et la malédiction du travail aussi.


Jeudi 3 mars 2016

Le raisonnement qui consisterait à se dire, à soixante-dix ans : « J'ai la chance d'avoir grandi dans la misère, cela m'aide à supporter ma pauvreté d'aujourd'hui » serait fallacieux.
Car c'est bien le fait d'avoir été misérable dans l'enfance qui conduit à l'être toujours dans la vieillesse.
Les plus humbles luttent pour la survie et ne savent rien faire d'autre. C'est déjà un luxe de posséder la notion de réussite et de profit.


Mardi 1er mars 2016

Quand je suis rentré à Saint-Denis avec ma lampe Tolomeo achetée d'occasion qui dépassait du grand sac plastique que je portais, je me sentais inquiet comme si j'allais devoir franchir une frontière en dissimulant une marchandise précieuse de contrebande.
J'avais même un peu peur en pensant que quelqu'un pourrait m'agresser pour s'en emparer. Et puis, rapidement, j'ai réalisé qu'aucun des zouaves et zouavesses que je croiserai n'allait reconnaître cet objet.
C'était comme de se balader sur la planète Mars avec un camembert de Normandie, sachant que les autochtones, de toute façon, n'ont pas de tube digestif, pas de bouche ni de dents, aucun organe pour déguster ni même, encore pire, reconnaître l'existence du renommé fromage.
Tout se passa donc sans encombre. Je rentrai chez moi en fait plutôt déçu, privé du plaisir de penser que quelqu'un, non loin, pouvait en quelque sorte raisonnablement m'envier ou contempler affectueusement ma nouvelle acquisition, et me sentant de la sorte horriblement seul.
Quinze jours ont passé. Aujourd'hui je regarde la lampe posée sur mon bureau. Elle semble toujours ne pas exister vraiment.


Dimanche 28 février 2016

La morale est une partie constituante de la psyché humaine (peut-être aussi de celle de certains animaux, les mammifères notamment, va savoir ?) C'est, fondamentalement, ce que l'Ancien Testament intitule : « les commandements de Dieu » ; tout simplement ces scrupules spontanés à accomplir certains actes que les enfants pas trop abîmés éprouvent encore et qui existeraient même s'ils n'avaient pas été plus ou moins définis : « Tu ne tueras point, tu ne voleras point… » etc.
C'est naturel, presque physiologique (encore que l'esprit n'ait aucun besoin du corps) et, pour le comprendre, il suffit de s'affranchir un peu des idées toutes faites, des préjugés « modernes » qui font l'impasse sur la religion sans pouvoir imaginer qu'elle soit autre chose que le prolongement des superstitions. Les superstitions sont des peurs, et se méfier de la religion et refuser de l'étudier en est exactement une.
La non-peur vous arracherait à votre somnolente condition d'animal grégaire pour vous pousser vers la Lumière qui peut vous vaporiser !


Vendredi 26 février 2016

Son esprit était comme la couverture d'un lit, qui a glissé et dont une partie traîne à terre. Dans cette partie résidait sa « folie », et il aurait suffi probablement de remonter la couverture pour faire disparaître les désordres dont elle était parfois victime.
Un bon moyen pour elle eût été de s'astreindre à suivre des raisonnement complets, des démonstrations philosophiques par exemple, sorte de gymnastique pour à la fois assouplir et muscler son esprit, mais, malheureusement, ces exercices lui apparaissaient comme des complications vaines, une perte de temps et d'énergie, un jeu ridicule.
Pourtant, ainsi renforcé, son mental ne partirait plus en vadrouille, elle ne pourrait plus divaguer.


Lundi 22 février 2016

Dans cette curieuse société qui est la nôtre, on n'en est pas encore à discréditer ouvertement la bonté -on évite plutôt le sujet- mais on méprise activement la gentillesse, qui est considérée comme une faiblesse, une sorte d'idiotie.
Cette attitude est le fait de gens agressifs, de forcenés au petit pied, si nombreux qu'ils passent pour normaux, se défendant préventivement contre des menaces imaginaires, des attaques irréelles, et, au fond, contre Dieu Lui-même, Lequel ne demanderait qu'à les aider, s'ils voulaient seulement un instant déposer les armes et Lui prêter quelque peu l'oreille.
La première faute que j'ai commise dans la vie a été de prendre l'un de ces individus au sérieux -une bonne sœur !- et de tenter en vain de m'armer à mon tour contre lui.
Il en est résulté une série de méprises dont les effets se faisaient encore sentir à l'instant où j'ai commencé à écrire ces lignes.


Samedi 13 février 2016

Il n'y a pas de maman, papa, ma sœur, mon amour, mon enfant, etc.
Tout le monde le sait même si l'on se raconte tous des histoires pour essayer d'y croire, et quand on y croit le plus souvent ce n'est plus drôle, il y a un problème, ça va mal...
Don't you agree ?

Il n'y a que des esprits, le mien (le leur), le nôtre !


© Jean Blanquet
(A suivre... peut-être)


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"Dieu et les p'tits zoizeaux, potins et Littérature..."
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